Angélique et son amour Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #12
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et son amour Part 2». Краткое содержание книги:
Honorine tendit derechef son petit doigt.
– Là.
– Oui, là, répéta Angélique désespérée de son impuissance.
La détonation claqua à ses oreilles avec un bruit ténu de noix qu'on écrase.
– Personne ne pourra l'entendre de Gouldsboro. C'est trop loin.
Elle voulut s'élancer dans la direction du combat, mais les branches l'arrêtèrent et d'ailleurs elle était sans armes. Elle fit demi-tour et reprenant le sentier par lequel elle était venue, descendit la colline au galop. Son cheval volait. En traversant les plantations indiennes elle cria au gardien de maïs immobile sous son abri.
– Les Cayugas ! Les Cayugas !
*****
Elle fit irruption en trombe dans le camp Champlain.
– Les Cayugas attaquent mon mari sur la route de Gouldsboro. Il s'est retranché derrière des rochers mais il sera bientôt à cours de munitions. Venez vite !
– Qui est attaqué ? demanda Manigault qui n'était pas sûr de ce qu'il avait entendu.
– Mon... Le comte de Peyrac.
– Où est-il ? s'informa Crowley accouru.
– À peu près à un mile d'ici.
Elle tendait machinalement Honorine aux premiers bras venus.
– Donnez-moi vite un pistolet.
– Un pistolet à une lady ! s'exclama l'Écossais, offusqué.
Elle lui arracha celui qu'il avait en main, le vérifia, l'ajusta, le chargea avec une promptitude qui décelait une longue pratique.
– De la poudre ! Des balles ! Vite !
À son tour, sans plus discuter, l'Écossais avait saisi un mousquet et sautait en selle. Angélique s'élança à sa suite le long du rivage.
Bientôt les détonations leur parvinrent ainsi que le cri de guerre des Iroquois. Le petit homme se retourna pour lui crier avec une grimace joyeuse.
– Il tire encore. Nous arrivons à temps !
À un détour, un groupe d'Indiens leur barra la route. Surpris eux-mêmes ils n'eurent pas le temps d'armer leurs arcs. Crowley les traversa, suivi d'Angélique en les assommant à droite et à gauche à coups de crosse.
– Arrêtons-nous, ordonna-t-il un peu plus loin. J'en vois d'autres qui accourent. Mettons-nous sous le couvert des arbres.
Ils n'eurent que le temps de se retirer derrière les troncs. Les flèches vibraient autour d'eux en s'enfonçant dans le bois dur. Angélique et Crowley tiraient alternativement. Les Indiens finirent par monter dans les arbres afin de contrôler le sentier sans y laisser, à coup sûr leurs vies. Mais Crowley les atteignait encore entre les branches et des corps dégringolaient lourdement.
Angélique aurait voulu avancer plus loin. Crowley l'en dissuada. Ils n'étaient que deux. Tout à coup ils perçurent l'approche d'un galop venant du camp Champlain. Six cavaliers surgissaient, armés. Il y avait Manigault, Berne, Le Gall, le pasteur Beaucaire et deux des coureurs de bois.
– Passez outre, messieurs, leur cria Crowley, et courez sus pour délivrer M. de Peyrac. Je garde le passage et vous éviterai d'être pris à revers.
Le groupe passa en trombe. Angélique remonta à cheval et se joignit à eux. Un peu plus loin ils furent encore arrêtés mais les Indiens sous l'élan furieux des Blancs se dispersèrent. Ceux qui s'élancèrent, le tomahawk levé, furent arrêtés, la face trouée, sous les coups de pistolets à bout portant.
Le groupe progressa encore. Avec soulagement, Angélique vit qu'il parvenait à l'emplacement où son mari continuait à se défendre. À leur tour, ils durent mettre pied à terre et s'abriter. Mais leur présence gênait fort les assaillants. Pris entre le feu du comte de Peyrac sur la hauteur, celui des Protestants et des coureurs de bois, et celui de Crowley, ils commencèrent, malgré leur nombre, à donner des signes d'inquiétude.
– Je t'ouvre le chemin, dit Manigault à Le Gall et tu fonces jusqu'à Gouldsboro donner l'alarme et ramener du renfort.
Le marin sauta sur son cheval et profitant d'un moment où le sentier était dégagé par un feu nourri, il s'élança ventre à terre. Une flèche siffla à ses oreilles, lui enlevant son bonnet.
– Passé, dit Manigault. Ils ne peuvent le pour suivre. Maintenant il ne s'agit plus que de patienter jusqu'à ce que M. D'Urville et ses hommes arrivent.
Les Cayugas commençaient à comprendre ce qui les menaçait. Armés seulement de flèches et de tomahawks, ils ne pouvaient affronter les armes à feu de tous les Blancs réunis. Leur guet-apens n'avait pas réussi. Il leur fallait battre en retraite. Ils commencèrent à se retirer en rampant vers la forêt afin de se rassembler près du ruisseau. De là ils rejoindraient la rivière où les attendaient leurs canoës. L'approche des renforts venus de Gouldsboro transforma leur retraite en débandade. Ils se heurtèrent alors aux indigènes du village qu'Angélique avait alertés et qui les criblèrent de flèches. Les survivants durent renoncer à atteindre le ruisseau et n'eurent d'autre ressource que de s'égayer droit devant eux à travers la forêt. On ne se préoccupa pas de savoir ce qu'ils deviendraient. Angélique s'était précipitée vers le tertre, sans souci d'enjamber les longs corps cuivrés abattus comme de grands oiseaux au plumage royal. Son mari n'apparaissait pas. Elle le découvrit penché sur le cheval blessé. Il venait de lui donner le coup de grâce.
– Vous êtes vivant ! dit-elle. Oh ! J'ai eu terriblement peur. Vous galopiez à leur rencontre. Tout à coup vous vous êtes arrêté. Pourquoi ?
– Je les ai reconnus à l'odeur. Ils s'enduisent le corps d'une graisse dont le vent m'a porté le relent. Je suis monté sur cette éminence afin de voir si ma retraite n'était pas coupée. C'est alors qu'ils ont abattu mon cheval. Pauvre Soliman ! Mais comment vous trouvez-vous ici, imprudente, et comment êtes-vous au courant de cette escarmouche ?
– J'étais là-bas sur la colline. Je vous ai vu en difficulté et j'ai pu courir jusqu'à Fort-Champlain pour chercher du secours. Ils sont venus.
– Que faisiez-vous sur la colline, demanda-t-il ?
– Je voulais me rendre à Gouldsboro et me suis trompée de sentier.
Joffrey de Peyrac croisa ses bras sur sa poitrine.
– Quand donc, fit-il d'une voix contenue, accepterez-vous de respecter mes ordres et la discipline que j'impose ? J'avais donné l'interdiction de sortir des camps. C'était de la dernière imprudence.
– Ne vous êtes-vous pas vous-même engagé de la même façon ?
– C'est exact et j'ai failli le payer fort cher. Et j'ai perdu un cheval. Pour quelle raison étiez-vous sortie du camp ?
Elle avoua sans fard :
– Je n'en pouvais plus de ne pas vous voir. Je venais au-devant de vous.
Joffrey de Peyrac se détendit. Il eut un petit sourire.
– Moi aussi, dit-il.
Il lui prit le menton et approcha son visage noir de poudre du visage aussi maculé d'Angélique.