L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1976
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Rene Lathiere
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme stochastique [The Stochastic Man - fr]». Краткое содержание книги:
Irréalisable scientifiquement ? Voire. Car les progrès des méthodes prévisionnelles, statistiques et autres, confondues dans un art baptisé stochastique, permettent à quelques-uns de jouer les prophètes.
Ainsi en est-il pour Lew Nüchols, spécialiste de l'art d'emmagasiner et de trier les informations, de dire même ce qu'il faut faire pour réduire l'intervalle d'incertitude entre la prévision et la réalité future.
Intervalle irréductible.
Sauf pour Carjaval, l'homme qui sait absolument tout de l'avenir. Jusqu'à l'heure et la circonstance de sa mort — Carjaval, prophète de l'homme à venir, l'homme stochastique.
Robert Silverberg a écrit ici un étrange roman où la liberté, la nécessité et les probabilités se livrent dans l'avenir proche à un ballet redoutable avec l'amour, le pouvoir et la mort.
— Non. Il n’y a pas pour lui de danger réel. Pas plus que pour d’autres figures de premier plan.
— Auriez-vous vu quelque chose qui…
— Non, rien. Rien.
— Il faut que je sache. Si vous êtes en possession du moindre fait se rapportant à un complot contre la vie de Quinn, ne le prenez pas à la légère. Je veux qu’on m’en parle.
Carvajal prit un air amusé.
— Vous vous égarez. À ma connaissance, Quinn ne court aucun danger personnel, et je me suis mal exprimé si j’ai pu vous laisser croire le contraire. Où je voulais en venir, c’est que la tactique de Gottfried lui créait des ennemis. S’il n’avait pas été tué, il aurait risqué – je dis bien : risqué – d’avoir des problèmes lors de sa réélection. Et Quinn se fait des ennemis de la même façon : comme il passe de plus en plus par-dessus la tête du conseil municipal, il indispose certains groupes d’électeurs.
— Les Noirs, oui, mais…
— Pas seulement les Noirs. Les Israélites sont mécontents de lui.
— Je n’en étais pas informé. Les derniers sondages ne…
— Pas pour l’instant, non. Mais cela va faire surface d’ici quelques mois. Son attitude à l’égard de l’instruction religieuse scolaire, par exemple, lui a porté préjudice dans les quartiers juifs. Et ses allusions à Israël, lors de l’inauguration de la nouvelle Banque du Koweït…
— Cette inauguration n’aura pas lieu avant trois semaines, observai-je.
Carvajal émit un petit gloussement.
— Pas possible ? Voilà que j’ai encore tout mélangé, parbleu ! Je croyais avoir suivi son discours à la télévision, mais peut-être…
— Vous ne l’aviez pas déjà vu. Vous l’avez vu !
— Sans doute. Sans aucun doute.
— Que va-t-il dire d’Israël ?
— Oh ! deux ou trois plaisanteries pas trop méchantes, c’est tout. Mais les Juifs de New York sont chatouilleux sur ce genre de choses, et leur réaction n’était pas… ne sera pas favorable. Comme vous le savez, nos bons Juifs new-yorkais ne prisent guère les politiciens irlandais – par tradition. C’est surtout vrai quand il s’agit d’un maire irlandais, mais ils n’étaient pas tellement chauds pour les Kennedy, avant leurs assassinats.
— Allons donc ! Quinn n’est pas plus irlandais que vous êtes espagnol !
— Aux yeux d’un Juif, tous les gens appelés Quinn sont irlandais, de même que resteront irlandais leurs descendants jusqu’à la cinquantième génération, et de même que je suis bel et bien espagnol. Ils n’aiment pas l’agressivité de Quinn. Ils en arriveront bientôt à conclure qu’il n’a pas bonne opinion d’Israël. Et ils ne se priveront pas de murmurer.
— Quand ?
— Vers l’automne. Le Times réservera une large place en première page à la désaffection de l’électorat juif.
— Certainement pas ! protestai-je. J’enverrai Bob Lombroso à la place de Quinn pour inaugurer cette fameuse tour de la Banque du Koweït. Ce qui l’empêchera de gaffer et rappellera par la même occasion à chacun que nous avons pris un Juif dans l’état-major de l’administration municipale.
— Ah ! mais non, vous ne pouvez pas, dit Carvajal.
— Pourquoi ?
— Parce que Quinn ira là-bas. Je l’y ai vu.
