La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
Tout à coup, elle regarda autour d’elle…
Alors, elle se rappela sans doute!
Ses yeux, vers le balcon, jetèrent un adieu désespéré, et, avec une plainte d’enfant qui meurt, elle chancela, se laissa tomber en arrière, évanouie.
– Malheur! malheur sur moi! râla le chevalier d’Assas. Elle aime le roi!…
Il demeura un instant ébloui par la terrible lumière qui envahissait son esprit, écrasé par la catastrophe qui s’abattait sur son amour.
Dans cet instant, au moment même où Jeanne tombait, il vit un homme faire un pas et la recevoir dans ses bras. Le visage de cet homme était bouleversé par la douleur et peut-être par la colère. Il saisit, il enleva la jeune femme, la déposa dans une voiture où l’époux, Le Normant d’Étioles, s’élança en même temps.
Cet homme qui venait de prendre Jeanne dans ses bras, cet homme dont la noble figure penchée sur l’épousée présentait tous les signes d’une inquiétude affreuse, c’était Armand de Tournehem… le père de Jeanne!…
– Oh! gronda-t-il, est-ce que je me serais trompé?… Est-ce que j’aurais fait le malheur de mon enfant?…
Et, comme le chevalier, il murmura à son tour:
– Oh! alors, malheur! malheur sur moi!…
Seul le mari souriait de son affreux et immuable sourire.
Tout cela, le chevalier d’Assas le vit dans un coup d’œil; cela dura quelques secondes à peine, puis il vit la voiture des époux s’élancer, puis les invités à leur tour disparurent, puis la foule qui s’était amassée se dissipa… puis, enfin, la porte de Saint-Germain-l’Auxerrois se referma…
D’Assas était demeuré à la même place, les mains jointes.
Un profond soupir gonfla sa poitrine.
Il jeta un morne regard sur le balcon du Louvre et vit que le roi avait disparu…
Alors, il murmura:
– C’est fini!… Tout est fini pour moi!…
Il fit quelques pas en chancelant. Ses dents claquaient. Il répétait, sans savoir:
– Elle aime le roi… c’est fini… tout est fini!
Le chevalier ne vit pas deux gentilshommes qui avaient semblé faire partie du cortège nuptial, mais qui ne s’étaient pas éloignés en même temps que les voitures. À demi cachés dans l’angle de la ruelle des Prêtres, ils n’avaient pas perdu des yeux d’Assas et avaient suivi chacun de ses mouvements.
De ces deux gentilshommes l’un s’appelait Berryer et était lieutenant de police. L’autre, c’était le comte du Barry!…
Le lieutenant de police, au moment où la foule se dissipa, fit un signe.
Le chevalier d’Assas, tout à coup, se vit entouré par cinq ou six individus à mine patibulaire.
L’un d’eux ôta son chapeau, exhiba un papier et dit:
– Pardon, mon officier. Vous êtes bien monsieur le chevalier d’Assas, cornette au régiment d’Auvergne, en congé à Paris?…
– Je suis bien celui que vous dites! répondit le chevalier d’une voix morne.
Alors l’homme remit son chapeau et dit:
– Au nom du roi, je vous arrête!…
XII NUIT DE NOCES
Quai des Augustins, à cent pas de l’hôtel de Tournehem, se dressait une vaste et magnifique demeure qui avait été édifiée sous Louis XIV par le marquis de Nesles, prince d’Orange. Disons-le en passant: c’est là qu’en l’année 1717 était née cette grande coquette qui s’appela la marquise de la Tournelle, duchesse de Châteauroux, laquelle, après avoir longtemps régné sur le cœur de Louis XV, devait mourir deux mois après les événements que nous racontons, – mort demeurée mystérieuse à tout jamais. Pour le moment, Marie-Anne, duchesse de Châteauroux, venait d’être chassée de la cour d’une façon presque ignominieuse. Et, en femme prudente, elle s’apprêtait à gagner l’étranger après avoir «réalisé» l’énorme fortune qu’elle avait puisée dans les coffres de Louis XV.
