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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Chevalier… m’entendez-vous?… chevalier d’Assas?… Oh!… il demeure inerte… il se meurt!… Pourquoi l’a-t-on laissé seul ici, sans secours?…

Pourquoi la Poisson s’est-elle éloignée?… Horreur!…

Elle a donc voulu le laisser mourir?

Toute droite, les yeux agrandis par l’épouvante de ce qu’elle croyait deviner, elle demeura un instant comme pétrifiée…

Puis elle eut ce mouvement de tête qui est un défi à la destinée, un appel de bataille!…

En quelques secondes, elle eut arraché le col qui enserrait le cou du chevalier, lacéré la dentelle de son jabot, ouvert l’habit, mis à nu la gorge et la poitrine…

Un profond soupir gonfla cette poitrine et une larme perla aux paupières de ces yeux étrangement fixes d’où montait, comme du fond d’une tombe, un rayon d’amour…

Jeanne portait toujours sur elle un flacon de sels, puissant révulsif qu’elle fit respirer au jeune homme. Puis, plaçant le flacon de manière qu’il continuât à en ressentir les effluves, elle courut chercher de l’eau, rafraîchit le front et les tempes du chevalier…

Pendant une demi-heure, penchée sur cet agonisant, elle lutta contre la mort. Vaillante, obstinée, silencieuse, variant de minute en minute les soins tout instinctifs qu’elle imaginait, elle procéda d’intuition avec toute la souple habileté qu’eût déployée un grand médecin.

Cette vierge ne songea pas un instant à s’offenser de cette poitrine d’homme qu’elle avait mise à nu. Elle n’était plus une femme, une jeune fille: elle était l’ange sauveur qui arrache un être à la mort. Pendant ces terribles minutes, elle oublia son propre malheur.

Bientôt, cependant, la respiration du chevalier d’Assas devint moins haletante. Sa figure prit une teinte plus pâle; la redoutable couleur violacée disparut; et il parut évident que tout danger de suffocation était écarté.

Une heure se passa encore, pendant laquelle les yeux gardèrent cette effrayante immobilité, cet aspect vitreux qui est le signe de l’anéantissement de l’intelligence.

Puis, peu à peu, la pensée rayonna dans ce regard:

Une pensée de reconnaissance et d’amour!…

Jeanne sourit.

– Vous voilà sauvé, dit-elle. Vous m’entendez, n’est-ce pas? Vous me comprenez?…

Les yeux du chevalier, lentement, doucement, se tournèrent vers la main de la jeune fille.

Elle comprit!

Elle posa ses doigts fins sur les lèvres brûlantes, et, dans un effort de l’amour, ces lèvres parvinrent à déposer un baiser sur la main qu’on leur offrait…

Alors l’âme du chevalier se noya dans une sorte d’extase; sa pensée put mesurer l’énorme fatigue qui enlisait son cerveau; il comprit qu’il allait s’endormir… sans pouvoir prononcer un mot de remerciement, sans pouvoir exprimer, fût-ce par un souffle, les sentiments qui débordaient de son cœur.

Alors, aussi, par un rapide et violent retour sur elle-même, Jeanne songea que le lendemain, dans quelques heures, elle serait entraînée à l’église et qu’elle appartiendrait à jamais au malfaisant gnome qu’elle haïssait, dont le seul aspect lui causait une insurmontable horreur!…

Et celui qui pouvait la sauver était là, sous ses yeux… impuissant!…

Oh! il fallait à tout prix réveiller cette torpeur!…

D’Assas fermait les yeux: la réaction naturelle se produisait; le sommeil s’emparait de lui, invincible, inévitable… non pas ce sommeil qui suit les veilles prolongées et contre lequel on peut encore lutter, mais une sorte d’écrasement de la pensée meurtrie…

– Chevalier, murmura Jeanne, écoutez-moi… par pitié…

D’Assas avait vaguement entendu sans doute. Cet appel à sa pitié galvanisa une seconde son esprit. Il entr’ouvrit les yeux.

