L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
« Mais mon existence ne se résume pas pour autant à cela. Il y a des moments de trêves, de petits cessez-le-feu dans notre guerre perpétuelle, des instants de compassion et tendresse surprenantes. La nuit, la plupart du temps. Et ça me laisse chaque fois complètement interdite. C’est trop intense. Un soir, crois-moi ou non, j’ai dit à Garse que je l’aimais. Il s’est ri de moi, m’a répondu que lui ne m’aimait pas, que je n’étais à ses yeux qu’une cro-betheyn avec laquelle il était obligé de coucher en raison du lien qui l’unissait à Jaan. J’ai lutté pour retenir mes larmes, me contentant de lui crier une insulte quelconque avant de me précipiter hors de la chambre. Sur Haut Kavalaan, comme tu le sais, nous habitions des demeures souterraines. Uniquement vêtue de mon bracelet, je me suis mise à courir en tous sens dans les couloirs, comme une folle, jusqu’au moment où un homme a essayé de me prendre dans ses bras. C’était un ivrogne, un imbécile, un aveugle incapable de voir le jade et l’argent, je ne sais pas. J’étais tellement furieuse que j’ai pris son arme dans son étui pour en abattre la crosse sur son visage. C’était la première fois que je frappais un autre humain. Jaan et Garse sont arrivés à ce moment-là – Jaan semblait calme, mais je pouvais bien voir qu’il était profondément bouleversé. Garse, quant à lui, était presque joyeux, il se réjouissait manifestement de la perspective d’un duel. Comme si mon acte n’avait pas suffisamment insulté cet homme, Janacek m’a d’ailleurs ordonné d’aller ramasser ses dents et de les lui rendre. Une réflexion qui a bien failli leur valoir un défi.
— Comment diable as-tu fait pour te mettre dans une situation pareille, Gwen ? » Dirk devait lutter pour empêcher sa voix de se briser. Il était en colère contre elle, blessé pour elle, et cependant étrangement (étrangement, vraiment ?) exalté. Tout était vrai – tout ce que Ruark lui avait raconté. Le Kimdissi était bel et bien l’ami et le confident de Gwen, et t’Larien comprenait à présent pourquoi la jeune femme l’avait fait venir. Elle menait une vie misérable, une vie d’esclave, et lui seul pouvait lui rendre sa dignité et sa liberté. « Tu aurais dû te douter de ce qui t’attendait », ajouta-t-il sèchement.
Elle haussa les épaules. « Je me suis menti, et j’ai laissé Jaan me mentir – même s’il croyait sans doute sincèrement à tout ce qu’il me disait. Si j’avais rompu… Mais je n’en ai rien fait. J’étais… prête pour lui, Dirk. J’avais besoin de lui, je l’aimais, mais lui n’avait pas de fer et de feu à m’offrir. Il était déjà lié, il ne pouvait me donner que le jade et l’argent – et je les ai acceptés pour pouvoir rester auprès de lui, alors même que je n’avais qu’une très vague idée de leur signification. Toi et moi venions de nous quitter, et je ne voulais pas que Jaan disparaisse à son tour de ma vie. Alors, j’ai mis ce joli petit bracelet et j’ai lancé d’une voix forte : “Je suis plus qu’une betheyn”, comme si cela pouvait changer quoi que ce soit. Donne un nom à une chose et, d’une manière ou d’une autre, elle se conformera à son nom. Pour Garse, je ne suis que la betheyn de Jaan, et sa propre cro-betheyn – ni plus, ni moins. Les noms définissent les liens et les devoirs. Que pourrait-il y avoir de plus ? Et il en va de même pour tous les Kavalars, Jaan excepté. Quand j’essaie de m’élever, de dépasser mon nom, Garse est toujours là pour me crier avec colère : betheyn-catin ! Jaan, lui, est différent. C’est bien le seul, d’ailleurs, au point que j’arrive rarement à savoir ce qu’il ressent vraiment. »
Ses mains se crispèrent sur la nappe. « De toute façon, Dirk, ça reviendrait au même. Tu voudrais que je redevienne ta Jenny, alors même que c’est le refus de ce nom qui m’a décidée à partir. Mais voilà, idiote que je suis, j’ai par la suite accepté le jade et l’argent, et me voici à présent devenue une femme lige. Tout ce que je pourrais dire n’y changerait rien. » Elle avait littéralement crié ces derniers mots, les poings serrés au point que leurs jointures avaient blanchi.
