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Entre mes mains le bonheur se faufile

Электронная книга - «Entre mes mains le bonheur se faufile». Краткое содержание книги:

Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.
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— Rentrez chez vous, Iris. Reprenez votre vie là où vous l’aviez laissée avant que Marthe vous accepte à l’atelier.

Je hoquetai, et Jacques referma la porte silencieusement. Mon esprit ne fonctionnait plus lorsque j’appelai l’ascenseur, montai dedans et sortis de l’immeuble. J’étais à la rue. Je retournai dans le troquet du matin, m’assis à la même place et commandai une vodka-tonic.

Toujours dans un état second, j’attrapai mon téléphone pour prévenir Pierre. Enchanté, il m’annonça qu’il prenait sa journée du lendemain pour être avec moi.

J’aurais voulu pleurer, j’en étais pourtant incapable. J’étais sonnée, abattue, et dans l’incompréhension la plus totale. Ma seule certitude : je rentrais au bercail. Mon aventure avec Marthe avait pris fin de la pire façon qui soit. Rencontrer un mentor avait été un événement exceptionnel dans ma vie. Le perdre par ma faute était une douleur encore plus exceptionnelle. En quelques phrases assassines, elle m’avait repris ce qu’elle m’avait offert : ma confiance en moi, mon talent, ma passion, une nouvelle vie, une mère spirituelle. Qu’allais-je devenir sans elle ? Sans ses conseils ? Sans son regard ? Avec le souvenir de sa haine ? Je m’étais démenée ces derniers mois dans le seul but de lui plaire, de ne pas la décevoir, et j’avais tout fait voler en éclats pour sauver mon couple. J’étais à nouveau « personne ».

Il me restait une dernière chose à faire. Envoyer un SMS : « Je pars. » Gabriel me répondit instantanément : « Marthe ? » — « Oui. » Mon téléphone sonna.

— Où es-tu ? me demanda-t-il sans préambule.

— Où tu m’as laissée ce matin.

— Quand pars-tu ?

— Demain. Je vais aller faire mes valises.

Il y eut un grand silence, suivi d’un fracas.

— Ne reste pas là, va préparer tes affaires et retrouve-moi pour dîner.

— Tu as certainement mieux à faire…

— Tais-toi.

— Ne t’y mets pas, j’ai eu ma dose de reproches avec Marthe.

— Excuse-moi. Je te rejoins en bas de chez toi dans deux heures. O.K. ?

— Si tu veux.

Je payai ma consommation et sortis. Un dernier regard à la façade qui m’avait tant impressionnée le premier jour. Elle m’impressionnait tout autant le dernier.

Mes valises furent vite faites. Je n’avais que des vêtements et le matériel de couturière amateur avec lequel j’étais arrivée. Un coup d’aspirateur, histoire de dire que j’avais fait le ménage, et j’étais prête. Je pris une douche surtout pour me laver l’esprit. Je restai de longues minutes sous le jet. Il n’avait pas fallu vingt-quatre heures pour que mon existence bascule à nouveau. J’étais aspirée dans une spirale qui me ramenait vers ma vie d’avant. J’existais à nouveau pour Pierre. Je n’existais plus pour Marthe, et demain, je n’existerais plus pour Gabriel. La couture restait la seule preuve que ces quelques mois avaient bien existé. Comment continuer sans le soutien de Marthe ? Comment coudre à nouveau en sachant qu’elle dénigrait mon travail ? Elle, la seule qui avait cru en moi. Je devais y arriver pour lui prouver que le temps qu’elle m’avait consacré n’était pas vain, que je n’oubliais pas ce que je lui devais, mais que j’étais aussi capable de voler de mes propres ailes. Sans Pierre, sans sa demande, aurais-je jamais pu me détacher d’elle ?

