Descendez-le a la prochaine [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1953
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Descendez-le a la prochaine [fr]». Краткое содержание книги:
« Seulement, mon amour, l’autre nuit, à la clinique, j’ai vu tes jolies cuisses, et j’ai la mémoire des cuisses, surtout lorsqu’elles sont veloutées par un duvet brun ! En te regardant tout à l’heure, je considérais ces cuisses en me disant qu’elles me rappelaient quelqu’un… Et puis, j’ai remarqué que pour une blonde, tu avais les poils follets plutôt sombres. Et le voile s’est déchiré… J’ai pigé… »
— Vous êtes plus intelligent qu’on ne le supposerait en vous regardant, dit-elle.
— Tromper son monde ; ça fait partie du métier de flic, ma belle…
— Je sais…
— Alors, comme ça, c’est vous la patronne ?
Elle hausse les épaules.
A ses yeux je suis moins que rien. Je n’aime pas qu’une fille qui m’a possédé me prenne pour un gland.
Je m’approche d’elle et lui avance une gifle, mais c’est ce qu’elle devait attendre…
Comme ma main va s’abattre sur sa joue, elle interpose la sienne, qui tient une longue épingle sur laquelle ma paume se fiche. Je pousse un cri. La douleur me coupe net mes effets, mais elle est vachement mise à profit par Christia qui, preste comme une panthère, a sauté sur mon autre main tenant le pistolet et me l’arrache avant que j’aie eu le temps de me rendre compte de ce qui arrive.
Je ne cherche même pas à ravoir mon arme. Il est trop tard, elle est sur ses gardes… Je me contente d’arracher l’épingle plantée dans ma chair et de presser l’orifice où perle une goutte de sang.
— Ne vous tourmentez pas pour ce malheureux petit trou, commissaire, dit la fille. Je vais vous en faire d’autres, soyez patient… Seulement, avant, je veux savoir…
— Quoi, ma belle ?
— Ce que savent les Russes ?
Là, j’ai envie de rigoler, parce que c’est précisément la question que je me poserais si j’avais envie de me faire un brin de conversation.
Je la regarde, attendant la suite.
— A quel sujet ? je demande.
Elle désigne l’homme qui la besognait naguère.
— Au sujet de Dimitri… Savent-ils qu’il est vivant ?
Dimitri ! Ce tordu s’appelle Dimitri ! Il est Russe ! Il…
Je souris.
— C’est par bravade que vous riez ? demande-t-elle.
Non, ça n’est pas par bravade. Je ris parce que, même lorsqu’une souris vous tient sous le regard d’un colt avec l’intention de vous lâcher des pastilles dessus, vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire si un cercle se ferme sous vos yeux. Et un cercle vient de se fermer hermétiquement. Les morceaux du puzzle s’emboîtent. J’ai fait une erreur, tout à l’heure, à l’ambassade, en leur disant qu’aucun gars de chez eux n’a été kidnappé. Si, leur attaché a été sucré, mais il l’a été par nous !
C’est tellement marrant que je ne peux m’empêcher de tout expliquer à la môme Christia. Ce serait trop idiot que je clamse avec cette belle histoire loufoque sur la patate !
Je lui explique comment, à la demande des Russes, je me suis lancé à la recherche de leur attaché d’ambassade soi-disant kidnappé ; comment, sur leur instigation, j’ai soulevé celui que je croyais être le fils de Bunks afin de lui arracher son secret… Comment, toujours sur leurs conseils, nous avons fait le coup du cadavre… J’avoue que je ne comprends pas pourquoi, dis-je…
Elle plisse les yeux… Elle paraît sollicitée par de profondes pensées.
— Moi, je le sais, murmure-t-elle.
— Ça vous ennuierait de m’affranchir ?…
Même si je ne lui demandais pas, elle parlerait. Elle parlerait comme je viens de le faire : pour extérioriser ses idées, poussée par l’impérieux besoin de penser tout haut.
