Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
La petite foule murmura quelque chose, puis tout le monde redescendit l’escalier en commentant passionnément la scène, avant de se disperser pour diffuser la nouvelle dans le quartier.
« Vous avez l’électricité ? » demanda Fred dans la cuisine (qui était aussi la chambre de Christmas). Il regarda autour de lui, mal à l’aise.
« Bien sûr, qu’on a l’électricité ! Tu nous as pris pour qui ? répliqua Christmas avec orgueil, poings sur les hanches.
— Christmas, tais-toi, Bon Dieu ! hurla Cetta depuis sa chambre.
— C’est ma mère, fit Christmas en indiquant d’un mouvement de tête la porte fermée. Elle travaille dans un night-club. »
Fred, imperturbable, le fixa puis demanda :
« Vous voulez peut-être que je vous donne le temps de vous habiller, monsieur Luminita ?
— Hein ? »
Christmas, gêné, baissa les yeux sur son caleçon. Santo se mit à rire.
« Christmas ! hurla encore Cetta.
— Oui, ça vaut mieux… murmura Christmas en rentrant la tête dans les épaules, comme tous les enfants qui se font gronder. Santo, emmène-le dans le salon ! »
Il se vêtit rapidement, plongea deux doigts dans une bassine d’eau glacée qui le fit frissonner, et puis rejoignit les autres dans la petite pièce que Cetta appelait pompeusement le salon.
« On a même une fenêtre ! fit remarquer Christmas, indiquant avec fierté le point fort de l’appartement.
— Je vois, confirma Fred.
— Bien, parlons affaires. Qu’est-ce que tu veux, Fred ?
— Je peux donner des noms ? demanda le chauffeur en regardant Santo.
— Il vaudrait mieux éviter.
— Parce que comme ça, si on me cuisine, je pourrai rien balancer ! intervint Santo avec une fierté de voyou, enfonçant les mains dans ses poches.
— Je comprends, commenta Fred impassible, acquiesçant avec sérieux. Qui vous savez, donc, vous envoie un cadeau, dit-il ensuite à Christmas en lui tendant le paquet.
— Le vieux ?
— Oui… le vieux » confirma Fred, réticent à utiliser ce terme.
Christmas ouvrit le paquet. À l’intérieur : un poste de radio. Avec un haut-parleur en forme d’entonnoir, noir et brillant, en bakélite. Le poste était surmonté de six lampes et, sur le devant, une plaquette en métal fixée par deux vis indiquait en caractères gris « Radiola » et, juste en dessous, « Long Distance Radio Concert Amplifier — Model AA485 » et, plus bas encore, « RCA — Radio Corporation of America ».
« Pétard ! s’exclama Christmas.
— C’est un poste de radio ! s’écria Santo.
— Je sais bien, qu’c’est un poste de radio ! » répliqua Christmas.
Puis il se mit à tourner des boutons au hasard.
« Et il marche ? demanda-t-il à Fred.
— Oui, c’est prévu, répondit le chauffeur. Vous permettez ? »
Il balaya la pièce du regard, repéra une prise électrique et brancha le poste. Puis il tourna un bouton. Les deux gamins tendirent l’oreille tandis qu’un grésillement sourd sortait de l’appareil.
« Il faut faire chauffer les lampes, expliqua Fred.
— Il y a même des lampes ! » admira Christmas.
Santo avait l’air émerveillé.
Peu après, le grésillement faiblit et une voix craquelée se fit entendre.
« En février, le président Harding lui-même a apporté un poste de radio à la Maison Blanche, raconta Fred. En tournant ce bouton-là, on peut choisir sa station », et il régla le poste sur un programme musical.
Christmas et Santo étaient bouche bée.
