Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
Cependant, M. Josserand, la tete sur l'oreiller, l'attendait. Elle souffla la lumiere, elle l'enjamba, pour se mettre au fond. Lui, reflechissait, repris de malaise, la conscience brouillee par la promesse d'une dot de cinquante mille francs. Et il se hasarda a dire tout haut ses scrupules. Pourquoi promettre, quand on ne sait si l'on pourra tenir? Ce n'etait pas honnete.
-Pas honnete! cria dans le noir madame Josserand, en retrouvant sa voix feroce. Ce qui n'est pas honnete, monsieur, c'est de laisser monter ses filles en graine; oui, en graine, tel etait votre reve peut-etre!... Parbleu! nous avons le temps de nous retourner, nous en causerons, nous finirons par decider son oncle.... Et apprenez, monsieur, que, dans ma famille, on a toujours ete honnete!
VI
Le lendemain, qui etait un dimanche, Octave, les yeux ouverts, s'oublia une heure dans la chaleur des draps. Il s'eveillait heureux, plein de cette lucidite des paresses du matin. A quoi bon se presser? Il se trouvait bien au Bonheur des dames, il s'y decrassait de sa province, et une certitude profonde, absolue, lui venait d'avoir un jour madame Hedouin, qui ferait sa fortune; mais c'etait une affaire de prudence, une longue tactique de galanterie, ou se plaisait deja son sens voluptueux de la femme. Comme il se rendormait, dressant des plans, se donnant six mois pour reussir, l'image de Marie Pichon avait acheve de calmer ses impatiences. Une femme pareille etait tres commode; il lui suffisait d'allonger le bras, quand il la voulait, et elle ne lui coutait pas un sou. En attendant l'autre, certes, il ne pouvait demander mieux. Dans son demi-sommeil, ce bon marche et cette commodite finissaient par l'attendrir: il la voyait tres gentille avec ses complaisances, il se promettait d'etre meilleur pour elle, desormais.
-Fichtre! neuf heures! dit-il, reveille tout a fait par la sonnerie de sa pendule. Il faut pourtant se lever.
Une pluie fine tombait. Alors, il resolut de ne pas sortir de la journee. Il accepterait une invitation a diner chez les Pichon, qu'il refusait depuis longtemps, par terreur des Vuillaume; ca flatterait Marie, il trouverait l'occasion de l'embrasser derriere les portes; et meme, comme elle demandait toujours des livres, il songea a lui faire la surprise d'en apporter tout un paquet, reste dans une de ses malles, au grenier. Lorsqu'il fut habille, il descendit prendre, chez M. Gourd, la clef de ce grenier commun, ou les locataires se debarrassaient des objets encombrants et hors d'usage.
En bas, par cette matinee humide, on etouffait, dans l'escalier chauffe, dont les faux marbres, les hautes glaces, les portes d'acajou se voilaient d'une vapeur. Sous le porche, une femme mal vetue, la mere Perou, a qui les Gourd donnaient quatre sous de l'heure pour les gros travaux de la maison, lavait le pave a grande eau, en plein sous le coup d'air glace, soufflant de la cour.
-Eh! dites donc, la vieille, frottez-moi ca plus serieusement, que je ne trouve pas une tache! criait M. Gourd, chaudement couvert, debout sur le seuil de sa loge.
Et, comme Octave arrivait, il lui parla de la mere Perou avec l'esprit de domination brutale, le besoin enrage de revanche des anciens domestiques, qui se font servir a leur tour.
-Une faineante dont je ne peux rien tirer! J'aurais voulu la voir chez monsieur le duc! Ah bien! il fallait marcher droit!... Je la flanque a la porte, si elle ne m'en donne pas pour mon argent! Moi, je ne connais que ca.... Mais, pardon, monsieur Mouret, vous desirez?
Octave demanda la clef. Alors, le concierge, sans se presser, continua a lui expliquer que, s'ils avaient voulu, madame Gourd et lui, ils auraient vecu en bourgeois, a Mort-la-Ville, dans leur maison; seulement, madame Gourd adorait Paris, malgre ses jambes enflees qui l'empechaient d'aller jusqu'au trottoir; et ils attendaient d'avoir arrondi leurs rentes, le coeur creve d'ailleurs et reculant, chaque fois que l'envie leur venait de vivre enfin sur la petite fortune gagnee sou a sou.
