Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Creb était pour le moins perplexe. Ayla était-elle malade ? Pourtant elle avait toutes les apparences d’une enfant en bonne santé, et personne n’avait jamais éprouvé de malaise physique à l’idée de ne pas être aimé par Mog-ur. Non, personne, hormis Iza, ne lui avait jamais manifesté d’attachement particulier. On le craignait, on le respectait, mais il n’était pas un seul membre du clan qui eût désiré se faire aimer de lui au point d’en avoir mal aux yeux. Iza avait probablement raison, des yeux clairs comme ceux d’Ayla devaient être fragiles. Je dois lui faire comprendre que je l’ai grondée pour son bien, afin qu’elle se conduise dans le clan selon les règles établies. Si elle continue de mal se comporter, Brun finira par la chasser. Il en a le pouvoir. Je n’aurais jamais pensé qu’elle puisse s’imaginer que je ne l’aime plus. Je l’aime, cette petite, s’avoua Creb. Oui, aussi bizarre soit-elle, je l’aime énormément.
Telles étaient les pensées de Mog-ur tandis qu’Ayla s’approchait timidement, la tête baissée. Elle s’arrêta devant lui et leva vers le sorcier des yeux tristes encore remplis de larmes.
— Je ne regarderai plus chez les autres, déclara-t-elle par gestes. Tu n’es pas fâché ?
— Non, répondit-il de la même manière. Je ne suis pas fâché, Ayla. Mais tu fais désormais partie du clan, tu appartiens à mon foyer. Tu dois apprendre notre langage et nos coutumes aussi. Comprends-tu ?
— Tu vas continuer à t’occuper de moi ? demanda-t-elle. Tu m’aimes ?
— Oui, Ayla, je t’aime.
Un large sourire illumina le visage de la fillette qui tendit les bras vers le vieil homme et l’embrassa, puis grimpa sur ses genoux et s’y pelotonna tendrement.
Creb avait toujours manifesté un grand intérêt pour les enfants. Dans ses fonctions de mog-ur, il révélait rarement un totem d’enfant qui ne parût pas parfaitement approprié aux yeux de la mère. Le clan attribuait la justesse de vue de Mog-ur à ses pouvoirs magiques, mais toute son habileté résidait dans ses facultés d’observation. Il était très attentif aux enfants dès leur naissance, mais le vieil infirme qu’il était n’avait jamais connu la joie des parents à bercer leurs petits dans leurs bras.
Épuisé par tant d’émotions, Ayla s’abandonna au sommeil, rassurée par la chaude présence du vieil homme. Il remplaçait dans son cœur celle d’un homme dont le souvenir subsistait toujours dans un recoin de sa mémoire. En contemplant le visage paisible et confiant de l’enfant blottie contre lui, Creb sentit naître à son égard une affection profonde, aussi forte que s’il se fût agi de sa propre fille.
— Iza, appela-t-il doucement.
Mais il ne tendit l’enfant endormie à la femme qu’après l’avoir serrée encore un moment contre sa poitrine.
— Sa maladie l’a fatiguée, dit-il après que sa sœur eut étendu Ayla dans la fourrure. Veille à ce qu’elle se repose demain et tu examineras de nouveau ses yeux.
— Oui, Creb, répondit Iza d’un signe de tête.
Iza adorait son frère infortuné. Elle connaissait mieux que personne les trésors de bonté, dissimulés derrière une apparence rebutante, que renfermait son cœur. Elle était heureuse qu’il eût enfin trouvé quelqu’un à aimer, quelqu’un dont il fût aimé, et sa joie resserra encore les liens qui l’unissaient à la fillette.
Depuis son enfance, Iza n’avait plus jamais ressenti un bonheur semblable. Seule venait l’assombrir la peur lancinante de donner le jour à un garçon qui serait alors élevé par un chasseur. Malgré les prières ferventes qu’elle adressait quotidiennement à son totem, elle ne parvenait pas à dominer son inquiétude. Elle était la sœur de Brun ; leur mère avait été la compagne du chef auquel Brun avait succédé. S’il arrivait quelque malheur à Broud ou si la compagne de ce dernier n’avait pas d’enfant mâle, le commandement du clan reviendrait au fils d’Iza, si elle en avait un. Brun serait dans ce cas forcé de la donner, elle et l’enfant, à l’un des chasseurs, à moins qu’il ne la prît dans son propre foyer.