« Rien n’est perdu, s’empressa de lui dire t’Larien. Reviens avec moi. » Sa voix semblait discordante à ses propres oreilles, à la fois emplie d’optimisme et désespérée, triomphante et inquiète.
Gwen ne répondit rien. Doigt après doigt, très lentement, la jeune femme desserra ses poings en respirant profondément, faisant sans cesse pivoter ses mains comme s’il s’était agi d’objets façonnés, placés devant elle à des fins d’inspection. Elle les posa enfin à plat sur la table, et s’y appuya pour se lever. « Pour quoi faire ? lança-t-elle alors d’une voix sèche. Pourquoi, Dirk ? Pour que tu refasses de moi ta Jenny ? C’est bien ça ? Parce que je t’ai aimé autrefois, et qu’il en subsiste peut-être encore quelque chose ?
— Oui. Je veux dire : non. Tu m’embrouilles les idées. » Il se leva à son tour.
Elle sourit. « Tu oublies que j’aimais également Jaan il n’y a pas si longtemps. Je suis liée par d’autres liens, par tous les devoirs et obligations qu’impliquent le jade et l’argent. Alors qu’il ne reste entre nous que des souvenirs, rien que des souvenirs. » Dirk attendit la suite, mais la jeune femme se détourna de lui et se dirigea vers la porte.
Il la suivit.
Le robot-serveur au visage ovoïde dépourvu de traits vint les intercepter à l’entrée. « Veuillez, je vous prie, me communiquer le numéro de votre compte du Festival.
— Facturation Larteyn. Jadefer 797-742-677, aboya-t-elle. Mettez les deux repas sur ce compte.
— Facturé », répondit le robot, qui s’écarta ensuite de leur passage. Le restaurant se retrouva aussitôt plongé dans l’obscurité.
La Voix leur fit avancer le véhicule. Dès que Gwen lui eut demandé de les ramener à l’aire de stationnement de leur aéronef, ils s’élancèrent dans des corridors qui se retrouvèrent aussitôt inondés de couleurs gaies et d’une musique joyeuse. « Cette saloperie d’ordinateur a décelé de la tension dans nos voix, dit-elle avec irritation. Il essaie de nous dérider.
— Eh bien, son efficacité laisse franchement à désirer. Merci pour le repas, au fait. J’ai échangé mes standards contre des bons du Festival avant de venir ici, mais j’ai bien peur que ça ne fasse pas une somme bien importante.
— Le Rassemblement de Jadefer est riche – et il n’y a pas grand-chose à acheter sur Worlorn, de toute façon.
— Hmmm… Oui. À vrai dire, ça m’étonne que l’argent puisse même encore y être utilisé.
— Programmation du Festival. Défi est la seule cité qui fonctionne encore de cette manière. Toutes les autres sont fermées. Une fois l’an, ai-Émerel envoie un collecteur chargé de débiter les comptes. Ils auront bientôt atteint le stade où le voyage leur coûtera plus cher que les bénéfices qu’ils en retirent.
— Je m’étonne même que ce ne soit pas déjà le cas.
— Voix ! lança-t-elle. Combien de personnes vivent encore ici, actuellement ? »
Les murs lui répondirent aussitôt : « J’abrite trois cent neuf résidents légaux et quarante-deux hôtes temporaires, vous inclus. Si tel est votre souhait, vous pouvez vous aussi devenir des résidents à part entière. Le prix de la pension complète est des plus raisonnables.