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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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T’Larien n’avait fait que quelques pas dans le hall lorsqu’il entendit le premier cri. Incapable désormais de poursuivre son chemin, irrésistiblement attiré par la porte, il alla se poster derrière elle et écouta.

Les murs étaient épais, il ne pouvait entendre qu’une infime partie des paroles échangées à l’intérieur. La signification des mots lui échappait complètement, mais tant les voix que leur contenu émotionnel lui semblaient suffisamment explicites. C’était celle de Gwen qu’il discernait le mieux. Puissante et aiguë, proche de l’hystérie. Dirk pouvait aisément s’imaginer la scène. Il la voyait faire les cent pas dans le séjour, devant les gargouilles menaçantes, ainsi qu’elle le faisait toujours quand elle était en colère. T’Larien aurait juré discerner deux autres voix en plus de celle de la jeune femme – les deux Kavalars devaient se trouver avec elle, à la harceler de questions. L’une était calme, sûre d’elle ; celle de Jaan Vikary, à n’en pas douter – son rythme était reconnaissable entre mille, les phrases distinctes malgré l’épaisseur de la cloison. La troisième voix, celle de Garse Janacek, ne se fit dans un premier temps que très peu entendre, pour ensuite prendre une place de plus en plus importante dans la conversation – qui se chargeait peu à peu de violence et de colère. Au bout de quelques minutes, Vikary demeura pratiquement silencieux, tandis que Gwen et Garse se hurlaient des invectives. Puis Dirk entendit autre chose, un ordre bref, puis un bruit mat. C’était un coup de poing, il ne pouvait s’être trompé sur sa nature.

Au bout du compte, Vikary donna des ordres et le silence s’installa à l’intérieur de la pièce. Les lumières s’éteignirent.

Dirk restait immobile, silencieux, le manuscrit de Vikary à la main ; à se demander ce qu’il devait faire. Rien, pour l’instant, finit-il par conclure. Mais il se promit d’en parler à Gwen dès le lendemain matin, de découvrir qui l’avait frappée, et pour quelle raison. Ce devait être Janacek, à n’en pas douter !

Dédaignant l’ascenseur, il décida de descendre par l’escalier jusqu’aux appartements de Ruark.

Une fois couché, Dirk se découvrit profondément éprouvé par les événements de la journée. Les chasseurs kavalars et leurs simulacres ; la vie étrange, amère, que Gwen devait supporter auprès de Vikary et de Janacek ; la soudaine possibilité enivrante qu’elle revienne auprès de lui. Incapable de trouver le sommeil, il laissa toutes ces pensées se bousculer dans son esprit. Ruark dormait déjà, aussi ne pouvait-il en parler à personne. Il prit donc l’épais manuscrit que Gwen lui avait donné et en feuilleta les premières pages. Rien ne vaut un bon exposé didactique pour endormir un homme, pensa-t-il.

Quatre heures et une demi-douzaine de tasses de café plus tard, il posa le manuscrit, bâilla et se frotta les yeux. Puis il éteignit, gardant les yeux ouverts dans l’obscurité.

La thèse de Jaan Vikary, Mythes et histoire : origines de la société d’étaux selon une interprétation du Cycle des Chants des Démons de Jamis-Lion Taal, formait contre son peuple un réquisitoire bien plus sévère que tout ce qu’Arkin pourrait jamais en dire. Il avait tout couché par écrit, mentionné toutes ses sources issues des banques de données des ordinateurs d’Avalon. Elle contenait de longs extraits des œuvres poétiques de Jamis-Lion Taal, ainsi que des dissertations plus longues encore sur la signification que leur auteur leur donnait. Tout ce que Jaan et Gwen lui avaient dit le matin même y trouvait des explications détaillées. Vikary proposait théorie sur théorie, essayait de donner une justification rationnelle à toute chose. Il fournissait même une explication à l’existence des simulacres. Il affirmait qu’à l’Ère du Feu et des Démons, quelques survivants avaient pu fuir les cités dévastées pour se réfugier dans les mines, où ils avaient trouvé un abri. À l’intérieur, cependant, ils s’étaient révélés extrêmement dangereux pour leur entourage. Certains, victimes des radiations, étaient morts lentement, dans d’atroces souffrances, sans doute en contaminant ceux qui les soignaient. D’autres survivants, apparemment sains, s’étaient intégrés aux proto-étaux jusqu’au jour où ils s’étaient mariés et avaient donné naissance à des enfants. Le stigmate de la radioactivité était alors réapparu chez leurs descendants. Le tout restait bien sûr de l’ordre des suppositions, Jaan Vikary ne disposant même pas d’un ou de deux vers de Jamis-Lion Taal sur lesquels s’appuyer. Mais cela fournissait une explication apparemment rationnelle et plausible au mythe des simulacres.

