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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— Vous savez comment on lit ces cartes ? demanda Delagard. Ces cercles rouges sont les îles ; ici vous avez la Mer Natale et voici Sorve.

Une minuscule tache rouge remontait très lentement vers l’équateur sur le fond vert de la bande sur laquelle elle se déplaçait ; une trace infime, un point de couleur en mouvement. Si petit et pourtant si cher.

— Toute la planète est représentée, reprit Delagard, du moins tout ce que nous connaissons d’elle. Les points rouges sont les îles habitées… habitées par des humains. Voici la Mer Noire, la Mer Rouge et, ici, la Mer Jaune.

— Où est la Mer d’Azur ? demanda Lawler.

— Tout là-haut, répondit Delagard en marquant un léger étonnement, presque dans l’autre hémisphère. Que savez-vous sur la Mer d’Azur, docteur ?

— Pas grand-chose. Quelqu’un m’en a parlé récemment, c’est tout.

— La Mer d’Azur est à une sacrée distance. Je n’y suis jamais allé. Et voilà la Mer Vide, poursuivit l’armateur en tournant le globe pour montrer l’autre côté à Lawler. La grande surface sombre que vous voyez là, c’est la Face des Eaux. Vous souvenez-vous des merveilleuses histoires que le vieux Jolly nous racontait sur la Face ?

— Ce vieux menteur ! Vous ne croyez quand même pas qu’il est allé là-bas ?

— C’était pourtant une belle histoire, non ? fit Delagard avec un clin d’œil.

Lawler hocha la tête en silence et laissa son esprit remonter près de trente-cinq ans en arrière. Il revit le vieux marin aux traits burinés qui leur avait si souvent fait le récit de sa traversée solitaire de la Mer Vide et leur racontait sa mystérieuse et irréelle rencontre avec la Face, une île si vaste que toutes les autres îles de la planète auraient pu y loger, une paroi immense et menaçante qui barrait l’horizon et se dressait comme une muraille funeste dans des parages lointains et silencieux. Sur la carte, la Face n’était qu’une zone sombre et immobile de la taille de la paume d’une main, une tache noire et irrégulière dans les étendues vierges de l’autre hémisphère, qui descendait presque jusqu’aux régions polaires.

Lawler fit pivoter le globe pour suivre la lente progression des îles dans l’autre hémisphère.

Il se demanda comment une carte marine si ancienne pouvait, si longtemps après, prévoir la position des îles avec une quelconque précision. Elles avaient certainement été déviées de leur trajet d’origine par toutes sortes de phénomènes météorologiques localisés. Ou bien le cartographe avait-il pris tout cela en compte en s’appuyant sur quelque magie scientifique héritée de l’univers de la science du reste de la galaxie ? Tout était si primitif sur Hydros que Lawler s’étonnait toujours lorsqu’un mécanisme quelconque fonctionnait, mais il savait qu’il en allait différemment sur les autres planètes habitées de l’espace où, sous la terre ferme, se trouvaient des réserves de métaux et entre lesquelles existaient des communications. Les miracles technologiques de la Terre, l’ancienne patrie perdue, s’étaient transmis à ces autres mondes. Mais il n’y avait rien de tel sur Hydros.

— Que pensez-vous de l’exactitude de cette carte ? demanda-t-il après un long silence. Compte tenu du fait qu’elle a été dressée il y a un demi-siècle et de tout ce qui s’est passé depuis.

— Avons-nous appris quoi que ce soit de nouveau sur Hydros depuis un demi-siècle ? C’est la meilleure carte dont nous disposions. Le vieux Felk était un artisan de génie et il a recueilli des renseignements auprès de tous ceux qui avaient parcouru les mers du globe. Il a comparé tous ces renseignements avec des observations faites de l’espace, d’Aurore. Sa carte est exacte, j’en donnerais ma main à couper !

