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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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La nuit était déjà bien avancée quand Lawler s’en retourna. Il repartit d’un pas lent vers le sentier du littoral, contourna de nouveau la centrale électrique et descendit vers le chantier naval, vers la bicoque de bois branlante où vivait Delagard. L’armateur avait toujours dédaigneusement refusé d’habiter dans un vaargh. Il affirmait qu’il voulait être près de son chantier naval à toute heure du jour et de la nuit.

Lawler le trouva seul dans la pièce enfumée, en train de boire de l’alcool d’algue-vigne à la lumière tremblotante du feu. La pièce était petite et encombrée, pleine de lignes et d’hameçons, de filets et de rames, d’ancres, de peaux de poissons-tapis empilées et de caisses d’alcool. Elle ressemblait plus à une réserve qu’à une habitation. C’était le logis de l’homme le plus riche de l’île.

— Vous puez comme une Gillie, dit Delagard en fronçant le nez. Qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ? Vous avez baisé avec une Gillie ?

— Vous avez deviné juste. Vous devriez essayer, vous savez. Vous avez peut-être encore des trucs à apprendre.

— Très drôle ! Mais c’est vrai que vous puez le Gillie. Ils vous ont malmené ?

— L’un d’eux m’a serré d’un peu trop près au moment où j’allais partir, dit Lawler. Je pense que c’était un accident.

— Bon, dit Delagard en haussant les épaules. Êtes-vous arrivé à quelque chose ?

— Non. L’avez-vous cru une seule seconde ?

— On peut toujours espérer. Ce n’est pas parce que vous voyez tout en noir qu’il faut perdre espoir. Il nous reste un mois pour les faire changer d’avis. Vous voulez boire un coup, docteur ?

Delagard lui versait déjà à boire. Lawler prit le gobelet et le vida d’un trait.

— Il est temps de cesser de se raconter des histoires, Nid. De faire semblant de croire que nous les ferons revenir sur leur décision.

Delagard leva vivement la tête. À la lueur tremblotante du feu, son visage paraissait plus lourd qu’il ne l’était en réalité. Les ombres mouvantes faisaient ressortir des bourrelets de chair autour de son cou et creusaient ses joues à la peau tannée. La lassitude se lisait dans ses petits yeux ronds et brillants.

— Vous croyez ?

— Cela ne fait plus aucun doute. Ils veulent vraiment se débarrasser de nous. Tout ce que nous pourrons dire ou faire n’y changera rien.

— C’est ce qu’ils vous ont dit ?

— Ils n’ont pas eu besoin de me le dire. J’ai vécu assez longtemps sur cette île pour savoir qu’ils font toujours ce qu’ils disent. Et vous aussi.

— Oui, dit pensivement Delagard. Moi aussi.

— Il est temps de regarder la réalité en face. Nous n’avons pas la moindre chance de les convaincre de lever leur ultimatum. Qu’en pensez-vous, Delagard ? Y a-t-il la moindre chance ?

— Non, je ne pense pas.

— Alors, quand allez-vous cesser de faire comme si nous pouvions les faire changer d’avis ? Dois-je vous rappeler ce qui s’est passé à Shalikomo quand ils ont ordonné à certains humains de partir et que personne ne l’a fait ?

— C’était à Shalikomo, il y a déjà longtemps. Nous sommes à Sorve et le problème se pose aujourd’hui.

— Et les Gillies sont toujours les Gillies. Vous voulez que ce qui s’est passé à Shalikomo se reproduise ici ?

— Vous connaissez la réponse à cette question, doc.

— Très bien. Vous savez depuis le début qu’il n’y a aucun espoir de les faire revenir sur leur décision. Mais vous avez fait mine d’y croire, n’est-ce pas ? Uniquement pour montrer à tout le monde à quel point vous étiez préoccupé par le pétrin dans lequel vous nous avez plongés tout seul.

