Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Depuis leur emménagement dans la caverne, Creb avait passé la majeure partie de son temps en compagnie d’Ayla, à s’efforcer de lui apprendre leur langage. Elle répétait sans la moindre difficulté les termes rudimentaires que les enfants avaient souvent le plus grand mal à prononcer, mais le système complexe des signes et des mimiques en usage dans le clan lui était totalement étranger. Creb avait bien essayé de lui faire comprendre le sens de certains gestes, mais pour y parvenir, il lui manquait un langage commun. Le vieillard avait eu beau se creuser la cervelle, il n’était pas arrivé à communiquer ce savoir à la petite fille, ce qui la rendait tout aussi malheureuse que lui.
Consciente de la présence d’un obstacle infranchissable, elle faisait des efforts désespérés pour allonger la liste des mots qu’elle connaissait. Elle savait bien que les membres du clan possédaient d’autres moyens d’expression que le langage parlé, mais elle ignorait lesquels. Toute la difficulté résidait dans le fait qu’elle ne distinguait pas les signes. A ses yeux non avertis, ils passaient pour des mouvements désordonnés et non des gestes précis, chargés d’une signification propre. Elle n’avait tout simplement pas conscience du double système de communication de ce peuple et se révélait incapable de concevoir l’existence d’un tel mode d’expression, totalement étranger au champ de ses propres expériences.
Creb, sans trop y croire, pensait avoir compris d’où provenaient les difficultés d’Ayla. Il appela la petite fille, dont l’intelligence ne faisait aucun doute à ses yeux. Ils longèrent le cours du ruisseau en empruntant un petit sentier tracé par le passage des hommes et des femmes allant chasser, pêcher ou faire la cueillette aux alentours. Ils parvinrent ainsi au lieu de prédilection du vieil homme : une clairière au milieu de laquelle trônait un grand chêne feuillu dont les grosses racines apparentes offraient un siège ombragé et confortable. Il commença la leçon en désignant l’arbre de son bâton.
— Chêne, répondit aussitôt Ayla. Creb acquiesça puis montra le ruisseau.
— Eau, dit la fillette.
Le vieillard opina de nouveau, puis fit un geste de la main en répétant le dernier mot. La combinaison des deux signifiait alors « eau courante, rivière ».
— Eau ? répéta la petite fille en hésitant, croyant qu’il voulait lui faire comprendre qu’elle devait recommencer.
Creb fit non de la tête. Maintes fois, il avait procédé à ce genre d’exercice avec les enfants du clan. Il essaya quelque chose de nouveau en désignant les pieds d’Ayla.
— Pieds, dit-elle.
— Oui, approuva d’un signe le sorcier, pensant qu’il devrait lui faire voir le geste en même temps qu’elle entendait le mot.
Se levant, il la prit par la main et fit quelques pas avec elle. Il fit un mouvement tout en prononçant le mot « pieds ». « Bouger les pieds, marcher, tel était le sens qu’il voulait lui faire saisir. Elle tendit l’oreille, attentive, pensant qu’une nuance lui avait échappé dans l’intonation.
— Pieds ? avança l’enfant, déjà convaincue qu’elle ne fournissait pas la bonne réponse.
— Non, non, non ! Marcher ! Bouger les pieds ! mima le sorcier en la regardant droit dans les yeux et en accentuant son geste.
Il la fit encore avancer en lui montrant les pieds du doigt, désespérant qu’elle comprenne un jour.
Ayla sentit les larmes lui monter aux yeux. Pieds ! Pieds ! Elle savait que c’était le bon mot, mais pourquoi s’obstinait-il à faire non de la tête ? Quand allait-il cesser de lui agiter la main sous le nez ? Qu’avait-elle fait de mal ?
Le vieil homme la fit de nouveau marcher, lui désigna les pieds, refit le geste de la main, répéta le mot. Elle s’arrêta pour le regarder. Il refit encore le mouvement, en l’exagérant à tel point qu’il faillit en modifier le sens, et prononça une nouvelle fois le mot. Il était penché vers elle, la regardant fixement, agitant la main devant son visage. Geste, mot. Geste, mot.
Alors une vague idée se mit à germer dans l’esprit d’Ayla. Sa main ! Il ne cesse de bouger la main ! Et elle leva la sienne avec hésitation.
— Oui, oui ! C’est ça, approuva vigoureusement Creb. Fais le geste ! Bouger ! Bouger les pieds ! mima-t-il encore une fois.
Ayla le regarda faire, puis essaya de l’imiter. Creb a dit « oui » ! Il veut donc me voir faire ce geste ! pensa-t-elle.
Elle exécuta le mouvement en prononçant le mot, sans trop comprendre sa signification, mais heureuse d’avoir au moins compris ce qu’on attendait d’elle. Creb lui fit faire demi-tour et se dirigea vers le chêne en boitant lourdement. Il répéta encore la combinaison geste-mot.
Et tout à coup, une lueur de compréhension permit à l’enfant d’effectuer le rapprochement attendu. Bouger les pieds ! Marcher ! Voilà ce que ça veut dire ! Le geste de la main accompagnant le mot « pieds » signifie « marcher ». Les idées se bousculaient dans sa tête. Combien de fois avait-elle vu les membres du clan agiter les mains. Elle revoyait Iza et Creb, face à face, remuer les mains en prononçant quelques mots de temps à autre, mais sans cesser de faire des gestes. Est-ce donc ainsi qu’ils se parlent ? Est-ce pour cette raison qu’ils disent si peu de mots ? S’expriment-ils avec leurs mains ?
Creb s’assit et Ayla s’installa en face de lui en s’efforçant de retrouver son calme.
— Pieds, dit-elle en joignant le geste à la parole.
— Oui, répondit-il, étonné.
Elle s’éloigna de quelques pas et, revenant vers lui, elle fit le geste convenu en prononçant le mot « pieds ».
— Oui, oui ! c’est ça ! s’exclama-t-il, heureux qu’elle ait enfin compris.
La petite fille resta un instant tranquille, puis traversa en courant la clairière et revint s’arrêter devant lui un peu haletante.
— Courir, mima-t-il devant la fillette attentive. Le geste était légèrement différent du précédent.
— Courir, essaya-t-elle timidement d’exprimer à son tour.
Creb était enthousiaste. Le mouvement était encore indécis et n’avait pas la précision à laquelle parvenaient des enfants plus jeunes, mais elle avait saisi l’idée générale. Il acquiesça vivement et manqua tomber de son siège comme Ayla se jetait sur lui pour l’embrasser.
Le vieux sorcier jeta des regards inquiets autour de lui. Les démonstrations d’affection étaient réservées à l’intimité du foyer. Mais Creb savait qu’ils étaient seuls. L’infirme, en rendant ses caresses à la petite fille, se sentit envahi par une bouffée de bien-être et de chaleur qu’il n’avait jamais ressentie jusqu’alors.
Un nouveau monde s’ouvrit alors pour la petite Ayla. Elle possédait une sensibilité et un talent de mime étonnants qu’elle mit à profit avec acharnement pour copier les mouvements de Creb. L’infirme ne pouvant de son bras unique lui enseigner les nuances, Iza prit le relais. Bien qu’elle apprît beaucoup plus vite qu’un petit enfant, Ayla dut commencer par les rudiments indispensables à l’expression des besoins élémentaires. Restée longtemps sans possibilité de communication, elle était bien décidée à rattraper le temps perdu, et ce le plus vite possible.