A mesure que l’été avançait, la petite fille commença non seulement à apprendre le langage, mais aussi les coutumes de son peuple adoptif, grâce à la douce patience de Creb et à sa propre volonté. Apprendre à détourner les yeux quand il le fallait, de manière à laisser les membres du clan jouir de la seule intimité possible, telle fut la première des nombreuses et difficiles leçons qu’elle dut assimiler. Il lui fallut aussi maîtriser sa curiosité naturelle et son enthousiasme débordant pour afficher la docilité de rigueur parmi les femmes.
Creb et Iza en apprirent également beaucoup. Ils découvrirent que lorsque Ayla faisait, en retroussant les lèvres, certaines grimaces accompagnées de sons étranges, elle voulait leur communiquer sa joie. Mais ils ne s’habituèrent jamais à la voir pleurer quand elle était triste. Iza en conclut que cette particularité était propre aux yeux clairs qui caractérisaient les Autres. Pour plus de sécurité, elle lui baignait les yeux avec une décoction de cette plante qu’elle trouvait dans les bois. Cette plante qui poussait dans l’ombre dense des sous-bois tirait sa substance des végétaux en décomposition, et sa texture cireuse noircissait au toucher, mais Iza ne connaissait pas de meilleur remède pour les yeux enflammés que le suc contenu dans sa tige.
Ayla ne pleurait pas souvent et faisait tout son possible pour contenir ses larmes qui, elle le savait, non seulement affligeaient les deux êtres qu’elle aimait, mais représentaient aux yeux de la communauté une anomalie inacceptable. Elle tenait par-dessus tout à se faire accepter du clan, encore hostile et méfiant devant ses particularités.
Si les hommes éprouvaient une extrême curiosité à son égard, il était incompatible avec leur dignité de manifester le moindre intérêt pour cette enfant de sexe féminin, et Ayla s’appliquait à les ignorer de la même manière. Quant à Brun, s’il lui témoignait un peu plus de curiosité que les autres, il lui faisait toujours peur. Elle le trouvait sévère et hermétique à ses avances, contrairement à Creb. Elle ne pouvait pas savoir combien Mog-ur paraissait plus distant et rébarbatif que Brun aux yeux du clan, consterné par l’intimité qui semblait régner entre le sorcier et la fillette étrangère. Mais s’il était quelqu’un qu’elle n’aimait pas du tout, c’était le jeune homme qui vivait au foyer de Brun.
Ce fut avec les femmes qu’elle parvint d’abord à se lier d’amitié, du fait qu’elle passait la majeure partie de son temps en leur compagnie. A l’exception des moments où elle se trouvait dans le foyer de Creb ou de ceux pendant lesquels la guérisseuse l’emmenait cueillir des plantes, Ayla partageait la vie des femmes du clan. Au début, Ayla se contentait de suivre la guérisseuse partout où elle allait et regardait les femmes dépecer les animaux, tanner les peaux, découper en spirale des lanières de cuir, tresser des paniers, des nattes ou des filets, façonner des bols dans des rondins de bois, cueillir les plantes sauvages, préparer les repas, conserver la viande, faire sécher les légumineuses pour l’hiver et répondre au désir de tout homme qui leur demandait un service. Mais lorsque les femmes découvrirent le féroce appétit de connaissances de la petite fille, elles ne se contentèrent pas de lui apprendre le langage, mais s’appliquèrent à lui transmettre leur savoir pratique.
Ayla n’était pas aussi forte que les femmes et les enfants du clan, car elle ne possédait pas leur puissante musculature, mais elle était étonnamment adroite et souple. S’il lui était difficile d’accomplir certaines tâches pénibles, elle se montrait extrêmement habile à son âge pour tresser les paniers ou découper des lanières d’une largeur parfaitement régulière. Elle gagna rapidement l’amitié d’Ika, qui l’autorisa à s’occuper du petit Borg lorsqu’elle s’aperçut de l’intérêt qu’Ayla portait à l’enfant. Ovra, malgré sa réserve, ainsi qu’Uka se montraient particulièrement compatissantes envers cette enfant qui avait perdu toute sa famille. Mais Ayla n’avait pas de compagne de jeu.