— Ils ont enlevé mon frère, voici près d’un mois, dit-elle… Seulement, ils ne pouvaient en convenir à cause de…
— De vos relations ?
— C’est ça ! Ils ont agi en grands champions de la diplomatie, comme d’habitude… En vous faisant véhiculer le cadavre de mon frère, ils se blanchissaient…
— Attendez, dis-je, je m’y perds… S’ils ont enlevé votre frère, ils savaient donc que ça n’était pas lui que nous arrêterions sous le nom de Bunks.
— Non, mais ils ne s’attendaient en tout cas pas à ce que ce soit Dimitri. Dimitri était un des leurs… avant de faire ma connaissance.
Un sourire triomphant illumine son visage.
— Il les a quittés pour moi. Et moi, afin d’assurer sa sécurité, je l’ai introduit à l’ambassade allemande en prétendant qu’il s’agissait de mon cousin, un autre Bunks… C’est de là qu’est venue la fatale conclusion. Vous avez arrêté Dimitri et je croyais que c’étaient les Soviets qui l’avaient arrêté, et eux croyaient que c’était nous, en représailles à cause de mon frère…
Je n’ai jamais vu une telle partie à ricochet…
Jules croyait que Paul avait fauché la montre de Louis, et Louis croyait que c’était Jules qui avait scrapé la bicyclette de Paul… Ça aurait pu durer longtemps… Dans tout cela, San-Antonio jouait les chiens de rapport… Il camoufle un rapt d’une part, et de l’autre cherche le gibier… Jamais tant de gens à la fois m’ont pris pour une descente de lit usagée ! Jamais on n’a vu à un tel point ridiculiser les mecs du Service secret !
— Le gars à polio de Strasbourg, je demande, qui était-ce ?
— Un homme de chez nous, il transportait une nouvelle bombe soviétique réalisée en commun…
En commun ! C’est un nouveau trait de lumière pour moi.
J’oubliais que le père Bunks est un magnat de l’industrie ! Qu’il a des laboratoires de recherches… Voilà ce qui fait que ce grossium a fait alliance avec les Russes ! Ils se sont associés pour mettre au point une arme d’origine allemande… Seulement, c’est une association à couteaux tirés… C’est à qui fera des vacheries à l’autre.
— Pourquoi croyez-vous que les Soviets ont mis la main sur votre frère ?
— Kart n’était pas du tout partisan de cette coopération, il la reprochait en termes assez âpres à mon père… Les autres le savaient, et…
— Compris…
Christia s’approche de Dimitri…
Elle lui caresse doucement la tête ; mais ça n’est pas une mazette que cette gosse-là et elle n’a aucune de ces pleurnicheries de femelle. Elle est très calme, très maîtresse d’elle-même. Je regarde la petite culotte de soie blanche demeurée à terre, et j’évoque la scène de tout à l’heure.
Je ne puis m’empêcher de rougir, comme ça, bêtement, à ce souvenir.
— Vous connaissez sa sœur ? je demande en montrant Dimitri.
— Rachel ? murmure-t-elle. Oui, je l’ai aperçue à Freudenstadt où elle venait rôder, croyant que nous savions ce qu’était devenu son frère…
Je soupire…
— Ça ne va pas ? demande Christia.
Je pense que la vie est dégueulasse…
Elle est dégueulasse parce que c’est en effet par hasard que Rachel faisait du stop… C’est uniquement poussée par la curiosité, cette damnée curiosité féminine, qu’elle a fouillé mon portefeuille et mes fringues chez la mère Tapautour. Je l’intriguais, elle se doutait que j’étais un mec pas comme les autres… C’est par hasard aussi qu’elle a trouvé l’épingle de son frère…
Et moi…
Moi, ben, je l’ai butée, salement butée, à cause de tous ces cons qui jouent au plus fortiche et qui me prenaient pour un polichinelle. J’ai buté une simple môme à la recherche de son frangin, une môme que j’avais eue au béguin…