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Angélique et son amour Part 2

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Angélique et son amour Part 2
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– L'enfant a raison, mylady. My inn is for you. Mon nom est Crowley, George Crowley et, dans my store, vous trouverez every furniture for household... Voyez mes roses sauvages.

Mais on ne voyait plus rien du tout car un brouillard épais venait de se lever et ruisselait en myriades de gouttelettes scintillantes autour d'eux.

– Oh ! ce brouillard, gémit Mme Carrère, jamais je ne m'habituerai. Enfants, où êtes-vous ?

– Nous sommes là ! crièrent les enfants invisibles.

– Dans un pays pareil ils vont me jouer des tours pendables.

– Come in !... Come in !... répétait l'Écossais.

On dut le suivre de confiance.

– No brouillard, disait-il avec indulgence. Pas de brouillard to day. Il va, il part. L'hiver, yes, c'est le plus fort brouillard du monde.

Comme il l'avait annoncé, le brouillard s'en alla, porté par les ailes du vent. Angélique se retrouva devant une maison de bois couverte de chaume et garnie de roses épanouies, aux teintes de porcelaine et au parfum délicat.

– Voici ma maison, annonça Honorine.

Et elle en fit deux fois le tour en courant, et en criant comme une hirondelle. À l'intérieur un bon feu flambait. Il y avait même deux pièces garnies de meubles faits en rondins ou taillés grossièrement dans des troncs d'arbres, mais on découvrait, non sans surprise, une table de bois noir aux pieds torsadés qui n'aurait pas été déplacée dans un salon.

– Offert par M. le comte de Peyrac, dit l'Écossais avec satisfaction.

Il montra également les vitres aux fenêtres, luxe inconnu des autres cabanes qui n'avaient jamais été garnies que de peaux de poisson laissant filtrer une faible lumière.

– Autrefois, je m'en contentais.

Cet autrefois remontait assez loin. Crowley avait été le second d'un navire qui s'était fracassé il y avait trente ans sur les rochers infranchissables de la côte du Maine. Seul survivant, le naufragé avait abordé, couvert de blessures, sur les rives inhospitalières. Il s'y était tant plu qu'il y était resté.

Se considérant comme seigneur des lieux, il avait accueilli à coups de flèches, habilement tirées du haut des arbres, tous les pirates qui cherchaient refuge dans la baie de Gouldsboro. Les Indiens ne lui prêtaient pas main forte. Pacifiques, ils n'auraient jamais osé d'eux-mêmes entamer les hostilités, mais l'Écossais se chargeait bien à lui seul de chasser les intrus. Joffrey de Peyrac avait dû à l'amitié d'un chef mohican rencontré au cours d'une négociation à Boston, de connaître à la fois le refuge inviolable de Gouldsboro et les raisons de la malédiction qui y régnait. Il avait réussi à faire alliance avec l'esprit malin et Crowley avait d'autant mieux accueilli ses propositions qu'il commençait à chercher des clients pour ses fourrures. En effet, après s'être installé parmi les cabanes abandonnées de Champlain, il s'était senti inspiré par des idées de commerce. Curieux génie que de ne rien posséder et de parvenir à tirer fortune de ce rien. Il avait commencé par vendre des conseils aux indigènes pour guérir les maladies dont leurs sorciers ne venaient pas à bout. Puis des cornemuses qu'il fabriquait lui-même avec des roseaux et des vessies ou des estomacs de bêtes abattues. Puis les concerts qu'il donnait avec ses cornemuses. Des coureurs de bois venus du Canada prirent l'habitude de s'arrêter chez lui, d'échanger quelques-unes de leurs fourrures contre ses bons propos et ses soirées de musique.

Joffrey de Peyrac lui prit ses fourrures et le paya en quincaillerie et bimbeloterie qui en firent désormais le roi du commerce de la région. Voici ce qu'il raconta à ces dames autour du feu. Il ne savait encore de quel œil considérer les nouveaux arrivants, mais n'étant pas de caractère taciturne, il se disait qu'en attendant c'était toujours de la compagnie. Et quel agrément de revoir des femmes à peau blanche et aux yeux clairs. Lui il avait une femme indienne et des « papooses » ou mioches à volonté.

