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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Il n’y avait rien d’anthropomorphe chez Rashaverak. Il était compréhensible que des sauvages ignorants et terrorisés voyant les Suzerains de loin les prennent pour des hommes ailés et, à partir de là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour avoir le portrait traditionnel du Démon. Mais, de près, une partie de l’illusion se dissipait. Les petites cornes (quelle était leur fonction ?) étaient en conformité avec l’image diabolique mais le corps ne ressemblait ni à celui d’un homme ni à celui d’aucun animal connu, passé ou présent. Les Suzerains, issus d’un tronc évolutionnaire totalement étranger, n’étaient ni des mammifères, ni des insectes, ni des reptiles. Il n’était même pas évident qu’ils appartinssent à la classe des vertébrés : leur coriace carapace pouvait fort bien être un squelette externe.

Les ailes de Rashaverak étaient repliées et George les distinguait mal, mais sa queue, tel un bout de tuyau d’arrosage cuirassé, était lovée sous lui. Sa fameuse pointe barbelée rappelait davantage un gros losange aplati qu’une tête de flèche. On pensait généralement que cet appendice faisait office de stabilisateur de vol à l’instar des plumes rectrices chez l’oiseau. Se fondant sur les rares données fragmentaires existantes et sur des suppositions de ce genre, les savants étaient arrivés à la conclusion que les Suzerains venaient d’une planète à faible gravité et à forte densité atmosphérique.

La voix tonitruante de Rupert tomba soudain d’un haut-parleur invisible :

— Jean ! George ! Où diable vous cachez-vous ? Venez donc nous rejoindre. Les gens commencent à jaser.

— Je ferais peut-être mieux de descendre aussi, dit Rashaverak en remettant le livre à sa place sans avoir besoin de se lever pour cela.

George remarqua pour la première fois que la main du Suzerain comportait cinq doigts et deux pouces opposables. Je n’aimerais vraiment pas faire des opérations arithmétiques sur une base de quatorze, se dit-il.

Voir Rashaverak se mettre debout était un spectacle impressionnant. Il était obligé de se baisser pour ne pas se cogner au plafond. Manifestement, même si les Suzerains avaient été désireux de se mêler aux humains, ils devaient se heurter à des difficultés d’ordre pratique considérables.

Au cours de la demi-heure passée, il y avait eu de nouveaux arrivages et le salon était maintenant archicomble. L’entrée de Rashaverak ne fit qu’aggraver la situation car tous ceux qui étaient dans les pièces voisines se précipitèrent pour le voir. Rupert avait l’air très satisfait de la sensation que provoquait le Suzerain, mais Jean et George, à qui personne ne prêtait attention, l’étaient beaucoup moins. En fait, ils étaient presque invisibles parce qu’ils se tenaient derrière Rashaverak.

— Approchez, Rashy, que je vous présente quelques amis, vociféra Rupert. Asseyez-vous sur le divan. Comme ça, vous n’éraflerez pas le plafond.

Rashaverak, la queue en bandoulière, traversa le salon à la manière d’un brise-glace éperonnant une banquise. Quand il se fut assis à côté du maître de céans, la pièce parut retrouver ses proportions habituelles et George poussa un soupir de soulagement.

— Il me rend claustrophobe quand il est debout. J’aimerais bien savoir comment Rupert s’est débrouillé pour lui mettre la main dessus. J’ai l’impression que cette petite sauterie ne va pas manquer d’intérêt.

— Bizarre que Rupert l’apostrophe comme ça, et en public, qui mieux est. Mais il n’a pas l’air de s’en offusquer. C’est vraiment très singulier.

— Moi, je suis convaincu que ça ne lui a pas plu. L’ennui, avec Rupert, c’est qu’il aime plastronner et qu’il n’a aucun tact. Tiens ! Ça me fait justement penser à quelques-unes des questions que vous avez posées au Suzerain.

— Par exemple ?

