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Le Compagnon Du Tour De France

Электронная книга - «Le Compagnon Du Tour De France». Краткое содержание книги:

Pierre Huguenin et son p?re sont compagnons. Le Comte de Villepreux les a engag?s pour qu'ils restaurent les boiseries de sa chapelle. Le Comte vit avec deux jeunes femmes: sa fille Yseult, tr?s cultiv?e et ?prise d'id?al, et la Marquise Jos?phine des Fresnays, qui est passionn?e et romantique. Pierre Huguenin quitte le manoir pour aller chercher des ouvriers capables de remplacer son p?re qui a eu un accident le rendant inapte au travail. Il ram?ne son ami nantais, le Corinthien qui abandonne son amie La Savinienne au profit de Jos?phine. Le Comte de Villepreux refuse de voir des roturiers, m?me cultiv?s, entrer dans sa famille. Il exp?die le Corinthien en Italie. Pierre et Yseult doivent, eux aussi, renoncer ? leur amour, bien qu'il soit pur et calme.
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– Fiez-vous à nous, répondit Amaury. L’envie que nous avons de vous contenter nous tiendra lieu pour aujourd’hui de vos conseils; et peut-être que demain vous aurez la force de venir à notre aide. En attendant, faites un bon somme, et ne vous tourmentez pas.

– Non, non, ne vous tourmentez pas, notre maître, s’écria la Clef-des -cœurs en avalant un dernier verre de vin à la hâte. Vous verrez que vous avez eu tort de faire mauvaise mine à deux jolis Compagnons comme nous.

– Compagnons! murmura le père Huguenin, dont le front se rembrunit aussitôt.

– Ah! je dis cela pour vous faire enrager, riposta le Berrichon en riant, parce que je sais que vous ne les aimez pas, les Compagnons.

– Ah! ah! vous êtes dans le Compagnonnage? grommela le père Huguenin, partagé entre sa vieille rancune et je ne sais quelle sympathie subite.

– Oui, oui, continue le Berrichon qui avait au moins l’esprit de savoir plaisanter sur sa laideur; nous sommes dans le Devoir des beaux garçons, et c’est moi qui suis le porte-enseigne de ce régiment-là.

– Nous ne connaissons qu’un devoir ici, dit le Corinthien en jouant sur le mot, celui de vous bien servir.

– Que Dieu vous entende! répliqua le père Huguenin; et il s’enfonça avec accablement sous ses couvertures.

Cependant il dormit paisiblement, et le lendemain, se sentant mieux, il alla visiter ses compagnons. Il les trouva travaillant de grand cœur, faisant bien marcher les apprentis, et taillant d’aussi bonne besogne que Pierre Huguenin lui-même. Rassuré sur son entreprise, réconcilié avec M. Lerebours, qui jusqu’alors l’avait boudé, plein d’espérance, il s’en retourna au lit; et bientôt il fut tout à fait sur pied pour recevoir son fils, qui arriva trois jours après dans la soirée.

Un calme céleste se peignait sur le front de Pierre Huguenin. Sa conscience lui rendait bon témoignage, et sa gravité ordinaire était tempérée par une satisfaction intérieure qui se communiqua comme magnétiquement à son père. Interrogé par lui sur la cause de son retard il lui répondit:

– Permettez-moi, mon bon père, de ne pas entrer dans une justification qui prendrait du temps. Quand vous l’exigerez, je vous raconterai ce que j’ai fait à Blois; mais veuillez m’envoyer tout de suite auprès de mes compagnons, et vous contenter de la parole que je vous donne. Oui, je puis jurer sur l’honneur que je n’ai fait autre chose qu’accomplir un devoir, et que vous m’auriez béni et approuvé si vous aviez eu l’œil sur moi.

– Allons, tu me réponds comme tu veux, dit le vieux menuisier; et il y a des instants où tu me persuades que tu es le père, et moi le fils. C’est singulier pourtant, mais c’est ainsi.