Vikary s’étendait également sur ce que les Kavalars appelaient la Peste dévastatrice, et sur ce qu’il nommait avec prudence « La transition vers la société kavalar familiale-sexuelle contemporaine ».

Toujours selon ses hypothèses, les Hrangans étaient revenus sur Haut Kavalaan un siècle après leur premier raid. Les cités qu’ils avaient bombardées n’avaient pas été reconstruites, et aucune nouvelle habitation humaine ne s’élevait à la surface de la planète. Quant aux trois races d’esclaves qu’ils avaient importées sur ce monde afin de le peupler, elles avaient totalement disparu : quelque chose les avait décimées, elles s’étaient définitivement éteintes. L’Esprit hrangan qui commandait les forces expéditionnaires en avait conclu qu’un certain nombre d’humains devaient avoir survécu ; les Hrangans avaient donc lâché des bombes bactériologiques, histoire de finir le travail. Telle était en tout cas la théorie de Jaan Vikary.

Les poèmes de Jamis-Lion Taal ne contenaient aucune allusion aux Hrangans, mais ils mentionnaient souvent la terrible maladie. Tous les récits kavalars concordaient sur ce point. Il y avait eu la Peste dévastatrice, une longue période durant laquelle d’horribles épidémies s’étaient répandues dans les étaux. Chaque nouvelle saison apportait sa maladie épouvantable, l’ennemi démoniaque suprême, l’adversaire que les Kavalars ne pouvaient ni combattre ni tuer.

Sur cent hommes, quatre-vingt-dix mouraient. Sur cent femmes, quatre-vingt-dix-neuf passaient de vie à trépas.

Tout laissait supposer qu’une de ces nombreuses maladies ne contaminait que le sexe dit faible. Tous les spécialistes que Vikary avait consultés sur Avalon en avaient unanimement conclu (en se basant sur les faibles preuves à leur disposition, c’est-à-dire d’anciens chants et poèmes) que les hormones sexuelles féminines avaient presque à coup sûr joué un rôle de catalyseurs pour cette maladie. À en croire Jamis-Lion Taal, les jeunes filles étaient épargnées en raison de leur innocence, alors que le fléau frappait impitoyablement toutes les eyn-kethi en rut, les condamnant à mourir dans d’atroces convulsions. Pour Vikary, cela signifiait simplement qu’il n’affectait pas les filles impubères – seules les femmes ayant atteint la maturité sexuelle ont donc été décimées. Une génération tout entière a ainsi été emportée. Chose plus grave encore, l’épidémie ne régressait pas : dès qu’une jeune fille atteignait la puberté, elle était frappée par la peste. Jamis-Lion Taal donnait à ce fait une importante signification religieuse.

Certaines femmes, cependant, avaient été épargnées : celles qui possédaient une immunité naturelle. En nombre infime, tout d’abord, puis, parce qu’elles survivaient et donnaient naissance à des enfants parmi lesquels le pourcentage d’enfants immunisés ne cessait d’augmenter, alors que les autres mouraient au moment où ils atteignaient l’âge adulte, tous les Kavalars se retrouvèrent en fin de compte protégés, à quelques exceptions près. La Peste dévastatrice avait disparu de Haut Kavalaan.

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