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Harry Potter et les Méthodes de la Rationalité

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Harry Potter et les Méthodes de la Rationalité
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Harry ouvrit la bouche une dernière fois -

Et découvrit qu'il ne pouvait pas le dire, il ne pouvait pas poser la dernière question, la dernière et la plus importante, il ne pouvait pas faire sortir les mots. Même si un tel refus était interdit à un rationaliste, en dépit de toutes les fois où il avait récité la litanie de Tarski et la litanie de Gendlin, en dépit de celles où il avait fait le serment que ce qui pouvait être détruit par la vérité devait l'être, il ne put alors se pousser à prononcer sa dernière question à voix haute. Même s'il savait qu'il ne pensait pas correctement, même s'il savait qu'il était censé valoir mieux que cela, il ne parvint pas à le dire.

"Maintenant c'est à mon tour de vous interroger." Le dos du professeur Quirrell se raidit contre le mur glacé de béton peint. "Je me demandais, M. Potter, si aviez le moindre commentaire sur le fait que vous avez failli me tuer et faire échouer notre entreprise commune. Je crois comprendre que dans de tels cas, une excuse constitue un signe de respect. Mais vous ne m'en avez pas offert. Est-ce seulement que vous n'avez pas encore trouvé le temps de le faire, M. Potter ?"

Le ton était calme, le tranchant si discret et fin qu'il vous aurait traversé de part en part avant que vous ayez pu vous rendre compte que l'on était en train de vous tuer.

Et Harry se contenta de regarder le professeur de Défense avec ses yeux froids, ses yeux qui jamais plus ne cilleraient devant quoi que ce soit ; plus même devant la mort. Il n'était plus à Azkaban, il n'avait plus peur de la partie de lui-même qui ignorait la peur ; et la gemme qu'il était avait pivoté pour faire face à la tension, elle était passée en douceur d'une facette à l'autre, de la lumière aux ténèbres, de la chaleur au froid.

Un stratagème voulu, destiné à me faire me sentir coupable, à me pousser à me soumettre ?

Une émotion réelle ?

"Je vois," dit le professeur Quirrell. "J'imagine que cela répond -"

"Non," dit le garçon d'une voix calme et froide, "vous ne réussirez pas à orienter la conversation aussi facilement, professeur. J'ai fait des efforts considérables dans le but de vous protéger et de vous faire sortir d'Azkaban en sécurité après que j'ai cru avoir découvert que vous aviez tenté de tuer un policier. Y compris faire face à douze Détraqueurs sans Patronus. Je me demande si vous m'auriez remercié si je m'étais excusé lorsque vous me l'avez demandé. Ou ais-je raison de penser que c'était ma soumission que vous exigiez ici, et non pas seulement mon respect ?"

Il y eut un moment de silence puis la voix du professeur Quirrell vint en réponse, ouvertement glaciale, dangereuse, débarrassée de toute volonté de masquer ce danger. "Il semble que vous ne parveniez toujours pas à vous laisser perdre, M. Potter."

Les ténèbres du regard imperturbable de Harry englobaient le professeur de Défense et le réduisaient à une simple créature mortelle. "Oh, et hésitez-vous maintenant à faire semblant de perdre contre moi, à prétendre vous soumettre à ma colère afin de préserver vos plans ? L'idée de fausses excuses vous a-t-elle seulement traversé l'esprit ? Moi non plus, professeur Quirrell."

Le professeur de Défense eut un rire bas et sans humour, un rire plus vide que le néant entre les étoiles, aussi dangereuse qu'un espace empli de radiations dures. "Non M. Potter, vous n'avez pas du tout appris votre leçon."

"J'ai songé à perdre de nombreuses fois à Azkaban," dit le garçon d'une voix maîtrisée. "J'ai songé que je devrais simplement abandonner et me rendre aux Aurors. Il aurait été sensé de perdre. J'ai entendu votre voix me le dire dans mon esprit, et je l'aurais fait si j'avais été seul. Mais je ne suis pas parvenu à me permettre de vous perdre."

Ils furent alors silencieux pendant un moment ; comme si le professeur de Défense ne savait pas tout à fait quoi répondre à cela.

