Entre mes mains le bonheur se faufile
- Автор: Мартен-Люган Аньес
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Michel LAFON
- ISBN: 978-2749922096
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Entre mes mains le bonheur se faufile». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.
— Ravi de te rencontrer, Gabriel.
— C’était donc vrai, Iris a un mari.
Ils se dévisagèrent, et j’aurais bien été incapable de deviner leurs pensées.
— Mes chéris ! intervint Marthe.
Elle passa son bras sous celui de Gabriel.
— J’ai quelqu’un à te présenter.
— Qui donc ?
— Une nouvelle cliente d’Iris, une avocate d’affaires dont il serait bon que tu te rapproches.
Gabriel lança à Marthe un regard de défi, elle sourit, je déglutis. Puis il se tourna vers nous.
— Les amoureux, il semblerait que nous ayons à faire. Passez une bonne soirée.
Ils s’éloignèrent et se dirigèrent vers cette nouvelle cliente. Superbe. Faussement timide. Divorcée trois fois. À la tête d’un cabinet d’avocats. Admirée et crainte par tous les hommes qu’elle côtoyait. Mon mentor se chargea des présentations. Je fis un bond dans le temps, revivant par procuration ma rencontre avec Gabriel. À la différence que Marthe les laissa en tête à tête, et que cette femme put accepter la flûte de champagne qu’il lui offrait. Elle portait une robe taille Empire en mousseline noire. Ma robe. Je l’avais créée pour moi, en pensant à Gabriel, j’avais bien été obligée de l’admettre. La première fois qu’elle était venue à l’atelier, elle l’avait vue et avait exigé d’avoir la sienne. J’avais cédé. Elle lui allait à merveille avec ses sandales à talons argentées. L’aspect délicat de la robe adoucissait son côté Walkyrie. L’œil d’expert de Gabriel ne trompait pas.
Je sentis le bras de Pierre s’enrouler autour de ma taille. Je le regardai.
— Ils sont… comment dire…
Il chercha ses mots, ce qui me fit rire, à ma grande surprise.
— En fait, je ne sais pas quoi te dire, reprit Pierre. Si ce n’est que je ne pensais pas que tu puisses être aussi à l’aise avec ce genre de personnes.
J’acquiesçai, je ne pouvais pas lui dire que grâce à eux j’avais enfin la possibilité de laisser s’exprimer celle que j’étais.
— Alors, dis-moi, toutes les femmes ici présentes portent tes créations ?
— Une partie, oui.
— Tu as réussi… je suis si fier de toi… Tu sais que tu as des clientes qui t’attendent à la maison. Tout le monde m’a couru après à l’hôpital pour avoir ton numéro.
— Eh bien ! je ne m’attendais pas à faire un tel effet au mariage.
— Tu n’as pas idée…
Son visage s’assombrit. Je déposai un baiser sur sa joue.
— Viens, nous n’allons pas faire bande à part.
— Je te suis.
Marthe gardait un œil sur moi, à distance, et décortiquait Pierre sous toutes les coutures. Je présentai mon mari à un certain nombre de personnes, des clientes, leurs maris. J’arrivai à lui dénicher le médecin de la soirée, pour lui ménager une bulle d’oxygène. Il ne me le dit pas, mais je sus à son expression qu’il m’en était reconnaissant. Il était détendu et loquace. Il me tenait toujours par la taille et débordait d’attention à mon égard, comme au début de notre mariage. Peut-être étions-nous sur le chemin de la guérison ? Je voulais y croire. Je devais y croire. Je cherchai Gabriel du regard. Il était en pleine conversation avec la même femme, lui susurrant des mots doux à l’oreille. Je savais de quelle manière se terminerait leur soirée. Elle ne lui dirait pas non, elle. Et lui, semblait-il, n’attendait que ça. Je n’étais plus disponible pour jouer à ses jeux, je n’étais plus la favorite. Mes yeux s’embuèrent, un nœud se forma dans ma gorge, j’avais mal partout. Je dus faire appel à tout mon self-control pour me retenir de traverser la pièce et de dégager cette femme pour rappeler à Gabriel que j’existais. J’étais tombée dans son piège, et j’y retomberais la tête la première. Je devais pourtant me faire une raison. C’était sa vie. Et Pierre était la mienne. Je fis mon choix. Le choix raisonnable.