— Et si je m’arrangeais pour le faire aller en Alaska cette semaine ?
— Permettez, Lew. Croyez-moi : il est impossible à Paul Quinn d’être ailleurs que dans l’immeuble de la nouvelle Banque du Koweït lors de l’inauguration. Impossible.
— Et impossible pour lui, je suppose, de ne pas se livrer à de fines plaisanteries sur les dirigeants d’Israël, même s’il est prévenu ?
— Oui.
— Je n’en crois rien. Je suis d’avis que si je vais le trouver en lui disant : « À propos, Paul, mes dernières interprétations montrent un net malaise chez les électeurs juifs, alors vous pourriez peut-être vous épargner cette fichue corvée du Koweït », il s’abstiendra d’y aller. Ou bien il mettra une sourdine à ses commentaires.
— Il ira là-bas, répéta Carvajal sans hausser le ton.
— Quoi que je fasse ?
— Quoi que vous fassiez, Lew.
Je secouai la tête.
— L’avenir n’est pas aussi inéluctable que vous le pensez. Nous avons tout de même notre mot à dire sur les événements futurs. Je verrai Quinn et lui parlerai de l’inauguration.
— Je vous prie de n’en rien faire.
— Pourquoi ? lançai-je brutalement. Parce que vous éprouvez un besoin malsain d’écarter l’avenir du droit chemin ?
Carvajal sembla accuser le coup. Il cilla et répondit d’une voix douce :
— Parce que l’avenir s’écarte toujours du droit chemin, Lew. Tenez-vous vraiment à en faire l’expérience ?
— Les intérêts de Quinn sont les miens. Si vous l’avez vu faire une chose susceptible de nuire à ces intérêts, comment puis-je rester les bras croisés, le laisser aller de l’avant pour agir contre lui-même ?
— Vous n’avez pas le choix.
— C’est encore une opinion que je ne partage pas.
Il soupira.
— Si vous abordez cette question d’inauguration avec le maire, dit-il en pesant sur ses mots, vous aurez laissé échapper votre dernière chance d’accéder aux choses que je vois.
— Est-ce une menace ?
— Rien de plus qu’une affirmation.
— Ah bah ! Une affirmation qui tend à faire se réaliser votre prophétie d’elle-même. Vous savez que je désire votre aide. En conséquence, vous m’obligez à me taire avec votre chantage, de sorte que la cérémonie se déroulera comme vous l’avez vue. Mais à quoi bon me révéler des choses, si je n’ai pas le droit d’influer sur elles ? Pourquoi n’acceptez-vous pas le risque de me laisser faire ? Êtes-vous si peu persuadé de la justesse de vos visions, qu’il vous faille garantir leur accomplissement en recourant à ce procédé ?
— Très bien, acquiesça Carvajal sans y mettre de rancune. Je vous laisse libre. Agissez comme il vous plaît. Nous verrons ce qu’il en résultera.
— Et si je vais trouver Quinn, cela signifiera-t-il une rupture entre vous et moi ?
— Nous verrons ce qu’il en résultera, répéta Carvajal.
Il me coinçait. Il était encore une fois le plus fort : allais-je risquer de perdre tout accès à sa vision, pouvais-je prévoir de quelle manière il réagirait après ma trahison ? Il fallait donc que je laisse Quinn s’aliéner les Juifs prochainement – à charge pour moi de recoller les morceaux plus tard – mais ne pouvais-je pas imaginer un biais me permettant de passer outre cette consigne de silence donnée par Carvajal ? En discuter avec Lombroso, peut-être ?
— Jusqu’à quel point les Juifs vont-ils être déçus par Quinn ? demandai-je.
— Assez pour lui faire perdre un bon nombre de voix. Il pense se présenter en 2001, n’est-ce pas ?
— Oui, s’il n’est pas élu Président l’année prochaine.
— Il ne le sera pas, affirma Carvajal. Vous le savez tout comme moi. D’ailleurs, il ne songe même pas à poser sa candidature. Mais il aura besoin d’être réélu maire en 2001, s’il vise la Maison-Blanche.
— Obligatoirement.
— Donc, il ne devrait pas se mettre à dos l’électorat juif de New York. C’est tout ce que je puis vous dire.
Je pris note mentalement de suggérer à Quinn d’améliorer ses rapports avec les Juifs new-yorkais – aller visiter des boutiques casher, faire acte de présence le vendredi soir dans quelques synagogues, et cetera.