Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
La suite serait plus difficile. Le second sim, celui en jean, s’élança hors du bois avant même que le premier ait fini de tomber. Il s’écarta de l’itinéraire direct pour essayer de passer hors de portée d’Ethan. Si l’ouverture étroite dans le panneau protégeait assez bien le tireur, elle limitait aussi son champ de vision. Ethan plaqua le canon au bois et pressa la détente.
Il toucha sa cible, mais plus bas. Il estima lui avoir brisé la colonne vertébrale, car le simulacre s’effondra sans parvenir ensuite à se relever. Il finit par y renoncer et par se traîner vers la ferme à la force des bras. Ethan réussit à l’atteindre d’une seconde balle, cette fois au cou. Du sang et de la matière verte jaillirent et la créature cessa de bouger.
Ethan ne savait néanmoins toujours pas ce qui se passait à l’arrière, où ses caméras avaient été détruites ou désactivées. Il se rua à la fenêtre opposée et leva son fusil, recula à temps pour éviter une rafale crachée par l’arme automatique d’un troisième sim. Des échardes de bois lui piquèrent le visage tandis qu’une pluie de poussière et de débris tombait du plafond. D’un coup d’œil, il s’assura que Nerissa n’avait pas été touchée. Elle était toujours debout, indemne mais manifestement terrifiée. Il lui dit de s’allonger par terre.
Le sim avait tiré en traversant l’espace à découvert et n’était désormais plus visible, mais Ethan n’eut pas besoin de se demander où il était passé : il l’entendit défoncer à coups de pied la porte de derrière. La créature était entrée.
Tout ce qu’Ethan savait sur l’anatomie des simulacres, il le tenait de Werner Beck. Ce dernier avait non seulement survécu à la tentative d’assassinat perpétrée contre lui en 2007, mais réussi à blesser et neutraliser les deux sims venus le tuer. Et les jours suivants, il avait disséqué ses captifs… morceau par morceau et en prenant des notes.
Il avait transmis une monographie sur le sujet à tous les survivants loyaux ou assez imprudents pour garder le contact avec lui. Ethan en détenait un exemplaire dans ses archives. Détails anatomiques des êtres humains artificiels, avec schémas et photographies. Celles-ci étaient particulièrement troublantes : les deux sims, toujours en vie, attachés le ventre ouvert sur des tables de dissection. La peau du thorax, écartée et épinglée comme les pages d’un livre, révélait les côtes et les muscles recouverts de sang ; plusieurs organes humains de petite taille mais parfaitement fonctionnels avaient été retirés en partie. Ethan s’était fait violence pour mémoriser les détails. Des sacs de matière verte, substantiellement identique au contenu des cellules mises en culture après leur découverte dans les prélèvements de glace antarctique, occupaient la majeure partie de l’abdomen, ainsi que les membres et le crâne. Celui du crâne était entouré d’un réseau de tissu nerveux qui remplissait vraisemblablement certaines des fonctions d’un cerveau humain. L’assemblage des os ne présentait aucune différence visible avec un squelette humain. Dans les cavités thoraciques et abdominales, des organes humains rabougris (un cœur à peine plus gros qu’une balle de golf, un foie qu’on aurait pu prendre pour celui d’un nouveau-né) étaient au service de l’enveloppe de chair qui donnait aux sims leur apparence humaine. Si on coupait un sim, il saignait. Si on le coupait profondément, il en sortait un liquide vert.
La matière verte, complexe mais amorphe et identique dans tout le corps, rendait les sims moins vulnérables que les humains à certains types de dommages physiques. En attaquer un au couteau était quasi suicidaire. Tirer sur un simulacre ne faisait que le ralentir si la balle l’atteignait dans les parties molles, l’immobilisait sans le tuer si elle touchait sa colonne vertébrale. Le mieux était de leur tirer dans la tête, avait écrit Werner Beck : l’écheveau de tissu nerveux dans leur crâne leur servait d’interface pour contrôler leur corps et ils ne pouvaient s’en passer.