Tragique seconde où se décida la destinée de celle qui devait s’appeler la Marquise de Pompadour! Si le chevalier d’Assas avait pu écouter! S’il avait pu se lever! Nul doute qu’il n’eût dans la nuit même provoqué Le Normant d’Étioles! Nul doute qu’il ne l’eût tué ou obligé à renoncer au mariage! Et alors qui sait ce qui fût arrivé! Qui sait si Jeanne, touchée par cet amour si jeune, si pur, si fougueux, n’eût pas uni sa vie à celle du chevalier d’Assas!… Alors, il n’y eût pas eu de marquise de Pompadour! Alors bien des choses eussent été changées dans le règne de Louis XV!…

Ce n’était donc pas seulement le drame de deux cœurs qui se jouait là, dans ce petit salon trop pimpant, aménagé par le faux goût d’Héloïse Poisson!

C’était une page de l’histoire de la France – et de l’humanité – que le Destin tournait là!…

Haletante, la gorge serrée par l’angoisse, Jeanne se pencha, saisit les deux mains du chevalier d’Assas.

– Vous avez reçu ma lettre, n’est-ce pas?… Et vous êtes accouru?… Oh! merci!… vous m’entendez, n’est-ce pas?… Par grâce! Par pitié! Faites-moi un signe qui me dise que vous me comprenez!…

Un violent effort crispa le charmant visage du chevalier.

Ses paupières se soulevèrent lourdement.

Puis tout, en lui, s’affaissa de nouveau.

– Oh! râla Jeanne, vous ne m’entendez donc pas!… Chevalier!… Ma lettre! Rappelez-vous ce que vous dit ma lettre!… Je suis perdue si vous ne me secourez!… Je vais vous dire… on veut me marier… je hais cet homme… ce mariage me tue… Oh! il ne m’entend pas!… Chevalier!… si je n’épouse pas cet homme, mon père va à la Bastille… à l’échafaud peut-être!… entendez-vous! mon père!… Et je ne veux pas l’épouser, moi! Il me fait horreur!… Si je l’épouse, je meurs! Et il faut que je l’épouse! Ma mort ou celle de mon père! Il faut que je choisisse!… Oh! vous me laisserez donc mourir!… Dire que j’ai placé en vous toute ma confiance! Je vous attendais comme un Dieu!… Chevalier! Chevalier!…

Maintenant, elle était tombée à genoux.

Elle priait, suppliait, sanglotait devant ce canapé où gisait le jeune homme insensible, le pauvre chevalier qui eût donné sa vie pour une de ces larmes, et qu’un phénomène de réaction physique condamnait à la terrible immobilité, la vie suspendue, la pensée arrêtée, tous les sens enlisés dans un invincible sommeil qui le sauvait, – et perdait Jeanne!

Le drame était poignant.

Ce fut l’horrible lutte d’un esprit excessif en toutes ses expansions contre une fatale et implacable rigueur de la nature… Et ce fut la nature, indifférente, hélas! aux peines de nos cœurs, qui remporta!

La victoire fut au sommeil!… Le chevalier ne s’éveilla point!…

À bout de forces, Jeanne s’évanouit, la tête presque sur la poitrine du chevalier.

Et pour qui n’eût pas connu l’affreuse tragédie qui se déroula en cette nuit, pour un peintre de grâces et de gentillesses, pour un Boucher, pour un Greuse, pour un Watteau, c’eût été un adorable spectacle que celui de ce jeune homme si beau, au front si pur et si noble, qui dormait paisiblement, avec, sur son sein, la tête exquise de cette jeune fille…

Deux amoureux, sans doute!…

Ou plutôt deux jeunes époux, réfugiés dans le coquet salon tout plein de mignardises, semblables eux-mêmes à deux fragiles et gracieuses conceptions de porcelainiers de l’époque… et qui s’étaient endormis là, dans un baiser, n’ayant plus la force de regagner la chambre nuptiale!…

Pauvres petits!…

L’histoire s’est montrée cruelle pour l’une… Il est vrai que le dévouement héroïque du chevalier d’Assas, par contre, s’est imposé à son admiration.

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