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Entre mes mains le bonheur se faufile

Электронная книга - «Entre mes mains le bonheur se faufile». Краткое содержание книги:

Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.
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— Je vais prévenir Marthe.

— Je te téléphone ce soir après le boulot.

— Si tu veux.

— Je t’aime, Iris.

Il raccrocha. Je m’effondrai, en larmes.

Le soir même, je dînais chez Marthe. Nous étions attablées devant un repas frugal. Elle se préoccupait de sa ligne. Et de la mienne, dernière nouveauté. Je m’en moquais, mon appétit s’était envolé depuis l’appel de Pierre.

— Ma chérie, quel effet a produit ta robe ?

— Elle a remporté beaucoup de succès.

— Et ton mari ? A-t-il apprécié, au moins ?

Son ton sarcastique m’étonna.

— Beaucoup… oui… beaucoup. D’ailleurs, cela vous poserait-il un problème qu’il m’accompagne vendredi ?

Elle fronça les sourcils.

— En quel honneur ? me répondit-elle sèchement. Il n’a rien à faire ici.

— Mais…

— Il va te desservir et te distraire de ton objectif.

Elle se massa les tempes. Puis elle se leva précipitamment et alla fouiller dans le tiroir de la petite table à côté de son canapé. Elle en sortit un tube de comprimés, en avala un et me lança un regard noir.

— Je n’aime pas ça, Iris, me dit-elle.

— Marthe… il pourra constater à quel point vous m’aidez à réussir.

— Cet homme ne comprend rien aux artistes, tu dois…

La sonnerie de son téléphone l’interrompit à cet instant. Elle décrocha.

— Gabriel, mon chéri… comment se passent tes rendez-vous ?

Elle se mit à arpenter le séjour, en proie à la plus grande agitation.

— C’est intolérable ! Ressaisis-toi ! Qu’avez-vous à la fin tous les deux ?… Bien sûr que je parle d’Iris ! Elle est ici, nous passions une délicieuse soirée jusqu’à ce qu’elle me fasse une demande que je n’apprécie pas… Cela ne te regarde pas !… Le problème doit être réglé pour vendredi, je ne veux pas te voir avant !

Elle raccrocha et s’approcha de moi sans me quitter des yeux. Une fois de plus, j’échouai à soutenir son regard. Elle me fit relever la tête en me prenant par le menton et me dévisagea.

— Je vais dire à Pierre de ne pas venir, murmurai-je.

— Qu’il vienne ! Nous ferons en sorte qu’il n’entrave plus ta réussite.

— Non… je…

– Ça suffit ! Va dormir, ma chérie. Je t’attends demain à l’atelier.

Elle me lâcha et demanda à Jacques de m’appeler un taxi. Puis elle disparut sans un mot de plus. Je me sentais mal, je ne supportais pas de la contrarier, mais je ne comprenais pas pourquoi la présence de Pierre la mettait dans un état pareil. Et qu’avait fait Gabriel pour mériter son courroux ? Jacques revint me chercher dix minutes plus tard, je n’avais pas bougé.

— Iris, votre taxi est en bas. Il y a un problème ?

— Marthe…

— Oui, je l’ai entendue. Ne vous en faites pas, elle est fatiguée en ce moment, et plus susceptible. Cela va passer. Elle n’en a pas après vous. Ce sont ces migraines qui la font atrocement souffrir.

— Je peux faire quelque chose ?

— Rentrez vous coucher, cela ira mieux demain.

Pierre était coincé dans les bouchons. Il venait de me prévenir, et s’était confondu en excuses. J’arriverais donc au cocktail de Marthe sans lui. Elle s’était adoucie dans la semaine, et la venue de mon mari ne lui posait plus de problème, cela semblait même l’enchanter. Elle n’avait pas cessé de me dire que finalement c’était merveilleux, qu’après la soirée, il m’encouragerait. Je ne savais plus sur quel pied danser.

