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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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— J’ai idée, lui dit le Dr Fastolfe, en s’asseyant et en croisant ses longues jambes, que vous préférez au souffle du vent l’air conditionné auquel vous êtes habitué.

L’homme paraissait sincèrement aimable. Son front était finement ridé, et sa peau paraissait un peu flasque sous les yeux et sous le menton. Il avait peu de cheveux, mais ceux-ci n’étaient pas grisonnants ; quant à ses grandes oreilles, légèrement décollées, elles lui donnaient un aspect bon enfant et cordial qui plut au détective.

Le matin même, avant de quitter son domicile, Baley avait jeté de nouveau un coup d’œil aux photographies qu’Enderby avait prises à Spacetown. R. Daneel venait d’organiser leur visite, et Baley avait voulu se préparer à rencontrer des Spaciens en chair et en os. Ce ne pouvait être que très différent des entretiens qu’il avait eus, à plusieurs reprises, avec ces gens-là, par téléphone télévisé. Ces photographies montraient, en général, des Spaciens de même type que ceux dont parlaient les livres filmés des bibliothèques : des hommes de haute taille, au visage coloré, à l’air grave, mais ayant bel aspect. R. Daneel Olivaw en était un représentant caractéristique.

A mesure qu’ils examinaient ces instantanés, Daneel avait nommé à Baley les Spaciens qu’ils représentaient ; et tout à coup, Baley s’était écrié :

— Tiens ! mais vous voilà, n’est-ce pas ?

— Non, avait répondu Daneel. Ce n’est pas moi, mais celui qui m’a inventé, le Dr Sarton.

Il avait dit cela sans émotion, et Baley avait répliqué d’un ton ironique :

— Ah ! c’est donc ça ! Lui aussi, il vous a créé à son image !…

Mais Daneel n’avait pas relevé la plaisanterie, et, à la vérité, Baley s’y attendait : la Bible n’était en effet diffusée parmi les Mondes Extérieurs que dans une très faible mesure.

Et maintenant que Baley examinait son interlocuteur, il constata que le Dr Han Fastolfe était un homme dont les traits différaient très sensiblement de ceux des Spaciens : ce fait lui plut beaucoup.

— Ne voulez-vous pas vous restaurer un peu ? demanda Fastolfe.

Ce disant, il montra du doigt la table qui les séparait, Daneel et lui du détective. Elle ne portait qu’un récipient contenant quelques boules de couleurs variées. Baley fut un peu surpris : il avait cru que cette coupe servait d’ornement. Mais R. Daneel lui expliqua de quoi il s’agissait :

— Ce sont des fruits naturels cultivés sur la planète Aurore. Je vous conseille de goûter celui-ci. Ca s’appelle une pomme, et on trouve généralement son gout agréable.

Fastolfe eut un sourire et dit :

— R. Daneel ne parle évidemment pas par expérience, mais il a tout à fait raison.

Baley porta la pomme à sa bouche. Elle avait une surface rouge et verte. Elle était franche au toucher, et il s’en dégageait un parfum léger mais agréable. Il mordit dedans sans effort, et l’acidité inattendue de la pulpe lui fit mal aux dents.

Il la mâcha délicatement. Les citoyens de New York consommaient, bien entendu, des denrées naturelles, chaque fois que les rations en comportaient. Baley lui-même avait souvent mangé de la viande naturelle et du pain. Mais ce genre de nourriture avait toujours subi une préparation ; elle avait été ou cuite, ou moulue, ou fondue, ou mélangée. Les fruits, par exemple, étaient consommés sous forme de sauces ou de conserves. Ce que Baley tenait dans sa main devait provenir tout droit du sol impur d’une planète.

« J’espère qu’au moins ils l’ont bien nettoyée », se dit-il.

Et de nouveau il s’étonna des anomalies qui caractérisaient les notions des Spaciens en matière de propreté.