— Je ne sais pas… « Depuis combien de temps êtes-vous là ? », « Est-ce que vous vous entendez bien avec le Superviseur Karellen ? », « Est-ce que vous vous plaisez sur la Terre ? » Vraiment, ma chérie… on ne parle pas à un Suzerain sur ce ton !

— Je ne vois pas pourquoi. Il était temps que quelqu’un commence.

Les Shoenberger les abordèrent avant que la discussion ne tournât à l’aigre et le quatuor ne tarda pas à se dissocier : les dames partirent dans une direction pour causer de Mme Boyce et les hommes dans une autre pour en faire tout autant, mais sous un autre angle. Benny Shoenberger, qui était un vieil ami de George, possédait pas mal d’informations sur ce sujet.

— Je vous conjure de garder cela pour vous, commença-t-il. Ruth n’est pas au courant, mais c’est moi qui l’ai présentée à Rupert.

— Je la trouve beaucoup trop bien pour lui, rétorqua George avec envie. Il est impossible que ça dure longtemps. Elle en aura vite assez de lui.

Cette perspective parut le ragaillardir considérablement.

— N’en croyez rien ! Elle n’est pas seulement ravissante, c’est une fille épatante. Il est grand temps que quelqu’un prenne Rupert en main, et elle est précisément la femme qu’il faut pour cela.

À présent, Rupert et Maïa, assis de part et d’autre de Rashaverak, accueillaient leurs invités en grande pompe. En général, les réceptions de Rupert n’étaient pas cristallisées sur un pôle unique. Les hôtes se constituaient en petits groupes qui ne s’occupaient pas les uns des autres. Mais cette fois, tout tournait autour du même centre d’intérêt et George plaignait Maïa : elle aurait dû être la reine de la fête mais Rashaverak l’éclipsait en partie.

— Je me demande bien, dit-il en mordillant un sandwich, comment Rupert s’y est pris pour faire venir un Suzerain. C’est sans précédent, à ma connaissance. Pourtant, il a l’air de trouver cela parfaitement normal. Il n’a même pas mentionné sa présence quand il nous a invités.

— Les petites surprises, il adore, pouffa Benny. Vous n’avez qu’à lui poser la question. Notez quand même que ce n’est pas la première fois qu’un tel événement se produit, après tout. Karellen a été invité à la Maison-Blanche, au palais de Buckingham et…

— Mais c’est tout à fait différent ! Rupert n’est qu’un simple citoyen.

— Et peut-être que Rashaverak est un Suzerain tout à fait subalterne. Mais, je vous le répète : interrogez-le.

— Comptez sur moi pour le faire dès que je pourrai coincer Rupert en tête à tête.

— Eh bien, ce ne sera pas pour tout de suite.

Benny avait raison, mais il commençait à y avoir davantage d’animation et il était plus facile de faire montre de patience. La vague paralysie qui s’était emparée de l’assemblée à l’apparition de Rashaverak s’était dissipée. Quelques personnes étaient encore agglutinées autour du Suzerain, mais en dehors de ce groupe, l’habituel phénomène de fragmentation était intervenu et tout le monde se conduisait avec le plus grand naturel. Sullivan, par exemple, était en train d’expliquer ses dernières recherches sous-marines à un auditoire passionné :

— Nous ne savons pas encore quelle taille ils peuvent atteindre. Il y a, pas loin de notre base, une faille où habite un véritable géant. Je l’ai entr’aperçu une fois et je dirais que ses tentacules ne font pas loin de trente mètres en extension.

Une dame émit un couinement horrifié.

— Pouah ! Rien que d’y penser, ça me donne des frissons ! Vous devez être follement courageux.

Sullivan parut stupéfait.

— C’est une idée qui ne m’est jamais venue. Évidemment, je prends les précautions qui s’imposent mais je n’ai jamais été vraiment en danger. Les calmars savent qu’ils ne peuvent pas me manger et tant que je ne m’approche pas trop, ils ne me prêtent pas la moindre attention. La plupart des animaux marins vous laissent tranquilles si vous ne les dérangez pas.

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