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Angélique et son amour Part 2

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Angélique et son amour Part 2
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– Nous sommes un peu fous tous les deux, murmura-t-il avec douceur. Ne trouvez-vous pas ?

*****

– Êtes-vous blessé, Peyrac ? criait la voix de M. d'Urville.

Le comte escalada les rochers et descendit vers les gens rassemblés.

– Soyez remerciés, messieurs, de votre intervention, dit-il aux Protestants. L'incursion de ces bandits n'aurait pu se réduire qu'à une simple escarmouche, si je n'avais eu la sottise de m'aventurer sans escorte hors du camp. Que ceci nous serve de leçon à tous. Ces incursions des tribus hostiles ne représentent pas un danger grave, si, prévenus à temps nous savons rester groupés et organiser nos défenses. J'espère qu'aucun d'entre vous n'est blessé ?

– Non, mais de justesse, répondit Le Gall en contemplant son bonnet qu'il avait ramassé.

Manigault ne savait pas quelle contenance prendre. Les événements allaient trop vite pour lui.

– Ne nous remerciez donc pas, fit-il avec humeur, tout ce que nous faisons est tellement illogique.

– Croyez-vous, répondit Peyrac en le fixant bien dans les yeux. Je trouve au contraire que tout ce qui vient de se dérouler est dans la logique du Dawn East. Avant-hier vous vouliez ma mort. Hier, je voulais vous pendre. Mais, au soir, je vous ai armés afin que vous puissiez vous défendre et, ce matin, vous m'avez sauvé la vie. Quoi de plus logique ?

Il plongea le poing dans sa bourse de cuir et montra sur sa paume ouverte deux petites boules brillantes.

– Voyez, dit-il, il ne me restait plus que deux balles.

*****

Dans l'après-midi tout le camp Champlain se rendit à une convocation qui leur avait été faite pour accueillir le grand Sachem Massawa à Gouldsboro. Les hommes armés marchaient au flanc de la colonne, escortant les femmes et les enfants. En passant vers le lieu où le matin s'était déroulé le bref combat contre les Cayugas, ils firent halte. Le sang séché était devenu noir. Des oiseaux tournoyaient au-dessus des cadavres abandonnés.

Tableau de mort qui démentait la vie frémissante des arbres remués par une douce brise et le chant de la mer proche.

Ils restèrent silencieux un long moment.

– Telle sera notre vie, dit enfin Berne, répondant à leurs pensées.

Ils n'étaient pas tristes, ni même effrayés. Telle serait leur vie. Le comte de Peyrac les attendait devant le fort. Il vint au-devant d'eux et, comme au jour du débarquement, il les fit se grouper sur la plage. Il paraissait soucieux. Après avoir salué courtoisement les dames, il parut réfléchir, les yeux tournés vers la baie.

– Messieurs, l'incident de ce matin m'a amené à faire réflexion sur votre sort. Les dangers qui vous entourent m'ont paru grands. Je vais vous rembarquer et vous conduire aux Iles d'Amérique.

Manigault sursauta comme piqué par une guêpe.

– Jamais, rugit-il.

– Merci, monsieur, dit le comte en s'inclinant, vous venez de me donner la réponse que j'attendais de vous. Et je dédie une pensée reconnaissante aux braves Cayugas dont l'incursion sur vos terres vous a soudain fait prendre conscience de l'importance que vous y attachiez déjà. Vous restez.

Manigault comprit qu'il était une fois de plus tombé dans le piège tendu et hésita à se fâcher.

– Eh bien ! oui, nous restons grommela-t-il. Croyez-vous que nous allons nous plier à tous vos caprices. Nous restons et ce n'est pas le travail qui manque. La jeune femme du boulanger intervint avec timidité.

– J'ai pensé à une chose, monseigneur. Qu'on me donne une belle farine et qu'on m'aide à construire un four dans la terre ou avec des cailloux et je pourrai brasser du pain tant qu'il en faudra car j'aidais mon homme dans son commerce. Et mes petits aussi savent façonner des brioches et des pains au lait.

– Et moi, s'écria Bertille, je pourrai aider mon père à couler le papier. Il m'a appris ses secrets de fabrication car je suis sa seule héritière.