Cependant, Fastolfe lui dit :

— Permettez-moi de me présenter d’une façon un peu plus précise. Je suis chargé, à Spacetown, de l’enquête sur l’assassinat du Dr Sarton, tout comme le commissaire principal Enderby la dirige à New York. Si je peux vous aider de quelque manière que ce soit, je suis prêt à le faire. Nous sommes aussi désireux que vous de voir l’affaire se terminer tranquillement, et d’empêcher le retour d’incidents de ce genre dans l’avenir.

— Je vous remercie, docteur Fastolfe, répondit Baley. Soyez certain que j’apprécie à sa valeur votre attitude.

Mais en lui-même, il se dit que cet échange de politesses suffisait. Il mordit au centre de la pomme, et de petits grains ovales, et de couleur foncée, emplirent sa bouche. Il les cracha aussitôt, et ils tombèrent à terre. L’un d’eux aurait même touché la jambe de Fastolfe, si le Spacien ne l’avait pas retirée en hâte.

Baley rougit, et voulut les ramasser, mais Fastolfe lui dit très aimablement :

— Cela n’a aucune importance, monsieur Baley. Laissez-les donc, je vous en prie.

Baley se redressa, et reposa doucement le trognon de pomme sur la table. Il eut l’impression, assez désagréable, qu’après son départ on ferait disparaître, non seulement les petits grains, mais encore la coupe de fruits, qui serait emportée et jetée hors de Spacetown ; quant à la pièce, on la désinfecterait avec du viricide…

Il masqua son embarras en brusquant les choses.

— Je me permets de vous demander que le commissaire principal Enderby assiste à notre entretien par téléphone télévisé.

— Rien n’est plus facile, répondit Fastolfe en haussant les sourcils. Daneel, voulez-vous établir la communication ?

Baley, très tendu et mal à l’aise, attendit qu’un large écran situé dans un coin de la pièce s’allumât ; en quelques secondes, on y vit paraître la silhouette du commissaire Enderby assis à son bureau. Dès lors, le détective se sentit beaucoup mieux, et ce fut avec une sorte de tendresse qu’il retrouva le visage familier de son chef. Mieux encore, il n’eut plus qu’un désir, celui de rentrer sain et sauf dans ce bureau, ou, à défaut, en n’importe quel autre endroit de la Cité, pourvu qu’il y fût avec Enderby. Il se sentit même prêt à accepter qu’on le logeât dans un des quartiers les plus discrédités du secteur des usines à levure.

Du moment qu’il disposait d’un témoin, Baley n’avait plus aucune raison de tergiverser.

— Je crois, déclara-t-il donc, que je peux expliquer la mystérieuse disparition du Dr Sarton.

Tout en observant de près ses interlocuteurs, il vit, du coin de l’œil, Enderby se lever d’un bond et rattraper au vol ses lunettes ; mais en se tenant debout, le commissaire avait la tête hors du champ de la télévision ; il se rassit donc, montrant un visage cramoisi, et ne dit pas un mot.

De son côté, le Dr Fastolfe semblait tout aussi bouleversé, mais s’efforçant de ne pas le montrer, il garda la tête penchée. Seul, R. Daneel demeura impassible.

— Voulez-vous dire, demanda Fastolfe, que vous avez découvert le meurtrier ?

— Non, dit Baley. Je veux dire qu’il n’y a pas eu de meurtre.

— Quoi ? s’écria Enderby.

— Un instant, je vous prie, monsieur le commissaire principal, dit Fastolfe en levant la main. Par conséquent, monsieur Baley, ajouta-t-il, en regardant le détective bien en face, vous prétendez que le Dr Sarton est toujours vivant ?

— Oui, monsieur, et je crois savoir où il se trouve.

— Ah ? Où ça ?

— Ici même ! déclara Baley, en tendant fermement le bras vers R. Daneel Olivaw.

8

Discussion au sujet d’un robot

Sur le moment, Baley eut surtout conscience que son pouls battait très fort. Il lui sembla qu’il vivait une minute exceptionnelle, où le temps suspendait sa course. Si R. Daneel ne manifestait aucune émotion, en revanche, Han Fastolfe ne cacha pas une stupéfaction empreinte d’ironie.

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