Je m’habillai avec soin, ne pensant qu’à lui : être belle pour lui encore une fois. Avec un peu de chance, je ne disparaîtrais peut-être pas tout de suite de sa mémoire. J’enfilai une jupe crayon et un chemisier noirs. Je mis mes stilettos de luxe pour la dernière fois avant très longtemps, je n’aurais pas l’occasion de les porter à la maison. Je lissai mes cheveux, les laissai libres dans mon dos, et me maquillai. Je mis mon imperméable en toile et cuir noir, fermai la ceinture. Un coup d’œil dans le miroir. J’étais prête à lui dire au revoir.

Gabriel m’attendait, bras croisés, appuyé contre sa moto. Et il ne bougea pas alors que je m’avançais vers lui, cambrée, les épaules en arrière. Plus la distance se réduisait entre nous, plus nos yeux se cherchaient.

— J’avais peur de te trouver au fond du gouffre, et tu es…

Il me regarda de haut en bas. Je pris la parole avant lui.

— Je veux profiter de cette dernière soirée. Alors, hors de question de pleurer sur mon sort ni d’en parler. Où allons-nous ?

— Suis-moi.

Nous marchâmes en silence un petit quart d’heure avant de pénétrer dans un restaurant cosy, à l’ambiance feutrée et intime, près du musée Picasso. Un très léger fond musical se faisait entendre : du jazz brésilien, Stan Getz et Gilberto Gil. Gabriel demanda une bouteille de champagne et m’annonça que notre menu était déjà commandé : foie gras sans chichi, simplement accompagné de confiture de figues, coquilles Saint-Jacques, et en dessert, crème brulée.

— En quelques mois, j’ai eu le temps de t’observer, et rien qu’avec les petits-fours, je connais tes plats préférés.

Je ris et rougis à la fois. Gabriel leva sa flûte.

– À quoi trinquons-nous ?

– À nous.

Les minutes s’égrenaient inexorablement. J’aurais voulu suspendre le temps, j’aurais voulu rester dans ce restaurant, j’aurais voulu ne jamais quitter Gabriel. Ses regards ne trompaient pas, je comptais pour lui, ça me faisait du bien, ça me faisait du mal. Je n’avais pas le choix. La bouteille se vidait tranquillement, mais sûrement. L’ivresse était douce, délassante. Nous n’arrivions pas à tenir une conversation. Un sourire échangé par-ci, par-là, c’était tout. Brusquement, une de ses remarques me déconcerta.

— Tu n’oublieras pas de m’envoyer le faire-part, me dit-il en souriant en coin.

— Faire-part de quoi ?

— Tu ne vas pas tarder à être enceinte, c’est logique.

— Je ne sais pas… peut-être.

Les traits de son visage devinrent sérieux.

– Ça t’ira bien, peu importe le père.

Mon ventre se tordit.

— Ne me dis pas ce genre de chose, s’il te plaît.

— O.K., O.K… Et puis après, tu auras un chien.

— Le cliché !

— Ce qui compte, c’est que tu sois heureuse et que tu continues à créer et à coudre. Reste celle que tu es devenue ici. Au diable ce que Marthe a pu te dire.

— C’est ce qui est prévu.

Je n’y croyais pas. Il demanda l’addition, la régla. Puis il me regarda.

— On y va ?

Ma gorge commença à se nouer. Je me contentai d’acquiescer d’un signe de tête. Gabriel m’aida à enfiler mon imperméable. Comme à son habitude, il me tint la porte.

La distance nous séparant de mon immeuble diminuait. Nous marchions épaule contre épaule. Je devais faire de plus en plus d’efforts pour ne pas pleurer. J’aurais voulu lui dire tellement de choses. J’aurais voulu qu’il sache ce qu’il provoquait en moi, même si je n’en avais pas le droit. J’aurais voulu lui dire de ne pas m’oublier. Gabriel brisa le silence en premier.

— Je vais m’emmerder, maintenant, pendant les soirées.

— Oh, je te connais, tu trouveras vite une autre occupation. Je ne m’inquiète pas pour toi.

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