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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Jeanne!…

– Ces chants à l’église, ces lumières, ces parfums d’encens, la marche triomphale des orgues… vous savez, mon père, que je suis une petite détraquée… et que la musique me met les nerfs en pelote…

– Jeanne!… mon enfant… tu mens!… tu mens à ton père!…

– Je vous jure que je dis la vérité!

– Tu le jures?…

– Sur votre tête… oui, dit Jeanne dont le fin visage s’illumina de l’auréole des martyrs; sur votre chère tête, je le jure!…

– Oh! songea Tournehem au plus profond de sa conscience, est-ce que ce serait plus grave encore que je n’avais supposé? Je pressens quelque trame souterraine et formidable autour du bonheur de mon enfant!… Quoi?… Je le saurai! Dussé-je y employer ma fortune et ma vie!…

Quelques minutes plus tard, celle qui le matin encore s’appelait Jeanne-Antoinette Poisson, selon l’extrait du registre de sa paroisse, et qui s’appelait maintenant Mme Le Normant d’Étioles, Jeanne, souriante, fit son apparition dans la grande salle des fêtes, au milieu d’une foule qui représentait tout ce que Paris comptait alors de gens illustres en finances, en art et en littérature.

Elle fut acclamée.

Elle traversa au bras de son père les groupes empressés à l’admirer.

Et avec une liberté d’esprit qui eût paru prodigieuse si l’on eût connu les véritables pensées de cette enfant, avec une promptitude charmante et un merveilleux tact, elle répondit à chacun, trouva pour les artistes et les gens de lettres le mot qui flatte la vanité et amène ce sourire de gloire satisfaite sur les lèvres épanouies.

Il apparut à tous qu’elle serait une incomparable maîtresse de maison.

– Désormais, s’écria Crébillon qui avait de l’esprit même quand il n’était pas ivre, désormais il y a dix muses au lieu de neuf. Il était réservé à notre siècle de créer la muse des fêtes… sans compter que par un raffinement de grâce, il y a dans son nom un admirable anagramme…

– Lequel? fit-on curieusement.

– Sans doute; elle ne s’appelle pas d’Étioles: elle est l’étoile des Étoiles…

Ce mot fit pâlir d’envie toutes les femmes des financiers qui se trouvaient là, lesquelles se vengèrent en organisant une cabale contre le pauvre Crébillon à la première représentation de son Catilina.

À quoi tiennent les destinées d’un poète!…

La nuit vint. Vers onze heures, les derniers invités se retirèrent; Jeanne, réfugiée dans le salon du premier étage, sonna une femme de chambre et se fit conduire à la chambre à coucher. Alors elle renvoya cette fille d’un geste, et poussa les verrous. Puis elle s’assura qu’il n’y avait pas d’autre issue, d’autre porte par où celui dont elle portait le nom pût pénétrer jusqu’à elle.

Alors, toute cette force d’âme extraordinaire qui lui avait permis de jouer jusqu’au bout son rôle héroïque se brisa d’un coup, comme peut se briser un ressort de montre.

Elle devint livide et s’affaissa sur ses genoux, balbutiant des mots sans suite, livrée à une de ces crises de désespoir qui ravagent le cœur, enténèbrent l’esprit et désorganisent la pensée.

Par un phénomène curieux, mais tout naturel, l’image d’Henri Le Normant d’Étioles – de son mari – ne vint pas un instant se pencher sur ce désespoir… Ce que voyait Jeanne dans cette affreuse minute de solitude, c’était un beau gentilhomme, à l’air un peu dédaigneux, qui passait, emporté par le galop d’un carrosse, dans une gloire d’épées nues, dans le tonnerre des acclamations d’un peuple… le roi!…

Cet amour, presque mystique à son début, entrait dans la phase violente.

Elle aimait ardemment, de toute son âme, de tout son corps… elle aspirait au vertige du baiser d’amour… et l’impression fut si intense que ses bras se tendirent vers cette image flottant devant ses yeux… D’un mouvement lent et continu, elle se releva… elle se mit en marche comme si vraiment le roi eût été là!

À cet instant, un cri terrible fit explosion sur ses lèvres.

Un cri d’angoisse et d’horreur!

Là, contre cette tapisserie, il y avait un homme!…

Et cet homme, ce n’était pas le roi! C’était Le Normant d’Étioles!

Comment était-il là?… Par où était-il entré? Elle recula jusqu’au lit, contre lequel elle s’appuya. Dans le même moment, Henri fit quelques pas en avant, et elle, galvanisée par l’horreur, reconquit tout son courage et son sang-froid.

– Que faites-vous ici? demanda-t-elle d’une voix basse, haletante.

Henri se redressa, donna une chiquenaude à son jabot, et éclata de son mauvais rire:

– Pardieu, madame, voilà une plaisante question!… Ce que je fais ici… mais j’y viens voir ma femme!…

– Comment y êtes-vous? râla-t-elle.

– De la façon la plus simple. J’avais prévu les verrous. Et, ayant prévu cela, j’ai dû m’arranger pour entrer chez moi autrement que par la porte officielle… Ah! nos architectes sont d’habiles gens!

Il paraissait tranquille; il avait au coin des yeux une gaîté féroce.

Jeanne se dirigea, sans dire un mot, vers ce que son mari appelait la porte officielle.

Elle poussa les verrous, tourna la clef, et revint se placer en face d’Henri qui l’avait regardée faire sans un geste, son sourire terrible toujours sur les lèvres.

Jeanne étendit le bras vers la porte, et, d’une voix étrangement calme, elle dit:

– Croyez-moi. Dans votre intérêt, ne me poussez pas à bout. Pour sauver mon père, j’ai subi de porter votre nom. Je vous préviens que vous auriez tort d’exiger davantage. Sortez, monsieur: de vous à moi, il y a un abîme que rien ne peut combler…

Henri d’Étioles s’inclina très bas. Puis, avec la même lenteur, il se redressa, raffermit son attitude. Son visage prit une expression de menace effroyable. Sa voix devint sifflante:

– C’est la deuxième fois que vous me chassez, dit-il. Prenez garde à la troisième! Car, cette fois, je vous obéirai, et alors!… Mais non, je veux être encore conciliant. Écoutez, il y a entre nous deux un malentendu. Vous me détestez et je vous aime, moi!

Jeanne frissonna à ce mot. Elle ne voulait plus rien entendre. Tout plutôt que de subir plus longtemps la présence du monstre!

– Prenez garde, madame! dit tranquillement d’Étioles. Vous allez encore faire un geste qui pourrait nous coûter cher à tous… Vous ne comprenez pas? Je vais vous dire. Au geste que vous feriez, j’obéirais, madame! Et savez-vous ce qui arriverait alors?… Ceci: dans un instant va entrer dans mon cabinet un homme qui m’apportera quelque chose à signer… un simple papier… la preuve des concussions de votre père!…

Jeanne écoutait, les yeux agrandis par l’épouvante.

– Or, continua Henri avec la même tranquillité féroce, si je suis ici… près de vous… si cet homme ne me trouve pas… il est bien évident que je ne pourrai signer… Au contraire, si vous me répétez l’ordre de me retirer, j’obéirai, madame! Et cela nous coûterait cher à tous: à moi qui aime mon oncle, à vous… à lui surtout… si toutefois il tient à sa tête!

Jeanne chancela.

Le hideux gnome se croisa les bras.

Son masque de menaçante ironie tomba, et d’une voix rude, rauque, il acheva:

– Parlez, madame! Dois-je m’en aller?…

Le bras de Jeanne, qui avait recommencé le geste, retomba pesamment.

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