« Cet autre bouton, c’est le volume, expliqua encore Fred. Mais je suppose que, dans l’immédiat, il vaut mieux ne pas le mettre trop fort. À cause de votre mère, j’entends… »
Christmas se tourna brusquement vers la chambre où dormait Cetta. Il courut à la porte, l’ouvrit sans frapper et se précipita dans la petite pièce sans fenêtre. « M’man, m’man, viens ! » Puis il revint dans le salon, plus fébrile que jamais.
« Maman ! hurla-t-il encore une fois. Augmente le son, vas-y, mets-le au maximum ! lança-t-il à Fred.
— Je ne crois pas que ce soit le moment…
— Oh, pétard ! »
Et Christmas se jeta sur le bouton du son qu’il tourna à fond, à l’instant même où Cetta apparaissait dans le salon, l’air inquiète, avec le souvenir du matin où elle avait été réveillée à cause de la jeune fille violée.
« Regarde, m’man, un poste de radio ! » Christmas hurla pour couvrir la musique.
Cetta semblait déconcertée, à présent. En découvrant le chauffeur en livrée, elle serra sa robe de chambre légère autour de ses épaules.
« M’man, on a un poste de radio ! s’exclama Christmas surexcité, prenant sa mère dans ses bras. Comme le président ! »
Cetta se libéra avec brusquerie et se jeta sur l’appareil pour l’éteindre.
« Mais ça vient d’où, ce truc ? demanda-t-elle. Alors c’est vrai, ce qu’on raconte dans le quartier ? Tu l’as volé ? Tu t’es fourré dans le pétrin ?
— Non, m’man, non ! C’est un cadeau…
— Un cadeau de qui ? »
Les yeux de Cetta scintillaient, très noirs. Elle se tourna vers le chauffeur.
« Et vous êtes qui, vous ? lança-t-elle, agressive.
— Veuillez m’excuser pour cette intrusion, madame. J’ignorais que vous travailliez dans un night-club, autrement je serais venu plus tard…, commença à expliquer Fred.
— Vous êtes qui ? Cetta le toisa.
— Attends, m’man, attends ! Et tais-toi, Fred ! » intervint Christmas en pointant un doigt vers le chauffeur. Puis il prit Santo par le bras et l’entraîna vers la porte. « C’est une histoire de famille » dit-il, le poussant dehors et refermant la porte.
« Mon fils a des ennuis ? s’enquit Cetta auprès de Fred, d’une voix sombre.
— Non, madame, je peux vous l’assurer, répondit Fred avant de se tourner vers Christmas. Peut-être devriez-vous tout raconter à votre mère…
— Qu’est-ce que tu dois me raconter ?
— J’ai rien fait de mal, m’man ! Dis-le-lui, Fred !
— M. Saul Isaacson, commença le chauffeur guindé, souhaitait remercier M. Luminita d’avoir sauvé sa petite-fille…
— Ruth, maman ! Tu te rappelles ?
— Oh, comment va-t-elle ? Pauvre petite… Cetta s’attendrit immédiatement.
— Beaucoup mieux, madame, merci.
— Je me suis pas fourré dans le pétrin, m’man, insista Christmas.
— Mais non, mon chéri ! »
Cetta passa un bras autour de ses épaules et caressa ses cheveux blonds. Puis elle prit le visage de son fils entre ses mains et le dévisagea en souriant.
« Un poste de radio ! s’exclama-t-elle, rayonnante. Il n’y en a pas un dans tout le quartier ! » et elle rit comme une enfant.
« Et il y a aussi ceci, interrompit Fred (hésitant, il tendit à Christmas l’enveloppe qu’il avait dans la poche). Si vous voulez, je peux vous la…
— Mon fils sait lire et écrire ! s’exclama fièrement Cetta, le foudroyant du regard.
— Je sais lire, Fred, confirma Christmas en saisissant l’enveloppe.
— Mes excuses. À vous aussi, madame… fit Fred en inclinant légèrement la tête. C’est de la part de Mlle Ruth. Si vous voulez bien la lire, M. Isaacson m’a demandé de rester à votre disposition.