Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Mon Dieu, oui! son oncle nous l'ecrivait encore aujourd'hui: Berthe aura cinquante mille francs. Ce n'est pas beaucoup sans doute, mais quand l'argent est la, et solide!
Ce mensonge le revoltait. Il ne put s'empecher de lui toucher furtivement l'epaule. Elle le regarda, le forca a baisser les yeux, devant l'expression resolue de son visage. Puis, comme madame Duveyrier s'etait tournee, plus aimable, elle lui demanda avec interet des nouvelles de son pere.
-Oh! papa doit etre alle se coucher, repondit la jeune femme, tout a fait gagnee. Il travaille tant!
M. Josserand dit qu'en effet M. Vabre s'etait retire, pour avoir les idees nettes le lendemain. Et il balbutiait: un esprit bien remarquable, des facultes extraordinaires; en se demandant ou il prendrait cette dot, et quelle figure il ferait, le jour du contrat.
Mais un grand bruit de chaises remuees emplissait le salon. Les dames passaient dans la salle a manger, ou le the se trouvait servi. Madame Josserand, victorieuse, s'y rendit, entouree de ses filles et de la famille Vabre. Bientot, il ne resta plus, au milieu de la debandade des sieges, que le groupe des hommes serieux. Campardon s'etait empare de l'abbe Mauduit: il s'agissait d'une reparation au Calvaire de Saint-Roch. L'architecte se disait tout pret, car son diocese d'Evreux lui donnait peu de besogne. Il avait simplement, la-bas, la construction d'une chaire et l'installation d'un calorifere et de nouveaux fourneaux dans les cuisines de monseigneur, travaux que son inspecteur suffisait a surveiller. Alors, le pretre promit d'enlever definitivement l'affaire, des la prochaine reunion de la fabrique. Et ils rejoignirent tous deux le groupe, ou l'on complimentait Duveyrier sur la redaction d'un arret, dont il s'avouait l'auteur; le president, qui etait son ami, lui reservait certaines besognes aisees et brillantes, pour le mettre en vue.
-Avez-vous lu ce nouveau roman? demanda Leon, en train de feuilleter un exemplaire de la Revue des deux mondes, trainant sur une table. Il est bien ecrit; mais encore un adultere, ca finit vraiment par etre fastidieux!
Et la conversation tomba sur la morale. Il y avait des femmes tres honnetes, dit Campardon. Tous approuverent. D'ailleurs, selon l'architecte, on s'arrangeait quand meme, dans un menage, lorsqu'on savait s'entendre. Theophile Vabre fit remarquer que cela dependait de la femme, sans s'expliquer davantage. On voulut avoir l'avis du docteur Juillerat, qui souriait; mais il s'excusa: lui, mettait la vertu dans la sante. Cependant, Duveyrier restait songeur.
-Mon Dieu! murmura-t-il enfin, ces auteurs exagerent, l'adultere est tres rare parmi les classes bien elevees.... Une femme, lorsqu'elle est d'une bonne famille, a dans l'ame une fleur....
Il etait pour les grands sentiments, il prononcait le mot d'ideal avec une emotion qui lui voilait le regard. Et il donna raison a l'abbe Mauduit, quand ce dernier parla de la necessite des croyances religieuses, chez l'epouse et chez la mere. La conversation fut ainsi ramenee vers la religion et la politique, au point ou ces messieurs l'avaient laissee. Jamais l'Eglise ne disparaitrait, parce qu'elle etait la base de la famille, comme elle etait le soutien naturel des gouvernements.
-A titre de police, je ne dis pas, murmura le docteur.
Duveyrier n'aimait point, du reste, qu'on parlat politique chez lui, et il se contenta de declarer severement, en jetant un coup d'oeil dans la salle a manger, ou Berthe et Hortense bourraient Auguste de sandwichs:
-Il y a, messieurs, un fait prouve qui tranche tout: la religion moralise le mariage.
Au meme instant, Trublot, assis sur un canape, pres d'Octave, se penchait vers celui-ci.
-A propos, demanda-t-il, voulez-vous que je vous fasse inviter chez une dame ou l'on s'amuse?
Et, comme son compagnon desirait savoir quel genre de dame, il ajouta, en designant d'un signe le conseiller a la cour:
-Sa maitresse.
-Pas possible! dit Octave stupefait.
Trublot ouvrit et referma lentement les paupieres. C'etait comme ca. Quand on epousait une femme pas complaisante, degoutee des bobos qu'on pouvait avoir, et tapant sur son piano a rendre malades tous les chiens du quartier, on allait en ville se faire ficher de soi!