Car Louis XV payait royalement ses amours: le peuple était là pour combler le déficit!…
Bref, au mois de septembre de cette année 1744, la fameuse duchesse vendit l’hôtel à un singulier homme qui paya sans marchander et prétendit simplement s’appeler «monsieur Jacques».
Il est probable que ce «monsieur Jacques» n’agissait pas pour son propre compte. Car le lendemain du jour où fut signé le contrat de vente, Le Normant d’Étioles vint visiter la maison, suivi de deux ou trois architectes et d’un maître tapissier, lesquels lui parlaient chapeau bas. M. d’Étioles donna ses ordres. De pièce en pièce, d’escalier en escalier, depuis la cour jusqu’au grenier, il indiqua avec précision ce qu’il comptait faire de la superbe demeure qu’il appelait une bicoque.
Dès le jour même, une armée d’ouvriers se mit à l’œuvre, travaillant jour et nuit.
Dès que les maçons sortaient d’une pièce, les peintres l’envahissaient, puis les décorateurs, puis les tapissiers; en un mois et demi l’hôtel fut transformé: ce fut une merveille. Ce caprice coûta un million au puissant sous-fermier. Mais M. d’Étioles ne s’en inquiéta pas. À cette époque, roi, ministres, traitants, fermiers, tout ce monde jetait l’argent par les fenêtres. Quand les coffres étaient vides, le peuple s’enfonçait d’un nouveau degré dans la misère; la famine sévissait avec plus d’intensité; on mourait, – mais on payait: et tout était dit!
Quand l’hôtel fut prêt, Le Normant d’Étioles y jeta une profusion de bibelots d’art, bronzes, statues, porcelaines précieuses, flambeaux aux cuivres ciselés; des meubles d’une fabuleuse magnificence, – citons le lit de la grande chambre à coucher qui, avec ses Amours sculptés et ses appliques, coûta quatre cent mille francs -, des tableaux de la vieille école arrachés à prix d’or aux collections célèbres; des vitrines où s’entassèrent les mille créations des manufactures de Saxe.
Une vaste pièce donnant sur la Seine fut exactement disposée comme l’atelier de la rue des Bons-Enfants: mêmes dimensions, mêmes dispositions, même décor; des meubles identiques y occupèrent les mêmes places; à coup d’argent, le sous-fermier se procura jusqu’aux moindres bibelots de Chine et du Japon qui garnissaient le célèbre atelier, mais à ce point pareils et si bien placés de la même façon qu’une personne transportée les yeux bandés de la rue des Bons-Enfants au quai des Augustins eût pu demeurer convaincue qu’elle n’avait pas changé de maison. C’était une reproduction parfaite, au point que Jeanne elle-même s’y fût trompée.
Lorsque tout fut terminé, on se trouvait à l’avant-veille du mariage.
D’Étioles, dans la journée, embaucha la domesticité, ne s’en rapportant à personne du soin de choisir femmes de chambre, valets, cochers, cuisiniers.
Dès lors, tout fut prêt pour recevoir l’épousée.
Cet hôtel, en effet, ces transformations, ce luxe inouï, ce faste royal, tout cela, c’était pour Jeanne!…
Ce fut vers cet hôtel qui cessa à cette époque de s’appeler «l’hôtel de Châteauroux» pour porter le nom d’Étioles, ce fut vers cette féerique demeure que la voiture nuptiale emporta, à leur sortie de Saint-Germain-l’Auxerrois, M. de Tournehem, Le Normant d’Étioles et Jeanne évanouie.
Les invités suivaient. Et dans cette foule élégante qui faisait escorte à la fortune du sous-fermier, nul ne songea à commenter l’incident: on supposa que l’émotion avait frappé «cette pauvre petite» et l’on parla surtout des merveilles de la corbeille.