-Il ne faut pas qu'on m'ennuie, conclut-il en redressant sa taille de bel homme. Je ne travaille plus pour manger.... La clef du grenier, n'est-ce pas? monsieur Mouret. Ou avons-nous donc mis la clef du grenier, ma bonne?
Mais, douillettement assise, madame Gourd prenait son cafe au lait dans une tasse d'argent, devant un feu de bois, dont les flammes egayaient la grande piece claire. Elle ne savait plus; peut-etre au fond de la commode. Et, tout en trempant ses roties, elle ne quittait pas des yeux la porte de l'escalier de service, a l'autre bout de la cour, plus nue et plus severe par ce temps de pluie.
-Attention! la voila! dit-elle brusquement, comme une femme sortait de cette porte.
Aussitot, M. Gourd se planta devant la loge, pour barrer le chemin a la femme, qui avait ralenti le pas, l'air inquiet.
-Nous la guettons depuis ce matin, monsieur Mouret, reprit-il a demi-voix. Hier soir, nous l'avons vue passer.... Vous savez, ca vient de chez ce menuisier, la-haut, le seul ouvrier que nous ayons dans la maison, Dieu merci! Et encore, si le proprietaire m'ecoutait, il garderait son cabinet vide, une chambre de bonne qui est en dehors des locations. Pour cent trente francs par an, ca ne vaut vraiment pas la peine d'avoir de la salete chez soi....
Il s'interrompit, il demanda rudement a la femme:
-D'ou venez-vous?
-Pardi! de la-haut, repondit-elle, en continuant de marcher.
Alors, il eclata.
-Nous ne voulons pas de femmes, entendez-vous! On l'a deja dit a l'homme qui vous amene.... Si vous revenez coucher, j'irai chercher un sergent de ville, moi! et nous verrons si vous ferez encore vos cochonneries dans une maison honnete!
-Ah! vous m'embetez! dit la femme. Je suis chez moi, je reviendrai si je veux.
Et elle s'en alla, poursuivie par les indignations de M. Gourd, qui parlait de monter chercher le proprietaire. Avait-on jamais vu! une creature pareille chez des gens comme il faut, ou l'on ne tolerait pas la moindre immoralite! Et il semblait que ce cabinet habite par un ouvrier, fut le cloaque de la maison, un mauvais lieu dont la surveillance revoltait ses delicatesses et troublait ses nuits.
-Alors, cette clef? se hasarda a repeter Octave.
Mais le concierge, furieux de ce qu'un locataire avait pu voir son autorite meconnue, tombait sur la mere Perou, voulant montrer comment il savait se faire obeir. Est-ce qu'elle se fichait de lui? Elle venait encore, avec son balai, d'eclabousser la porte de la loge. S'il la payait de sa poche, c'etait pour ne pas se salir les mains, et continuellement il devait nettoyer derriere elle. Du diable s'il lui ferait encore la charite de la reprendre! elle pouvait crever. Sans repondre, cassee par la fatigue de cette besogne trop rude, la vieille continuait a frotter de ses maigres bras, se retenant de pleurer, tant ce monsieur aux larges epaules, en calotte et en pantoufles, lui causait une epouvante respectueuse.
-Je me souviens, mon cheri, cria madame Gourd de son fauteuil, ou elle passait la journee, a chauffer sa grasse personne. C'est moi qui ai cache la clef sous les chemises, pour que les bonnes ne soient pas toujours fourrees dans le grenier.... Donne-la donc a monsieur Mouret.
-Encore quelque chose de propre, ces bonnes! murmura M. Gourd, qui avait garde de sa longue domesticite la haine des gens de service. Tenez, monsieur, voici la clef; mais je vous prie de me la redescendre, car il ne peut y avoir un coin d'ouvert, sans que les bonnes aillent s'y mal conduire.
Octave, pour ne pas traverser la cour mouillee, remonta le grand escalier. Il prit seulement l'escalier de service au quatrieme, en passant par la porte de communication, qui etait pres de sa chambre. En haut, un long couloir se coupait deux fois a angle droit, peint en jaune clair, borde d'un soubassement d'ocre plus fonce; et, comme dans un corridor d'hopital, les portes des chambres de domestique, egalement jaunes, s'espacaient, regulieres et uniformes. Un froid glacial tombait du zinc de la toiture. C'etait nu et propre, avec cette odeur fade des logis pauvres.