– Ça va ? me demanda Pierre à l’oreille. Tu as l’air ailleurs.
— Tout va bien, je suis juste un peu fatiguée. On rentre ?
— C’est toi qui décides.
Nous allâmes saluer Marthe. Quant à Gabriel, nous n’échangeâmes qu’un signe de la main, tant il était occupé.
Une fois que nous fûmes couchés, Pierre s’approcha de moi et m’embrassa. Il ne m’avait pas touchée depuis si longtemps que mes sens réagirent immédiatement à ses caresses. J’avais conscience de son corps sur moi, en moi, mais mon cœur n’était pas totalement connecté à lui. J’étais plus occupée à lutter contre l’intrusion de Gabriel dans mes pensées. Nous fîmes l’amour comme deux personnes qui se connaissent par cœur, de façon mécanique, sans passion, sans émotion. Pierre me garda au creux de ses bras pour s’endormir. Je ravalai mes larmes.
Notre week-end parisien fut calme. Nous flânâmes main dans la main sur l’île Saint-Louis où nous dînâmes le samedi soir. Le lendemain après un tour à Notre-Dame, nous écumâmes le quartier Saint-Michel en parlant de la pluie et du beau temps. Pourtant, c’était loin d’être tout beau tout rose. Nous traversions de grandes plages de silence, comme si nous n’avions rien à nous dire, ou que le dialogue pouvait nous faire glisser sur une pente dangereuse. Je m’efforçais de ne pas penser à Gabriel.
Le dimanche après-midi, alors que Pierre s’apprêtait à repartir quelques heures plus tard, nous profitions des rayons de soleil printanier en prenant un café en terrasse, près du jardin du Luxembourg.
— Je voulais te parler de quelque chose, m’annonça-t-il.
Il avait retrouvé son sérieux habituel.
— Je t’écoute.
— Rentre à la maison, s’il te plaît.
J’entendis le tic-tac d’une horloge dans ma tête, et je fis un rapide calcul mental. Je gigotai sur ma chaise, et malgré la douceur de l’air, j’eus froid.
— Je suis encore là pour un mois et demi.
– Écoute, j’ai réfléchi, et avec ce que j’ai vu vendredi soir… Tu n’es plus en formation, tu ne l’as jamais été, en fait. Tu es couturière comme tu as toujours voulu l’être, tu as des clientes parisiennes, mais tu pourrais déjà en avoir beaucoup chez nous. Je l’ai constaté depuis le mariage.
— Personne ne m’a contactée.
— Parce que tu n’es pas là… Souviens-toi de ce qu’on avait dit, tu devais t’installer à la maison. Je suis monté au grenier cette semaine, j’ai réfléchi à ton aménagement pour que tu puisses recevoir des clientes. Sans compter que rien ne t’empêchera de passer de temps en temps voir Marthe et ses clientes.
— Es-tu venu ici ce week-end dans le seul but de me demander de rentrer à la maison ?
— Non, je suis là parce que tu me manques. Depuis une semaine, je n’arrête pas de cogiter, de me demander comment on a pu en arriver là. J’en porte l’entière responsabilité. Je ne voulais pas t’écouter avant, c’est fini. Tu as eu raison de me faire peur au mariage, je ne veux pas te perdre. Ç’a été un électrochoc. Mais si tu n’es pas à la maison, je n’arriverai pas à te prouver que j’ai revu mes priorités, et que toi et notre future famille êtes ce qui compte le plus.
— Nos problèmes ne vont pas se régler d’un coup de baguette magique sous prétexte que je rentre plus tôt que prévu.
— Je sais bien, mais laisse-nous une chance, laisse-moi une chance… Qu’est-ce qui te retient ici aujourd’hui ?
La tentation. Un nœud se forma dans ma gorge. Je remerciai intérieurement mes lunettes de soleil de cacher les larmes naissantes.
— Rien, tu as raison.
— Et puis on va faire un bébé, on y arrivera plus facilement si on passe toutes les nuits ensemble.
Je soupirai et regardai autour de moi, sans rien distinguer. J’avais réussi. J’étais couturière. Pierre reprenait sa place et se battait. À moi de refermer ma parenthèse parisienne.