"Je suis curieux," dit enfin ce dernier. "Pour quoi exactement pensez-vous que je devrais m'excuser ? Je vous au donné des instructions précises en cas de combat. Vous deviez rester au sol, hors de mon chemin, et ne pratiquer aucune magie. Vous avez violé ces instructions et avez fait échouer la mission."

"Je n'ai pris aucune décision," dit le garçon d'une voix calme, "il n'y a eu aucun choix, seulement le souhait qu'un Auror ne meure pas, et mon Patronus était là. Pour que ce souhait n'ai jamais eu lieu, vous auriez dû me prévenir de la possibilité que vous bluffiez en utilisant un sort de Mort. Par défaut, je pars du principe que si vous pointez votre baguette vers quelqu'un et que vous dites Avada Kedavra, c'est parce que vous souhaitez voir cette personne mourir. Cela ne devrait-il pas être la première règle de sécurité des Sortilèges Impardonnables ?"

"Les règles sont bonnes pour les duels," dit le professeur de Défense. Une partie du froid était revenu dans sa voix. "Et l'art du duel est un sport, pas une branche de la magie de combat. Dans un véritable combat, un sortilège qui ne peut être arrêté et doit être évité constitue une tactique indispensable. Je pensais que cela vous serait apparu comme évident, mais il semble que j'ai mal jugé de votre intellect."

"Il me semble aussi imprudent," dit le garçon, continuant comme si l'autre n'avait pas parlé, "de ne pas me dire que tout sortilège que je lancerai sur vous risquerai de nous tuer tous deux. Et s'il y avait eu un incident, et si j'avais dû essayer un Innerver ou un sortilège de lévitation ? Cette ignorance, que vous avez permise pour un but que je ne peux deviner, a aussi joué un rôle dans cette catastrophe."

Il y eut un autre silence. Les yeux du professeur s'étaient plissés et il avait l'air légèrement perplexe, comme s'il venait de rencontrer une situation totalement inconnue ; mais il ne parla pourtant pas.

"Eh bien," dit le garçon. Ses yeux ne s'étaient pas détournés de ceux du professeur de Défense. "Je regrette certainement de vous avoir fait du mal, professeur. Mais je ne pense pas que cette situation mérite que je me soumette. Je n'ai jamais vraiment bien compris le concept d'excuse, et encore moins lorsqu'il s'agit d'une situation comme celle-ci ; vous donner mes regrets mais pas ma soumission, est-ce comme de dire que je suis désolé ?"

Encore ce rire froid, froid et plus sombre que le vide entre les étoiles.

"Je ne pourrais le savoir," dit le professeur de Défense, "je n'ai moi non plus jamais compris le concept d'excuse. Il semble que ce stratagème serait inutile entre nous, puisque nous le savons tous deux être un mensonge. Alors n'en parlons plus. Les dettes que nous devons l'un à l'autre finiront un jour par être payées."

Un silence, pendant un moment.

"Au fait," dit le garçon. "Hermione Granger n'aurait jamais construit Azkaban, quelles que soient les personnes destinées à y être placées. Et elle mourrait plutôt que de faire du mal à un innocent. Je mentionne ça parce que vous avez dit plus tôt qu'au fond, tous les sorciers étaient comme Vous-Savez-Qui, et c'est une affirmation factuellement erronée. M'en serais rendu compte plus tôt si je n'avais pas été," le garçon eut un bref sourire lugubre, "stressé".

Les yeux du professeur de Défense étaient mi-clos, son visage distant. "L'intérieur des gens ne ressemble pas toujours à leur apparence, M. Potter. Peut-être souhaite-t-elle simplement que les autres la voie comme une bonne fille. Elle ne peut pas utiliser le Patronus -"

"Hah," dit le garçon ; son sourire semblait maintenant plus réel, plus chaud. "Elle a des difficultés exactement pour les mêmes raisons que moi. Il y a assez de lumière en elle pour détruire des Détraqueurs, j'en suis sûr. Elle ne pourrait pas s'empêcher de les détruire, même au prix de sa vie..." le garçon laissa sa phrase en suspens puis sa voix reprit : "je ne suis pas quelqu'un d'assez bien pour le faire, peut-être pas ; mais ces gens existent, et elle en fait partie."

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