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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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Elle fut éblouie de ce rêve:

Aimer le roi de France!…

Être aimée du Bien-Aimé!…

Et lorsqu’il fit sa rentrée dans Paris, au milieu d’une multitude délirante, lorsqu’elle l’entrevit au fond de son carrosse doré, un peu pâle et souriant, dans le tumulte des cloches et du canon dans la gloire des épées nues qui l’enveloppaient de leurs éclairs, elle demeura toute saisie, toute raidie, les mains jointes, extasiée…

Voilà ce qu’était cet amour qui avait pris ses racines dans les profondes rêveries d’une imagination ardente et qui avait fleuri sous la rosée des larmes de tout un peuple.

Amour presque mystique à son début. Amour qui montait vers un symbole plutôt que vers un homme. Amour qui s’adressa à tout ce qu’il y avait de gloire supposée, de générosité espérée, de grandeur attendue dans cet être lointain, très au-dessus du monde, mystérieux presque et à demi fabuleux qu’on appelait: le roi!

Insistons-y: ce ne fut pas Louis que Jeanne aima d’abord.

Ce fut le roi!

Et il est presque impossible à ceux qui, l’histoire en main, n’ont pas reconstitué une époque, d’imaginer ce que ce mot évoquait alors de puissance, de noblesse et de gloire.

Aujourd’hui, un roi n’est qu’un magistrat qu’on discute. Jusqu’à Louis XIII, le roi ne fut guère que le premier gentilhomme du royaume. Louis XIV instaura en France l’idée hyperbolique de roi, c’est-à-dire de l’homme qui est plus qu’un homme, de l’être phénoménal que nul ne songe à discuter et sur lequel on ose à peine lever les yeux; ce fut de cette idée à demi religieuse que Louis XV hérita.

Son aïeul ne lui laissa pas seulement un royaume; il lui légua l’idée de royauté.

Et c’est cela qu’aimait Jeanne! Cette délicieuse petite fille, cette exquise statuette de Saxe, cette mignonne créature qu’on pouvait croire absorbée par le souci des frous-frous, dentelles, soies précieuses, bibelots mignards, eh bien, elle s’était dit qu’elle ne pouvait aimer qu’un homme au monde:

Celui qui représentait la divinité sur terre, presque divin lui-même et objet de l’adoration d’un peuple immense!

Voilà quel était son rêve!…

Un état d’âme, dans un roman, c’est un personnage; notre devoir de romancier nous obligeait à peindre en quelques traits rapides cet état d’âme.

X TRISTE RÉVEIL

La nuit était profonde dans le somptueux salon, véritable musée où s’entassaient les œuvres d’art et que Jeanne appelait son atelier. Enfouie au fond du divan soyeux, c’est ce rêve prestigieux qu’évoquait la jeune fille.

– Oh! murmura-t-elle, avoir conçu de telles magnificences pour mon cœur, et tomber aux bras d’un Le Normant d’Étioles! Appartenir à ce gnome malfaisant! Lier ma vie à celle de cette hideur morale et physique! Je suis perdue! Nul ne viendra à mon secours! Ce chevalier d’Assas! Il a dû recevoir ma lettre… il ne vient pas… il ne viendra pas… je suis perdue!…

Quelque chose comme un sanglot souleva son sein.

Tout à coup elle s’aperçut qu’elle était dans l’obscurité noire, et, frissonnante, elle alluma des flambeaux, comme si elle eût espéré, du même coup, chasser les ténèbres appesanties sur son âme.

Elle était triste à la mort.

Machinalement, elle se mit à son clavecin; ses doigts fins comme ceux d’une statue d’albâtre coururent légèrement sur les touches d’ivoire; et, comme elle cherchait un air à chanter, dans le suprême désarroi de son esprit, ce fut la ronde qui se présenta d’elle-même, la ronde qu’elle avait composée pour ses petites amies de l’Ermitage, la ronde que, si follement, si éperdument, elle avait chantée lorsque le roi lui était apparu!

Mais combien triste! Combien navrée fusa de ses lèvres la jolie mélodie si gaie! Les paroles, elle les dénatura, la musique sautillante devint une plainte d’une infinie tristesse…

Nous n’irons plus au bois… les lauriers… sont flétris…

La dernière note tomba dans le silence, pareille à un soupir… à une larme de musique.

Le dernier mot se perdit dans un râle étouffé. Elle mit ses deux mains sur ses yeux, et, les coudes sur les touches du clavecin, répéta:

– Flétris à jamais!… comme est flétri mon cœur! Oh! perdue, perdue!…

À ce moment précis, Jeanne tressaillit violemment. Elle laissa tomber ses mains de ses yeux et, le cœur bondissant, écouta… on venait d’ouvrir la grande porte de l’hôtel… en bas, il y avait des allées et venues…

– Oh! si c’était lui!… lui que j’ai appelé à mon secours… le chevalier d’Assas!

Et son angoisse était telle qu’elle demeurait clouée à sa place.

Un murmure indistinct lui parvenait… elle reconnaissait la voix de Noé, puis celle de Mme Poisson… puis la porte, à nouveau, s’ouvrait et se refermait…

Alors, prise d’un espoir insensé, elle courut à la porte de l’atelier, passa sur le palier, se pencha… et soudain, elle vit Mme Poisson qui sortait du petit salon du rez-de-chaussée, un flambeau à la main, et qui montait l’escalier…

Que se passait-il?

Pourquoi Héloïse Poisson avait-elle jeté un si étrange regard dans le petit salon avant de se mettre à monter?

Légère comme un sylphe, Jeanne bondit, rentra dans l’atelier, éteignit les flambeaux et se blottit derrière un paravent – précieux bibelot venu à grands frais du fond de la Chine.

Héloïse ouvrit la porte et appela:

– Jeanne, mon enfant, es-tu là?…

La matrone attendit un instant, puis se retira en grommelant:

– Dans sa chambre sans doute! Au fait, il vaut mieux la laisser dormir… il est inutile qu’elle sache quel hôte nous abritons ce soir… un hôte qu’on trouvera peut-être mort demain matin… mais est-ce ma faute?…

Jeanne demeura immobile pendant quelques minutes.

Puis, quand le silence fut redevenu profond dans l’hôtel, quand elle n’entendit plus aucun bruit, elle se glissa à travers les meubles de l’atelier, descendit et s’arrêta devant la porte du petit salon.

Elle éprouvait une insurmontable angoisse.

Pourquoi? Elle n’eût su le dire!

Il n’y a rien de mystérieux et de redoutable comme une porte fermée derrière laquelle on suppose qu’il se passe ou qu’il s’est passé un événement considérable, peut-être terrible.

Tout à coup elle se décida et ouvrit.

Elle vit un jeune homme couché sur le canapé, et frissonna longuement:

– Le chevalier d’Assas!…

Son premier mouvement fut tout de joie instinctive: il avait donc reçu la lettre! Il accourait donc à son secours!… Mais quoi! Immobile? Comme mort? Sans souffle? La figure violacée?… Oh! mais il allait mourir!… Seigneur! Mort, peut-être!

Elle bondit vers lui… Non… il vivait! Un léger râle s’échappait de ses lèvres tuméfiées, les veines des tempes battaient et gonflaient… Les yeux étaient ouverts, et un rayon de ces yeux atones, vitreux, oui, un rayon d’amour monta vers elle et la fit palpiter…

Elle comprit que ce beau chevalier se sentait mourir! Elle comprit que sous ce front hardi, intelligent, harmonieux, à la minute tragique de la mort, il y avait pour elle une pensée d’amour pur et d’infini dévouement…

Elle saisit sa main, se pencha:

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