— Vous croyez que je me suis foutu de votre gueule ?

— Absolument.

— Eh bien, sachez que ce n’est pas vrai. Avez-vous une idée de ce que j’éprouve pour avoir provoqué tout cela ? J’ai l’impression d’être le dernier des salauds, Lawler. D’ailleurs, comment me jugez-vous ? Comme une brute, un vil exploiteur ? Vous croyez que je peux me contenter de hausser les épaules avec dédain et de m’adresser à tout le monde en disant : « Bon, voilà, les gars, vous savez que pendant un moment, j’ai eu une affaire juteuse avec des plongeurs, mais ça vient de foirer et on est tous obligés de faire notre balluchon. J’espère que vous ne m’en voulez pas trop. Allez, salut, à un de ces quatre ! » Sorve est ma patrie, docteur, et je voulais au moins montrer que j’essayais de réparer le mal que j’ai fait.

— D’accord, vous avez essayé. Nous avons essayé tous les deux et cela ne nous a menés nulle part, comme c’était à prévoir depuis le début. Mais qu’allez-vous faire maintenant ?

— Que voulez-vous que je fasse ?

— Je vous l’ai déjà dit. Il n’est plus question de nous bercer d’illusions et de demander à genoux aux Gillies de nous pardonner. Nous devons commencer à réfléchir à la manière dont nous allons partir d’ici et à notre destination. Commencez à préparer l’évacuation, Delagard. C’est à vous de vous en occuper, c’est vous qui êtes la cause de tout cela. À vous de vous arranger.

— En fait, dit lentement l’armateur, j’ai déjà commencé à prendre des dispositions. Cette nuit, pendant que vous étiez en train de parlementer avec les Gillies, j’ai donné l’ordre à mes trois navires actuellement en mer de faire demi-tour et de regagner immédiatement Sorve pour pouvoir nous servir de bâtiments de transport.

— Pour nous transporter où ?

— Tenez, prenez un autre verre.

Delagard remplit de nouveau le gobelet de Lawler sans attendre sa réponse.

— Je vais vous montrer quelque chose, dit-il.

Il ouvrit un meuble de rangement et en sortit une carte marine. Elle se présentait sous la forme d’un globe de plastique d’une soixantaine de centimètres de diamètre, composé de plusieurs dizaines de bandes de différentes couleurs assemblées de main de maître par quelque artisan d’art. On percevait à l’intérieur le mouvement d’un mécanisme. Lawler se pencha vers le globe. Les cartes marines étaient rares et précieuses et il avait rarement eu l’occasion d’en voir une de si près.

— C’est Dismas, le père d’Onyos Felk, qui l’a fabriquée, il y a cinquante ans, dit Delagard. Mon grand-père la lui a achetée à l’époque où le vieux Felk avait envie de se lancer dans la navigation maritime et où il avait besoin d’argent pour construire des navires. Vous vous souvenez de la flottille de Felk ? Trois bâtiments. La Vague les a fait sombrer tous les trois. Pour payer les navires, il a vendu sa carte marine et il a perdu les navires… Vous parlez d’une poisse ! Surtout que c’était la meilleure de toutes les cartes marines. Onyos serait prêt à donner son testicule gauche pour la récupérer, mais pourquoi la lui vendrais-je ? Je lui permets quand même de la consulter de temps en temps.

Des médaillons pourpres de la taille de l’ongle du pouce, mus par le mécanisme, se déplaçaient de haut en bas sur le globe. Il y en avait une quarantaine, peut-être plus. La plupart d’entre eux suivaient une ligne droite reliant les deux pôles, mais il arrivait que l’un d’eux s’écarte presque imperceptiblement pour glisser dans une bande longitudinale adjacente, de la manière dont une véritable île pouvait faire un léger écart vers l’ouest ou vers l’est tout en suivant la direction du courant qui la portait vers le pôle. Lawler était émerveillé par l’ingéniosité de l’instrument.

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