Malgré tout, la mort pouvait se faire attendre. Les sims capturés par Beck avaient survécu plusieurs jours malgré leur dépeçage systématique… ils avaient commencé par simuler la souffrance, puis, constatant l’échec de leur stratagème, s’étaient réfugiés dans un silence attentif. L’hémorragie avait fini par emporter l’un d’eux : son petit cœur avait tout simplement cessé de battre. L’autre était mort quand Beck, à titre d’expérience, lui avait logé une balle dans le crâne.
Ethan échangea son fusil contre un pistolet et en préleva sur le râtelier un deuxième qu’il tendit à Nerissa. « Tu sais t’en servir ? » Elle hocha la tête : comme beaucoup d’autres survivants, elle avait pris des cours de tir après le massacre de 2007. Ses mains tremblaient, mais elle s’assura que l’arme était chargée et ôta le cran de sécurité.
« Reste ici. Attends-moi. » Et tire sur tout ce qui monte ici à ma place, n’eut-il pas besoin d’ajouter. Il ouvrit la porte du grenier, puis descendit les marches étroites jusqu’au premier étage, un couloir terminé par un autre escalier. Le jour baissait, aussi y faisait-il sombre. Ethan s’immobilisa tous les quelques pas pour tendre l’oreille vers l’étage inférieur, mais n’entendit guère que les battements de son propre cœur.
Son seul avantage, s’il en avait un, était sa connaissance parfaite des lieux, avec ses angles morts, ses ombres, ses endroits à découvert et ceux qui vous mettaient en position de force. Il resta collé au mur de gauche jusqu’au palier, où il se pencha par-dessus la rambarde en braquant son pistolet sur la porte d’entrée. Rien. Il entendit toutefois un bruit de ferraille qui semblait provenir de la cuisine.
Ethan avait le plus grand respect pour son adversaire. Il repensa aux dissections de Werner Beck, actes qui semblaient cruels et rancuniers jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’ils n’étaient ni l’un ni l’autre, les sims ne ressentant pas la douleur et se fichant des traitements qu’on leur infligeait. Ce n’était même pas des individus, au sens humain. Moins autonomes encore que les fourmis ou les termites, ils n’étaient que de simples extensions de leur créateur, un très ancien superorganisme massif et complexe qui venait de très loin et n’avait absolument rien d’humain. Un superorganisme qu’il ne fallait surtout pas sous-estimer.
Ethan dévala les marches pour rester le moins longtemps possible exposé à l’arme automatique du sim. Une fois au rez-de-chaussée, il put voir la majeure partie de la pièce principale et constater qu’elle était vide. Il ne restait donc que la cuisine. Dont la porte était fermée. Il ne se souvenait plus s’il l’avait fermée ou pas. Il n’eut d’autre choix que d’annoncer sa présence en l’ouvrant d’un coup, le pistolet braqué, avec une vague pensée pour Nerissa : elle était armée mais terrorisée, et s’il mourait sur le seuil de la cuisine…
Sauf qu’il n’y avait personne non plus dans cette pièce-là. Enfoncée par le sim, la porte de derrière pendait de travers à un de ses gonds. Des traces de pas boueuses allaient à l’entrée de la cave. Ethan regarda celle-ci, consterné. Il n’y avait qu’une conclusion possible : le sim était au sous-sol avec Winston Bayliss.
Bouge-toi, s’intima-t-il. Il ne put faire autrement que de s’engager dans l’escalier de la cave.
Il en avait descendu la moitié quand il vit le sim le dos tourné juste en bas, l’air parfaitement humain avec son col relevé, son jean trop ample et son début de calvitie. Il braquait son arme automatique, mais dans une autre direction. Il commençait à se retourner quand une marche grinça sous le pied d’Ethan, mais il n’était pas plus rapide qu’un simple mortel. Ethan bénéficiait de ce rare privilège d’avoir une cible facile. Il écrasa la détente de son pistolet.