Il se trouva si bien ce jour-là, qu’il put souper avec son fils, les deux compagnons et les apprentis. Il se prenait de prédilection pour Amaury, dont la douceur et les soins respectueux le charmaient; et, quoiqu’il répugnât à le questionner sur certaines choses, il se disait à part lui: Si c’est là un de ces enragés Compagnons, du moins il faut avouer que sa figure et ses paroles sont bien trompeuses. Il commençait aussi à revenir sur le compte du Berrichon, et à reconnaître d’excellentes qualités sous cette rude enveloppe. Ses naïvetés le faisaient rire, et il n’était pas fâché d’avoir quelqu’un à reprendre et à railler; car il avait, comme on a pu le voir, le caractère taquin des gens actifs; et la dignité habituelle de son fils et du Corinthien le gênait bien un peu.

Ce soir-là, quand le Berrichon eut apaisé sa première faim, qui était toujours impétueuse, il entama la conversation, la bouche pleine et le coude sur la table.

– Camarade, dit-il au Corinthien, pourquoi donc ne voulez-vous pas que je raconte à maître Pierre ce qui s’est passé à son sujet tantôt avec ce grand sotiot de Polydore, Théodore (je ne sais pas comment vous l’appelez), enfin le garçon à l’intendant du château?

Amaury, mécontent de cette indiscrétion, haussa les épaules et ne répondit rien. Mais le père Huguenin n’était pas disposé à laisser tomber le babil du Berrichon.

– Mon cher Amaury, dit-il, je ne vous conseille pas d’avoir des secrets de moitié avec ce garçon-là. Il est fin et léger comme une grosse poutre de charpente qui vous tomberait sur les doigts du pied.

– Allons, dit Pierre Huguenin, puisqu’il a commencé, il faut le laisser achever. Je vois bien qu’il s’agit de M. Isidore Lerebours. Comment pouvez-vous croire, Amaury, que je me soucie de ce qu’il a pu dire contre moi? Il faudrait être bien faible d’esprit pour craindre son jugement.

– Ah! bien; en ce cas, je vas vous le dire; vrai, je vas vous le dire, maître Pierre! s’écria le Berrichon en clignotant du côté d’Amaury, comme pour le supplier de ne pas lui fermer la bouche.

Le Corinthien lui fit signe qu’il pouvait parler, et il commença son récit en ces termes:

– D’abord, c’était une belle dame, une superbe femme, ma foi, toute petite et rouge de figure, qui a passé et repassé, et encore repassé, et encore repassé, comme pour regarder notre ouvrage; mais, aussi vrai que je mords dans mon pain, c’était pour regarder le pays Corinthien…

– Que veut-il dire avec son pays et son Corinthien? demanda le père Huguenin, devant qui on était convenu de ne jamais se donner les noms du Compagnonnage.

Pierre marcha un peu fort sur le pied du Berrichon, qui fit une affreuse grimace, et reprit bien vite:

– Quand je dis le pays, c’est comme si je disais l’ami, le camarade… Nous sommes pays, lui et moi: il est de Nantes en Bretagne, et moi, je suis de Nohant-Vic en Berry.

– Très bien! dit le père Huguenin en se tenant les côtes de rire.

– Et quand je dis le Corinthien, poursuivit le Berrichon, à qui l’on marchait toujours sur le pied, c’est un nom comme ça que je m’amuse à lui donner…

– Enfin cette dame regardait Amaury? reprit le père Huguenin.

– Quelle dame? demanda Pierre, qui, sans savoir comment, se prit à écouter avec attention.

– Une grande belle femme toute petite, comme il vous l’a dit, répondit Amaury en riant; mais je ne la connais pas.

– Si elle est rouge de figure, objecta le père Huguenin, ce n’est pas la demoiselle de Villepreux; car celle-là est pâle comme une morte. Ce sera peut-être sa fille de chambre?

– Ah! peut-être bien, répondit le Berrichon, car on l’appelait madame.

– Elle n’était donc pas seule à vous regarder? demanda Pierre.

– Toute seule, répondit la Clef-des -cœurs; mais M. Colidor, qui était avec elle…

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