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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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En attendant que le jour parût, le joaillier fit raccommoder par son esclave, le mieux qu’il fut possible, la porte de la rue qui avait été forcée, après quoi il retourna dans sa maison ordinaire avec son esclave, en faisant de tristes réflexions sur ce qui était arrivé. «EbnThaher, dit-il en lui-même, a été bien plus sage que moi; il avait prévu ce malheur, où je me suis jeté en aveugle. Plût à Dieu que je ne me fusse jamais mêlé d’une intrigue qui me coûtera peut-être la vie!»

À peine était-il jour, que le bruit de la maison pillée se répandit dans la ville et attira chez lui une foule d’amis et de voisins, dont la plupart, sous prétexte de lui témoigner la douleur de cet accident, étaient curieux d’en connaître le détail. Il ne laissa pas de les remercier de l’affection qu’ils lui marquaient. Il eut au moins la consolation de voir que personne ne lui parlait de Schemselnihar ni du prince de Perse, ce qui lui fit croire qu’ils étaient chez eux, ou qu’ils devaient être en quelque lieu de sûreté.

Quand le joaillier fut seul, ses gens lui servirent à manger; mais il ne mangea presque pas. Il était environ midi, lorsqu’un de ses esclaves vint lui dire qu’il y avait à la porte un homme qu’il ne connaissait pas, qui demandait à lui parler. Le joaillier, ne voulant pas recevoir un inconnu chez lui, se leva et alla lui parler à la porte. «Quoique vous ne me connaissiez pas, lui dit l’homme, je ne laisse pas de vous connaître, et je viens vous entretenir d’une affaire importante.» Le joaillier, à ces paroles, le pria d’entrer. «Non, reprit l’inconnu, prenez plutôt la peine, s’il vous plaît, de venir avec moi jusqu’à votre autre maison.

– Comment savez-vous, répliqua le joaillier, que j’ai une autre maison que celle-ci?

– Je le sais, repartit l’inconnu; vous n’avez seulement qu’à me suivre, et ne craignez rien; j’ai quelque chose à vous communiquer qui vous fera plaisir.» Le joaillier partit aussitôt avec lui, et après lui avoir raconté en chemin de quelle manière la maison où ils allaient avait été volée, il lui dit qu’elle n’était pas dans un état à l’y recevoir.

Quand ils furent devant la maison, et que l’inconnu vit que la porte était à moitié brisée: «Passons outre, dit-il au joaillier; je vois bien que vous m’avez dit la vérité. Je vais vous mener dans un lieu où nous serons plus commodément.» En disant cela, ils continuèrent de marcher, et marchèrent tout le reste du jour sans s’arrêter. Le joaillier, fatigué du chemin qu’il avait fait, et chagrin de voir que la nuit s’approchait et que l’inconnu marchait toujours sans lui dire où il prétendait le mener, commençait à perdre patience, lorsqu’ils arrivèrent à une place qui conduisait au Tigre. Dès qu’ils furent sur le bord du fleuve, ils s’embarquèrent dans un petit bateau et passèrent de l’autre côté. Alors l’inconnu mena le joaillier par une longue rue où il n’avait été de sa vie, et après lui avoir fait traverser je ne sais combien de rues détournées, il s’arrêta à une porte qu’il ouvrit. Il fit entrer le joaillier, referma et barra la porte d’une grosse barre de fer, et le conduisit dans une autre chambre où il y avait dix autres hommes qui n’étaient pas moins inconnus au joaillier que celui qui l’avait amené.

Ces dix hommes reçurent le joaillier sans lui faire beaucoup de compliments. Ils lui dirent de s’asseoir, ce qu’il fit. Il en avait grand besoin, car il n’était pas seulement hors d’haleine d’avoir marché si longtemps, la frayeur dont il était saisi de se voir avec des gens si propres à lui en causer, ne lui aurait pas permis de demeurer debout. Comme ils attendaient leur chef pour souper, d’abord qu’il fut arrivé, on servit. Ils se lavèrent les mains, obligèrent le joaillier à faire la même chose et à se mettre à table avec eux. Après le repas, ces hommes lui demandèrent s’il savait à qui il parlait; il répondit que non; et qu’il ignorait même le quartier et le lieu où il était.» Racontez-nous votre aventure de cette nuit, lui dirent-ils, et ne nous déguisez rien.» Le joaillier, étonné de ce discours, leur répondit: «Mes seigneurs, apparemment que vous en êtes déjà instruits.

– Cela est vrai, répliquèrent-ils, le jeune homme et la jeune dame qui étaient chez vous hier au soir nous en ont parlé; mais nous la voulons savoir de votre propre bouche.» Il n’en fallut pas davantage pour faire comprendre au joaillier qu’il parlait aux voleurs qui avaient forcé et pillé sa maison: «Mes seigneurs, s’écria-t-il, je suis fort en peine de ce jeune homme et de cette jeune dame; ne pourriez-vous pas m’en dire des nouvelles?»

Scheherazade en cet endroit s’interrompit pour avertir le sultan des Indes que le jour paraissait, et elle demeura dans le silence. La nuit suivante, elle reprit ainsi son discours:

CLXXXI NUIT.

Sire, dit-elle, sur la demande que le joaillier fit aux voleurs s’ils ne pouvaient pas lui apprendre des nouvelles du jeune homme et de la jeune dame: «N’en soyez pas en peine, reprirent-ils; ils sont en lieu de sûreté, et ils se portent bien.» En disant cela, ils lui montrèrent deux cabinets et ils l’assurèrent qu’ils y étaient chacun séparément. «Ils nous ont appris, ajoutèrent-ils, qu’il n’y a que vous qui ayez connaissance de ce qui les regarde. Dès que nous l’avons su, nous avons eu pour eux tous les égards possibles à votre considération. Bien loin d’avoir usé de la moindre violence, nous leur avons fait au contraire toute sorte de bons traitements, et personne de nous ne voudrait leur avoir fait le moindre mal. Nous vous disons la même chose de votre personne, et vous pouvez prendre toute sorte de confiance en nous.»

Le joaillier, rassuré par ce discours et ravi de ce que le prince de Perse et Schemselnihar avaient la vie sauve, prit le parti d’engager davantage les voleurs dans leur bonne volonté. Il les loua, il les flatta et leur donna mille bénédictions. «Seigneurs, leur dit-il, j’avoue que je n’ai pas l’honneur de vous connaître; mais c’est un très-grand bonheur pour moi de ne vous être pas inconnu, et je ne puis assez vous remercier du bien que cette connaissance m’a procuré de votre part. Sans parler d’une si grande action d’humanité, je vois qu’il n’y a que des gens de votre sorte capable de garder un secret si fidèlement qu’il n’y a pas lieu de craindre qu’il soit jamais révélé; et s’il y a quelque entreprise difficile, il n’y a qu’à vous en charger. Vous savez en rendre un bon compte par votre ardeur, par votre courage, par votre intrépidité. Fondé sur des qualités qui vous appartiennent à si juste titre, je ne ferai pas difficulté de vous raconter mon histoire et celle des deux autres personnes que vous avez trouvées chez moi, avec toute la fidélité que vous m’avez demandée.»

Après que le joaillier eut pris ces précautions pour intéresser les voleurs dans la confidence entière de ce qu’il avait à leur révéler, qui ne pouvait produire qu’un bon effet, autant qu’il pouvait le juger, il leur fit, sans rien omettre, le détail des amours du prince de Perse et de Schemselnihar, depuis le commencement jusqu’au rendez-vous qu’il leur avait procuré dans sa maison.

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