-Moralisons le mariage, messieurs, moralisons le mariage, repetait Duveyrier de son air rigide, avec son visage enflamme, ou Octave voyait maintenant le sang acre des vices secrets.
On appela ces messieurs, du fond de la salle a manger. L'abbe Mauduit, reste un moment seul, au milieu du salon vide, regardait de loin l'ecrasement des invites. Son visage gras et fin exprimait une tristesse. Lui qui confessait ces dames et ces demoiselles, les connaissait toutes dans leur chair, comme le docteur Juillerat, et il avait du finir par ne plus veiller qu'aux apparences, en maitre de ceremonie jetant sur cette bourgeoisie gatee le manteau de la religion, tremblant devant la certitude d'une debacle finale, le jour ou le chancre se montrerait au plein soleil. Parfois, des revoltes le prenaient, dans sa foi ardente et sincere de pretre. Mais son sourire reparut, il accepta une tasse de the que Berthe vint lui offrir, causa une minute avec elle pour couvrir de son caractere sacre le scandale de la fenetre; et il redevenait l'homme du monde, resigne a exiger uniquement une bonne tenue de ces penitentes, qui lui echappaient et qui auraient compromis Dieu.
-Allons, c'est propre! murmura Octave, dont le respect pour la maison recevait un nouveau coup.
Et, voyant madame Hedouin se diriger vers l'antichambre, il voulut la devancer, il suivit Trublot, qui partait. Son projet etait de la reconduire. Elle refusa; minuit sonnait a peine, et elle logeait si pres. Alors, une rose s'etant detachee du bouquet de son corsage, il la ramassa de depit et affecta de la garder. Les beaux sourcils de la jeune femme se froncerent; puis, elle dit de son air tranquille:
-Ouvrez-moi donc la porte, monsieur Octave.... Merci.
Quand elle fut descendue, le jeune homme, gene, chercha Trublot. Mais Trublot, comme chez les Josserand, venait de disparaitre. Cette fois encore il devait avoir enfile le couloir de la cuisine.
Octave, mecontent, alla se coucher, sa rose a la main. En haut, il apercut Marie, penchee sur la rampe, a la place ou il l'avait laissee; elle guettait son pas, elle etait accourue le regarder monter. Et, lorsqu'elle l'eut fait entrer chez elle:
-Jules n'est pas encore la.... Vous etes-vous bien amuse? Y avait-il de belles toilettes?
Mais elle n'attendit pas sa reponse. Elle venait d'apercevoir la rose, elle etait prise d'une gaiete d'enfant.
-C'est pour moi, cette fleur? Vous avez pense a moi?... Ah! que vous etes gentil! que vous etes gentil!
Et elle avait des larmes plein les yeux, confuse, tres rouge. Alors, Octave, tout d'un coup remue, la baisa tendrement.
Vers une heure, les Josserand rentrerent a leur tour. Adele laissait, sur une chaise, un bougeoir avec des allumettes. Quand la famille, qui n'avait pas echange une parole en montant, se retrouva dans la salle a manger, d'ou elle etait descendue desesperee, elle ceda brusquement a un coup de joie folle, delirant, se prenant par les mains, dansant une danse de sauvages autour de la table; le pere lui-meme obeit a la contagion, la mere battait des entrechats, les filles poussaient de petits cris inarticules; tandis que la bougie, au milieu, detachait leurs grandes ombres, qui cabriolaient le long des murs.
-Enfin, c'est fait! dit madame Josserand, essoufflee, en tombant sur un siege.
Mais elle se releva tout de suite, dans une crise d'attendrissement maternel, et elle courut poser deux gros baisers sur les joues de Berthe.
-Je suis contente, bien contente de toi, ma cherie. Tu viens de me recompenser de tous mes efforts.... Ma pauvre fille, ma pauvre fille, c'est donc vrai, cette fois!
Sa voix s'etranglait, son coeur etait sur ses levres. Elle s'ecroulait dans sa robe feu, sous le poids d'une emotion sincere et profonde, tout d'un coup aneantie, a l'heure du triomphe, par les fatigues de sa terrible campagne de trois hivers. Berthe dut jurer qu'elle n'etait pas malade; car sa mere la trouvait pale, se montrait aux petits soins, voulait absolument lui faire une tasse de tilleul. Quand la jeune fille fut couchee, elle revint pieds nus la border avec precaution, comme aux jours deja lointains de son enfance.