– Du papier ! Du papier ! s'écria Mercelot comme s'il pleurait, tu es folle, ma pauvre enfant. A-ton besoin de papier dans ce désert ?

– C'est ce qui vous trompe, dit le comte. Après le cheval, le papier est la plus belle conquête de l'homme, qui ne peut vivre sans papier. Il s'ignore s'il ne peut exprimer sa pensée en lui donnant une forme moins périssable que la parole. La feuille de vélin est le reflet où il aime à se contempler, comme la femme dans son miroir... À propos, j'oubliais, mesdames, que je vous avais réservé d'indispensables accessoires sans lesquels vous ne pourriez entreprendre une existence nouvelle... Manuello, Giovanni !...

Les matelots hélés s'approchèrent portant un coffre qu'ils avaient débarqué avec précaution de la chaloupe. Ouvert, il révéla, entre des couches d'herbes sèches protectrices, des miroirs de toutes formes et de toutes tailles.

Joffrey de Peyrac les prit et les offrit aux dames et aux jeunes filles, les saluant l'une après l'autre, comme au premier soir sur le Gouldsboro.

– Le voyage s'achève, mesdames. S'il fut troublé et parfois pénible, je voudrais pourtant que vous n'en gardiez en souvenir que cette bagatelle où vous pourrez contempler vos traits. Ce petit miroir deviendra pour vous un fidèle compagnon, car j'ai omis de vous signaler une des caractéristiques de ce pays. Il rend beau. Je ne sais si ce phénomène est dû à la fraîcheur de ses brouillards, aux effluves magiques et mêlés de la mer et de la forêt, mais les êtres qui l'habitent sont réputés pour la perfection de leurs corps et de leurs visages. Moins que d'autres, vous ne ferez mentir le dicton. Regardez-vous ! Contemplez-vous !

– Je n'ose pas, dit Mme Manigault en tâtant sa coiffe et en essayant de rattraper ses cheveux, il me semble que j'ai une tête à faire peur.

– Mais non, mère. Vous êtes très belle, c'est vrai, s'écrièrent en chœur ses filles, touchées de sa confusion.

– Restons, supplia Bertille, en faisant jouer le miroir à poignée d'argent dans lequel elle venait de s'apercevoir.

Chapitre 4

Le grand sachem Massawa paraissant sur son cheval blanc prit pour une manifestation particulière de bienvenue à son égard le miroitement des glaces que brandissaient des femmes aux visages pâles et à l'accoutrement étrange.

Il en fut hautement satisfait. Il descendit le sentier au pas compté de sa monture, entouré de sa garde de guerriers et des Indiens accourus de toutes parts. De sorte qu'il paraissait s'avancer au milieu d'une gerbe de plumes. Le son rythmé d'un tambour accompagnait cette marche et les bonds souples des danseurs le précédant.

Il mit pied à terre en arrivant au bas de la pente et vint vers le groupe avec une lenteur solennelle et calculée. C'était un vieillard de haute stature au visage de cuivre rouge strié de mille rides. Son crâne rasé, teint en bleu, supportait au sommet un véritable geyser de plumes multicolores et deux longues queues touffues et retombantes d'un pelage rayé gris et noir qui devait appartenir à une espèce locale de chat sauvage.

Son buste nu, ses bras cerclés de bracelets, ses jambes étaient si finement travaillés de tatouages qu'on l'aurait dit revêtu d'une mince résille bleue. Il portait en sautoir, depuis l'épaule jusqu'aux hanches, plusieurs tours de perles grossières, cabochons de verre de toutes couleurs. Il en avait aussi aux bras et aux chevilles avec des plumes. Son pagne sommaire et son grand manteau étaient faits d'un tissu de fibres végétales lustré et simple, mais superbement brodé de noir sur fond blanc. Aux oreilles, il portait de bizarres pendeloques faites de vessies de peaux, gonflées et peintes en rouge. Le comte de Peyrac vint à lui et ils se saluèrent avec des gestes hiératiques du bras et de la main. Après quelques minutes de colloque, le chef reprit sa marche vers les Protestants, mais cette fois il portait précieusement à deux mains un long bâton orné de deux ailes blanches de goéland et qui se terminait par une custode d'or d'où s'échappait un léger filet de fumée. Il s'arrêta devant le pasteur Beaucaire que lui désignait Peyrac.

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