Je quittai mon studio et grimpai dans un taxi en direction de son appartement. Je n’avais pas vu Gabriel de la semaine et nous ne nous étions pas téléphoné une seule fois. Il m’avait manqué, j’espérais pourtant que cette distance imposée avait apaisé mon trouble. Je craignais l’effet qu’aurait sur moi la confrontation entre les deux hommes…

En sortant du taxi, j’aperçus Gabriel qui arrivait à pied. Il vint à ma rencontre.

— Tu m’as manqué, me dit-il en embrassant ma joue.

— Beau parleur, tu as dû être très occupé.

Il me tint la porte de l’immeuble. Puis il posa une main dans mon dos pour me diriger vers l’ascenseur.

— J’espère que c’est pour moi que tu t’es faite encore plus belle que d’habitude. Après avoir rempli nos obligations, nous pourrions nous éclipser, j’ai pensé à un…

— Gabriel, l’interrompis-je.

— Oui, Iris…

Il ronronnait.

— Pierre… Pierre est là ce soir.

Après un temps d’arrêt, il ouvrit la porte de l’ascenseur.

— Fantastique !

Dans la cabine, nous nous plaçâmes à l’opposé l’un de l’autre, adossés au mur.

— Je vais rencontrer le toubib. Intéressant.

Nos regards restèrent soudés tout le temps que dura la montée. Plus de sourire. Plus de rire. Au cinquième étage, Gabriel franchit le pas qui nous séparait, je levai les yeux vers lui. Il écarta une mèche de cheveux de mon front.

— J’espère qu’il réalise la chance qu’il a.

J’eus les jambes coupées. Là-dessus, il sortit, et fit une entrée fracassante chez Marthe. Je le suivis de peu, complètement chamboulée.

À mon plus grand étonnement, Marthe nous gardait jalousement l’un et l’autre à ses côtés. Certains invités lui firent la remarque que nous pourrions être ses enfants, ses héritiers. Elle répondait que nous étions ses œuvres. Gabriel riait de la situation. J’étais encore plus perdue. Je ne savais plus ce qu’il voulait, ce qu’il attendait. Jouait-il la comédie ? Était-il sincère ?

— J’aurais apprécié d’avoir une petite sœur comme Iris.

— Et tu l’aurais protégée des hommes comme toi, mon chéri, lui répondit Marthe.

— Certainement, confirma Gabriel en me regardant.

La façade m’obligeait à sourire. Pierre arriva à cet instant, escorté par Jacques jusqu’au seuil du grand salon.

— Excusez-moi, leur dis-je.

Je me concentrai sur mon mari en traversant la pièce. Pour la première fois, je vis de l’admiration dans son regard. Lui aussi m’impressionna. Il dégageait une assurance que je ne lui connaissais que dans le milieu médical. Arrivée devant lui, je l’embrassai discrètement.

— Je suis heureuse que tu sois là.

— Tu es splendide.

— Merci, tu n’étais pas obligé de sortir ton costume.

— Je ne voulais pas te faire honte.

Sa sincérité m’ébranla.

— Tu ne m’aurais jamais fait honte.

Je lui pris la main.

— Viens, je dois te présenter à Marthe et à… Gabriel.

Nous avançâmes vers eux. Mon rythme cardiaque s’emballa. Mes jambes étaient en coton. Par réflexe, je serrai la main de Pierre. Ne pas tomber, ne pas montrer mon trouble. Marthe nous observait, froidement. Gabriel, quant à lui, était le même, toujours canaille, nonchalant, un air provocateur dans le regard.

— Marthe, je vous présente Pierre, mon mari.

— Enchanté, dit-il en lui serrant la main.

— C’est à votre femme que vous devez d’être ici.

— Merci d’avoir cru en elle… plus que moi.

Impossible de rester insensible à cet acte de contrition publique. Marthe le gratifia d’un regard perçant.

— Cette soirée rattrapera votre retard, mon cher.

Je pris mon courage à deux mains.

— Voici Gabriel.

Pierre se tourna vers lui. Ils échangèrent une poignée de main virile. C’était fait. Je les avais tous les deux en face de moi. Mon cœur tambourinait, mais je ne savais pas pourquoi ou pour qui. Je m’efforçai de ne pas les comparer. Impossible, de toute façon, ils étaient l’exact opposé l’un de l’autre.

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