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Le Compagnon Du Tour De France

Электронная книга - «Le Compagnon Du Tour De France». Краткое содержание книги:

Pierre Huguenin et son p?re sont compagnons. Le Comte de Villepreux les a engag?s pour qu'ils restaurent les boiseries de sa chapelle. Le Comte vit avec deux jeunes femmes: sa fille Yseult, tr?s cultiv?e et ?prise d'id?al, et la Marquise Jos?phine des Fresnays, qui est passionn?e et romantique. Pierre Huguenin quitte le manoir pour aller chercher des ouvriers capables de remplacer son p?re qui a eu un accident le rendant inapte au travail. Il ram?ne son ami nantais, le Corinthien qui abandonne son amie La Savinienne au profit de Jos?phine. Le Comte de Villepreux refuse de voir des roturiers, m?me cultiv?s, entrer dans sa famille. Il exp?die le Corinthien en Italie. Pierre et Yseult doivent, eux aussi, renoncer ? leur amour, bien qu'il soit pur et calme.
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– Nous savons que tu as de l’esprit, mon garçon, dit le père Huguenin. Tu nous feras rire d’autre chose.

– C’est égal, dit le Berrichon, ces gens du château me reviennent, à moi. Ça n’est pas fier, et c’est gentil comme tout, ces dames nobles!

Quand Pierre vit ouvrir devant lui la porte du cabinet de M. de Villepreux, il sentit un malaise affreux s’emparer de lui.

Lorsqu’il entra, Yseult se leva. Fut-ce pour le saluer ou pour lui faire place? Pierre se découvrit sans oser la voir.

– Veuillez vous asseoir, monsieur, dit le comte en lui montrant un siège.

Pierre se troubla, et prit un siège qui était embarrassé de livres et de papiers. Yseult vint à son secours en lui en plaçant un autre auprès de la table, et elle s’éloigna un peu. Il ne sut pas où elle s’asseyait, tant il craignait de rencontrer son regard.

– Je vous demande pardon si je vous ai fait venir, dit le comte; mais je suis trop vieux et trop goutteux pour me déplacer. J’ai vu ce matin que la réparation des boiseries allait fort vite, et je voudrais savoir de vous si vous croyez pouvoir vous charger d’y mettre les ornements de sculpture.

– Ce n’est pas ma partie, répondit Pierre; mais avec l’aide de mon compagnon, à qui j’ai vu exécuter des ornements très délicats et très difficiles, je crois pouvoir copier fidèlement ceux dont il est question.

– Ainsi vous voudrez bien vous en charger? dit le comte. Mon intention était d’abord de faire venir des sculpteurs en bois; mais d’après ce que vous m’avez dit ce matin, et sur ce que j’ai vu de votre travail, l’idée m’est venue de vous confier aussi la sculpture. C’est pourquoi j’ai voulu vous voir seul, afin de ne pas blesser votre compagnon au cas où, dans votre conscience, vous jugeriez cet ouvrage au-dessus de ses forces.

– Je crois que vous serez content de lui, monsieur le comte. Mais je dois vous dire d’avance que ce travail prendra beaucoup de temps; car aucun de nos apprentis ne pourrait nous y aider.

– Eh bien, vous prendrez le temps nécessaire. Pouvez-vous me promettre de ne pas vous laisser interrompre par des travaux étrangers à ceux de ma maison?

– Je le puis, monsieur le comte. Mais un scrupule me retient. Oserai-je vous demander si vous aviez jeté les yeux sur quelque sculpteur pour lui confier cet ouvrage?

– Sur aucun. Je comptais demander à mon architecte de Paris de m’envoyer ceux qu’il jugerait propres. Mais puis-je vous demander, à mon tour, pourquoi vous me faites cette question?

– Parce qu’il est contraire à l’esprit de notre corps, et, je pense, à la délicatesse en général, de nous charger d’une besogne qui n’est pas dans nos attributions ordinaires, lorsque nous nous trouvons en concurrence avec ceux qu’elle concerne exclusivement. Ce serait empiéter sur les droits d’autrui, et priver des ouvriers d’un profit qui leur revient naturellement plus qu’à nous.

– Ce scrupule est honnête, et ne m’étonne pas de votre part, répondit le comte. Mais vous pouvez être tranquille; je ne m’étais adressé à personne, et d’ailleurs ma volonté à cet égard doit s’exercer librement. Le déplacement d’ouvriers étrangers à la province augmenterait de beaucoup ma dépense. Prenez cette raison pour vous, s’il vous en faut une. Pour moi, j’en ai une autre; c’est le plaisir de vous confier un travail qui doit vous plaire, et dont vous sentez si bien la beauté.

