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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Les voleurs furent dans un grand étonnement de toutes les particularités qu’ils venaient d’entendre. «Quoi! s’écrièrent-ils quand le joaillier eut achevé, est-il bien possible que le jeune homme soit l’illustre Ali Ebn Becar, prince de Perse, et la jeune dame, la belle et la célèbre Schemselnihar?» Le joaillier leur jura que rien n’était plus vrai que ce qu’il leur avait dit, et il ajouta qu’ils ne devaient pas trouver étrange que des personnes si distinguées eussent eu de la répugnance à se faire connaître.

Sur cette assurance, les voleurs allèrent aussitôt se jeter aux pieds du prince et de Schemselnihar, l’un après l’autre, et ils les supplièrent de leur pardonner, en leur protestant qu’il ne leur serait rien arrivé de ce qui s’était passé s’ils eussent été informés de la qualité de leurs personnes avant de forcer la maison du joaillier. «Nous allons tâcher, ajoutèrent-ils, de réparer la faute que nous avons commise.» Ils revinrent au joaillier. «Nous sommes bien fâchés, lui dirent-ils, de ne pouvoir vous rendre tout ce qui a été enlevé de chez vous, dont une partie n’est plus en notre disposition; nous vous prions de vous contenter de l’argenterie, que nous allons vous remettre entre les mains.»

Le joaillier s’estima trop heureux de la grâce qu’on lui faisait. Quand les voleurs lui eurent livré l’argenterie, ils firent venir le prince de Perse et Schemselnihar, et leur dirent, de même qu’au joaillier, qu’ils allaient les remener en un lieu d’où ils pouvaient se retirer chacun chez soi; mais qu’auparavant ils voulaient qu’ils s’engageassent par serment de ne les pas déceler. Le prince de Perse, Schemselnihar et le joaillier leur dirent qu’ils auraient pu se fier à leur seule parole; mais, puisqu’ils le souhaitaient, qu’ils juraient solennellement de leur garder une fidélité inviolable. Aussitôt les voleurs, satisfaits de leur serment, sortirent avec eux.

Dans le chemin, le joaillier, inquiet de ne pas voir la confidente ni les deux esclaves, s’approcha de Schemselnihar et la supplia de lui apprendre ce qu’elles étaient devenues. «Je n’en sais aucune nouvelle, répondit-elle; je ne puis vous dire autre chose, sinon qu’on nous enleva de chez vous, qu’on nous fit passer l’eau et que nous fûmes conduits à la maison d’où nous venons.»

Schemselnihar et le joaillier n’eurent pas un plus long entretien. Ils se laissèrent conduire par les voleurs avec le prince, et ils arrivèrent au bord du fleuve. Les voleurs prirent un bateau, s’embarquèrent avec eux et les passèrent à l’autre bord.

Dans le temps que le prince de Perse, Schenmselnihar et le joaillier se débarquaient, on entendit un grand bruit du guet à cheval, qui accourait, et il arriva dans le moment que le bateau ne faisait que de déborder et qu’il repassait les voleurs à toute force de rames.

Le commandant de la brigade demanda au prince, à Schemselnihar et au joaillier d’où ils venaient si tard et qui ils étaient. Comme ils étaient saisis de frayeur et que d’ailleurs ils craignaient de dire quelque chose qui leur fît tort, ils demeurèrent interdits. Il fallait parler cependant: c’est ce que fit le joaillier, qui avait l’esprit un peu plus libre.» Seigneur, répondit-il, je puis vous assurer, premièrement, que nous sommes d’honnêtes personnes de la ville. Les gens qui sont dans le bateau qui vient de nous débarquer, et qui repasse de l’autre côté, sont des voleurs, qui forcèrent, la dernière nuit, la maison où nous étions. Ils la pillèrent et nous emmenèrent chez eux, où, après les avoir pris par toutes les voies de douceur que nous avons pu imaginer, nous avons obtenu notre liberté, et ils nous ont ramenés jusqu’ici. Ils nous ont même rendu une bonne partie du butin qu’ils avaient fait, et que voici. «En disant cela, il montra au commandant le paquet d’argenterie qu’il portait.