Ceux-ci présentaient de petits paniers remplis de groseilles, de fraises et de baies des bois aux dames assises sur les bancs, tandis que Crowley continuait la chronique du coin : M. d'Urville, racontait-il, c'était une tête brûlée qui était partie aux Amériques après une sombre histoire de duel. Beau garçon, il avait fait la conquête de la fille du chef des Abenakis-Kakou. C'était lui qui gardait le fort défendant l'accès de la baie de Gouldsboro, en l'absence de M. le comte de Peyrac.

L'Espagnol ? Don Juan Fernandez et ses soldats ? Des rescapés d'une expédition du Mexique qui avait disparu dans les forêts inviolables du Mississippi. Tous massacrés sauf ceux-là qui s'étaient retrouvés dans le Dawn East, squelettiques, à demi morts, ayant perdu la mémoire de leur passé.

– Ce don Fernandez a l'air féroce, fit remarquer Angélique. Il montre tout le temps les dents.

Crowley secoua la tête avec un sourire. Il expliqua que le rictus de l'Espagnol lui venait d'un tic conservé à la suite des tortures que lui avaient fait subir les Iroquois, peuple cruel, le peuple de la Maison Longue comme on les appelait par ici, à cause de leurs huttes allongées où vivaient plusieurs familles.

M. de Peyrac, quand il avait entrepris un nouveau voyage vers l'Europe, avait voulu rapatrier les Espagnols. Mais, chose étrange, ceux-ci avaient refusé. La plupart de ces mercenaires avaient toujours vécu aux Amériques et ne connaissaient d'autre métier que celui de partir à la recherche de cités fabuleuses et de hacher les Indiens en menu pâté. À part cela, ils n'étaient pas méchants.

Angélique apprécia, comme il se devait, l'humour du conteur. Celui-ci fit remarquer que le temps s'était levé et, puisque tout le monde était réchauffé, il allait leur montrer ses domaines.

– Il y a par là quatre ou cinq cabanes qu'on peut rendre habitables. Come in ! Come in !

*****

Honorine retint Angélique par sa robe.

– Je l'aime bien, M. Cro. Il a des cheveux de la même couleur que les miens et il m'a emmenée sur son cheval.

– Oui, il est très gentil. C'est heureux pour nous de trouver sa jolie maison dès notre arrivée.

Honorine hésitait à poser une question. Elle hésitait, parce qu'elle craignait la réponse.

– C'est peut-être mon père ? dit-elle enfin avec un regard plein d'espoir, en levant son petit museau barbouillé de bleu.

– Non, ce n'est pas lui, dit Angélique souffrant de sa déception comme de tout ce qui atteignait sa fille.

– Ah ! tu es méchante, dit Honorine faiblement.

Elles sortirent de la maison et Angélique voulut montrer les roses à l'enfant. Mais celle-ci ne se laissait pas distraire.

– Ne sommes-nous pas arrivées de l'autre côté de la mer ? demanda-t-elle au bout d'un instant.

– Oui.

– Alors où est mon père ? Tu m'avais dit que je le trouverais de l'autre côté de la mer avec mes frères.

Angélique ne se souvenait pas d'avoir dit une chose semblable mais discuter avec l'imagination d'Honorine n'était pas facile.

– Séverine a de la chance, dit l'enfant en tapant du pied, elle a un père et des frères et moi je n'en ai pas.

– Ne sois pas jalouse. Ce n'est pas beau. Séverine a un père et des frères, mais elle n'a pas de mère. Et toi, tu en as une.

L'argument parut frapper la petite bonne femme. Après un instant de méditation, sa peine s'envola et elle se précipita pour courir avec ses amis.

– Voilà une cabane qui a l'air solide, disait Crowley en donnant de grands coups de bottes dans les pieux d'un édifice bâillant à tous les vents. Installez-vous !

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