– Je ne commencerai cependant pas, répondit Pierre, sans vous avoir soumis un échantillon de notre savoir-faire, afin que vous puissiez changer d’avis si nous ne réussissons pas bien.

– Pourriez-vous me l’apporter dans quelques jours?

– Je pense que oui, monsieur le comte.

– Et moi, dit mademoiselle de Villepreux, puis-je vous faire une prière, monsieur Pierre?

Pierre tressaillit sur sa chaise en entendant cette voix s’adresser à lui. Il avait cru que si jamais pareille chose pouvait arriver, ce serait sous l’influence de circonstances bizarres et romanesques. Ce qui est tout naturel ne contente guère une imagination échauffée. Il s’inclina sans pouvoir dire un mot.

– Ce serait, reprit Yseult, de replacer la porte de mon cabinet, que M. Lerebours vous a redemandée déjà bien des fois, et qui est égarée, à ce qu’il prétend. Vous me feriez un grand plaisir de la faire chercher, et de la remettre en place, dans quelque état qu’elle se trouve.

– À propos, c’est vrai! dit le comte. Elle aime son cabinet, et ne peut plus s’y tenir.

– Cela sera fait demain, répondit Pierre.

Et il se retira tout accablé, tout effrayé de la tristesse qui revenait s’emparer de lui.

– Je suis un fou, se dit-il en reprenant le chemin de sa maison. Cette porte sera replacée demain: il le faut; il faudra qu’elle soit fermée pour toujours entre elle et moi.

CHAPITRE XVIII

Lorsque Pierre, qui, chez lui, comme en voyage, partageait son lit avec Amaury, à la manière des anciens frères d’armes, raconta à son ami la proposition que le comte lui avait faite, un vif sentiment d’espérance et de joie s’empara du jeune artiste. Il avait toujours senti l’adresse délicate de ses mains et le goût exquis de ses pensées le porter vers la sculpture; mais ayant commencé l’état de menuisier et s’étant affilié à un compagnonnage de cette profession, il avait craint de se retarder dans sa carrière en embrassant une voie nouvelle. Les encouragements lui avaient manqué. Pierre était le seul qui lui eût conseillé d’aller prendre à Paris les notions de son art de prédilection. Mais à cette époque-là, le Corinthien était retenu à Blois par son amour pour la Savinienne. Il avait donc renoncé à son rêve, et avait rabattu ses prétentions sur les ornements que comporte la menuiserie en bâtiments. De l’aveu de tous les compagnons, il excellait à la partie difficile des calottes ornées dans les niches, et personne ne découpait comme lui les feuilles légères d’un chapiteau grec. C’est à cause de cette spécialité qu’on lui avait donné l’élégant surnom qu’il portait.

– Ah! mon ami, s’écria-t-il, que la destinée est bonne d’envoyer cette diversion à ma tristesse! Je n’ai pas eu la force de te dire mon admiration pour cette belle boiserie, et l’effet qu’elle a produit sur moi la première fois que je l’ai regardée. Voilà qu’enfin je vais pouvoir dire à mon tour: Et moi aussi je suis artiste! Je vais faire de la sculpture, je vais créer des êtres, je vais donne la vie! et mon imagination, qui faisait mon supplice, va faire ma joie et ma puissance!

Le délire du Corinthien causa quelque surprise à son ami. Pierre ne connaissait pas encore toute l’exaltation de cette jeune tête, qui avait dévoré bien des livres et caressé bien des songes dorés dans ses voyages. Il l’embrassa avec une admiration mêlée d’attendrissement, et l’engagea à se calmer pour prendre un peu de repos. Mais le Corinthien ne put dormir, et il était levé avant le jour. Il ne songea point à déjeuner; et, quand son ami arriva à l’atelier, il le trouva occupé à sculpter une figure.

– J’ai commencé par le plus difficile, lui dit-il, parce que je ne suis point inquiet pour le reste. Mais cette tête réussira-t-elle? Je sais bien qu’elle ne ressemblera pas exactement au modèle. Mais pourvu qu’elle ait de la vérité, de l’expression et de la grâce, elle sera digne de subsister. Ce que j’admire dans cette boiserie, c’est qu’il n’y a pas deux ornements ni deux figures semblables. C’est la variété et le caprice infinis dans l’harmonie et la régularité. Oh! mon ami, puissé-je trouver la beauté, moi aussi! puissé-je mettre au jour ce que j’ai dans l’âme, et produire ce que je sens!

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