Lawler suivit le mouvement des îles avec fascination. Peut-être les informations fournies par la carte étaient-elles sûres, peut-être pas ; il n’avait aucun moyen de le savoir. Jamais il n’avait compris comment il était possible à celui qui prenait la mer de regagner son port d’attache et, à plus forte raison, d’atteindre une autre île, étant donné que le navire et l’île se trouvaient tous deux en mouvement en même temps. Il faudra un de ces jours que je pose la question à Gabe Kinverson, se dit Lawler.

— Bon, dit-il, quel est votre plan ?

Delagard montra Sorve sur la carte.

— Vous voyez cette île, au sud-ouest de la nôtre, qui remonte à la limite de la bande contiguë ? C’est Velmise. Elle dérive vers le nord-est en se déplaçant plus vite que nous et elle passera tout près de Sorve dans un mois. Elle ne sera, à ce moment-là, qu’à une dizaine de jours de mer, peut-être moins. Je vais transmettre un message à celui de mes fils qui vit à Velmise et lui demander s’ils accepteraient de nous accueillir, nous tous, les soixante-dix-huit humains de Sorve.

— Et s’ils refusent ? Velmise est bougrement petite.

— Nous avons d’autres possibilités. Regardez : voici Salimil qui remonte de l’autre côté. Au moment de notre départ, elle ne sera qu’à deux semaines et demie de mer.

Lawler réfléchit à la perspective de passer deux semaines et demie en pleine mer, à bord d’un navire. Sous le soleil implacable, cinglé sans relâche par le vent desséchant, à se nourrir de poisson séché et à aller et venir dans l’espace exigu du pont, sans rien voir d’autre que l’océan, encore et toujours l’océan. Il prit la bouteille d’alcool et remplit son gobelet.

— Si Salimil ne veut pas de nous, poursuivit Delagard, nous pourrons aller à Kaggerham – ici – à Shaktan ou même à Grayvard. J’y ai de la famille et je crois que je pourrai m’arranger avec eux. Mais ce serait un voyage de huit semaines.

Huit semaines ? Lawler essaya d’imaginer ce que cela pouvait représenter.

— Il n’y aura de place nulle part pour soixante-dix-huit personnes, dit-il après un silence, surtout à si court terme. Ni à Velmise, ni à Salimil, nulle part !

— Dans ce cas, il nous faudra nous séparer, une poignée par-ci, une poignée par-là.

— Non ! lança Lawler avec véhémence.

— Pourquoi ?

— Je ne veux pas que la communauté éclate. Je veux qu’elle reste unie.

— Et si ce n’est pas possible ?

— Nous trouverons une solution. Nous ne pouvous pas emmener un groupe de personnes qui ont toujours vécu ensemble et les éparpiller sur tout l’océan. Nous formons une grande famille, Nid.

— Vraiment ? Je ne crois pas que je vois les choses ainsi.

— Eh bien, essayez !

— Bon, dit Delagard, très calmement, le front plissé par la réflexion. Je pense que nous pourrions, en dernier ressort, aborder tout simplement dans une des îles qui ne sont pas habitées par des humains et demander refuge aux Gillies qui y vivent. Cela s’est déjà fait.

— Ces Gillies sauraient que nous avons été chassés d’ici par nos propres Gillies. Et ils sauraient pourquoi.

— Ce ne serait peut-être pas un obstacle. Vous connaissez les Gillies aussi bien que moi, docteur. Une grande partie d’entre eux sont bien disposés envers nous. À leurs yeux, nous ne sommes qu’un exemple parmi d’autres des voies impénétrables de l’univers, des êtres bizarres tombés de la grande mer de l’espace et échoués par hasard sur leurs côtes. Ils savent qu’il est inutile de perdre son temps à mettre en question les voies impénétrables de l’univers. Et je suppose que c’est pour cette raison qu’ils ont consenti à nous laisser nous installer chez eux dès notre arrivée sur Hydros.

— C’est peut-être la manière dont les plus sages voient les choses, mais les autres nous détestent et ne veulent rien avoir à faire avec nous. Pourquoi diable les Gillies d’une autre île nous accueilleraient-ils alors que ceux de Sorve nous jettent à la mer et nous considèrent comme des assassins ?

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