Le commandant ne se contenta pas de cette réponse du joaillier; il s’approcha de lui et du prince de Perse, et les regarda l’un après l’autre» Dites-nous au vrai, reprit-il en s’adressant à eux, qui est cette dame, d’où vous la connaissez et en quel quartier vous demeurez.»

Cette demande les embarrassa fort, et ils ne savaient que répondre, Schemselnihar franchit la difficulté: elle tira le commandant à part, et elle ne lui eut pas plus tôt parlé qu’il mit pied à terre avec de grandes marques de respect et d’honnêteté. Il commanda aussitôt à ses gens de faire venir deux bateaux.

Quand les bateaux furent venus, le commandant fit embarquer Schemselnihar dans l’un, et le prince de Perse et le joaillier dans l’autre, avec deux de ses gens dans chaque bateau, avec ordre de les accompagner chacun jusqu’où ils devaient aller. Les deux bateaux prirent chacun une route différente. Nous ne parlerons présentement que du bateau où étaient le prince de Perse et le joaillier.

Le prince de Perse, pour épargner la peine aux conducteurs qui lui avaient été donnés et au joaillier, leur dit qu’il mènerait le joaillier chez lui et leur nomma le quartier où il demeurait. Sur cet enseignement, les conducteurs firent aborder le bateau devant le palais du calife. Le prince de Perse et le joaillier en furent dans une grande frayeur, dont ils n’osèrent rien témoigner. Quoiqu’ils eussent entendu l’ordre que le commandant avait donné, ils ne laissèrent pas néanmoins de s’imaginer qu’on allait les mettre au corps-de-garde pour être présentés au calife le lendemain.

Ce n’était pas là cependant l’intention des conducteurs. Quand ils les eurent fait débarquer, comme ils avaient à aller rejoindre leur brigade, ils les recommandèrent à un officier de la garde du calife, qui leur donna deux de ses soldats pour les conduire par terre à l’hôtel du prince de Perse, qui était assez éloigné du fleuve. Ils y arrivèrent enfin, mais tellement las et fatigués qu’à peine ils pouvaient se mouvoir.

Avec cette grande lassitude, le prince de Perse était d’ailleurs si affligé du contretemps malheureux qui lui était arrivé à lui et à Schemselnihar, et qui lui ôtait désormais l’espérance d’une autre entrevue, qu’il s’évanouit en s’asseyant sur son sofa. Pendant que la plus grande partie de ses gens s’occupaient à le faire revenir, les autres s’assemblèrent autour du joaillier, et le prièrent de leur dire ce qui était arrivé au prince, dont l’absence les avait mis dans une inquiétude inexprimable.

Scheherazade s’interrompit à ces derniers mots et se tut, à cause du jour dont la clarté commençait à se faire voir. Elle reprit son discours la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:

CLXXXII NUIT.

Sire, je disais hier à votre majesté que pendant que l’on était occupé à faire revenir le prince de son évanouissement, d’autres de ses gens avaient demandé au joaillier ce qui était arrivé à leur maître. Le joaillier, qui n’avait garde de leur révéler rien de ce qu’il ne leur appartenait pas de savoir, leur répondit que la chose était très-extraordinaire; mais que ce n’était pas le temps d’en faire le récit, et qu’il valait mieux songer à secourir le prince. Par bonheur le prince de Perse revint à lui en ce moment, et ceux qui lui avaient fait cette demande avec empressement s’écartèrent, et demeurèrent dans le respect, avec beaucoup de joie de ce que l’évanouissement n’avait pas duré plus longtemps.

Quoique le prince de Perse eût recouvré la connaissance, il demeura néanmoins dans une si grande faiblesse, qu’il ne pouvait ouvrir la bouche pour parler. Il ne répondait que par signes, même à ses parents qui lui parlaient. Il était encore en cet état le lendemain matin, lorsque le joaillier prit congé de lui. Le prince ne lui répondit que par un clin d’œil, en lui tendant la main; et comme il vit qu’il était chargé du paquet d’argenterie que les voleurs lui avaient rendue, il fit signe à un de ses gens de le prendre, et de le porter chez lui.

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