Champagne pour tout le monde !
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #107
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01682-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Champagne pour tout le monde !». Краткое содержание книги:
Moi, quand je prête mon aimable concours à une gourgandine pour l'aider à perpétrer un vol et que ma carrière de flic d'élite ne sombre pas dans l'aventure.
Quand les bombes m'éclatent sous les claouis sans me causer la moindre égratignure.
Quand je suis expédié à perpète au fond d'un puits, d'où personne n'est jamais sorti, pas même la vérité, et que j'en remonte frais comme un gardon.
Oui, moi, quand tout ça, plus le reste m'arrive, à la fin de ces délicatesses je respire un grand coup et je m'écrie :
— Champagne pour tout le monde !
A la bonne mienne, les gars !
Elle, l’ineffable, I’archisublime. Moi, Zozo-bite-en-l’air… Petit tringleur de banlieue. Superman de sommier à l’Hôtel des Deux-Sèvres et du Cantal Réunis.
— Écoutez-moi encore un instant, poursuis-je. Faites-moi cette faveur. Suivez mon raisonnement ; pour simpliste qu’il soit, il est éloquent comme la vérité. L’Univers existe depuis des millions et des millions d’années. Des milliards d’individus y sont nés, y sont morts, y vivent présentement. Et brusquement vous vous trouvez ici, et je m’y trouve également. Je porte les yeux sur vous et mon être est galvanisé. Trouble et désir impétueux me submergent. Je n’ai plus qu’une idée : vous saisir dans mes bras et vous presser lentement contre mon cœur. Vous respirer, sentir votre chaleur se confondre avec la mienne…
Je me tais. A court. A vif. A vide. Avide. David.
Je viens de m’entendre. Je viens de me voir. Grande honte m’empare. Voudrais fuir. Mais où ? Sauter à la mer ?
— Voulez-vous que je saute à la mer pour vous prouver ma sincérité ? lui demandé-je.
Elle parle enfin. Un pipeau, sa voix. Flûte des Andes, dans les Andes, à cinq, six mille mètres, dans la paix intense des altitudes. Là-haut les hommes sont moins fumiers qu’ailleurs : la pression atmosphérique ne leur permet plus. Tu te sens libre, parmi les bêtes à filature, les gentils ongulés : guanaco, vigogne, lama. (Sais-tu seulement que la vigogne meurt de sa tonte ? et que c’est de cette particularité que résulte le prix des tissus qu’on en tire ? Préviens Bardot qu’elle commence à chialer, j’arrive avec mon manteau de phoque).
Je te disais qu’elle parlait enfin.
Et tu sais ce qu’elle ?
Me dit ?
M le maudit.
— Si vous sautiez à la mer, vous ne prouveriez que votre fantaisie.
Que j’en reste comme trois francs vingt-cinq de Franco-Russe, mon trésor.
Je m’approche.
— Une dernière question : comment réagissent les hommes, qu’ils soient chinois, argentins, ou ivoiriens, en votre présence ?
Elle a une amorce de sourire qui la rend plus ensorcelante encore.
Un haussement d’épaules en guise de réponse. Qui signifie quoi ? Que tous, ou presque, ont le même sursaut, le même embrasement ? Une jalousie à grand spectacle, inextinguible, me met de la foudre dans l’âme.
— Tu es belle, lui murmuré-je, en français. Je te le dis dans ma langue maternelle parce que c’est la seule qui m’aille. La seule qui me permette réellement de parler d’amour. Tu es belle au-delà du possible. Dieu existe, je t’ai rencontrée (ce qui est vachement plus excitant que de rencontrer M. Frossard). Si tu t’abandonnais à moi, je crois que je me surpasserais de telle sorte que nous aurions, toi et moi, l’impression de faire l’amour pour la première fois.
— Ah ! vous êtes français ! me dit-elle en français. Il me semblait bien.
CHAPITRE XVII
Vite ! Vite ! Mais où ?
Vite ! Vite ! Mais comment ?
Ah ! l’atrocité du désir inassouvissable. Tellement fort, tellement tout, qu’il faut bien l’assouvir cependant.
J’en décline. J’en titube. Elle est là, contre moi, telle que je le rêvais. Je la tiens, son corps épouse le mien. Son souffle se confond avec mon souffle. Et son désir naît, croît. Quel drôle de mot : « désir ». Comme il dit bien, et si peu.
Je regarde alentour. Le barlu vole sur les flots tranquilles. Des marins marinent. A l’intérieur, les deux niveaux sont pleins de passagers. Non, vrai, il n’existe pas un endroit où s’isoler.
Un petit mataf grand comme ça — tu vois où je mets la main ? — vient bricoler auprès de nous. N’y tenant plus, je vais à lui, roulant un bif de cent dollars autour de mon index, comme si je me proposais de lui pratiquer un toucher rectal.
— S’il existe à bord de ce bateau un endroit où je puisse passer une demi-heure seul avec cette dame, ce billet est à vous, dis-je. Vous savez comment est la vie et les fameuses choses qui en consécutent ?
Il sait.
Pas le moindre sourire. Il comprend que notre problème est grave et le respecte. Il opine (le veinard).
— Venez !
On descend au second niveau. Mais au lieu de pénétrer dans la vaste cabine collective où les voyageurs discutent, bouffent, boivent, regardent, rotent et vieillissent de concert, le matelot nous fait dévaler un bout d’escadrin supplémentaire logé derrière les toilettes et qui permet d’accéder à ce qu’il faudrait appeler la cambuse de l’équipage, sorte de réduit infâme, sans hublot, aux cloisons garnies de casiers dont les portes disloquées pendouillent sur leurs gonds, et frugalement (j’écris frugalement) meublé d’une tablette rabattante et de trois tabourets bancroches.
— Vous pouvez rester ici, dit le petitou, personne n’y vient pendant la traversée.
Je lui octroie le billet qu’il décapsule sans sourciller et il se hâte de regrimper.
Bon, me voici étourdi d’allégresse. Seuls ! Le rêve impossible s’est réalisé. Récompense absolue d’un désir impétueux. Elle est là avec moi, loin de tous les regards jaloux et jamais deux amants n’avaient connu de soir plus doux…
Ici, le bruit des turbines qui turbinent est assourdissant. On se croirait plongé dans une énorme machine à laver. Mais qu’importe, puisqu’on a l’ivresse !
Ce qu’il y a de fascinant chez cette altière, c’est la distinction. Elle semble accepter de me céder, comme on disait dans la haute bourgeoisie à scapulaires, mais sans se départir d’une dignité qui l’éloigne moralement du vif de mon sujet, lequel, pour être vif est même long commak et que va chercher un pied à coulisse si son diamètre t’intéresse, tu comprendras ensuite que ton bonhomme est monté comme un merle !
Je nourris quelques appréhensions, lesquelles t’heureusement, n’affectent pas l’optimisme tapageur de mon métronome à moustache. Me dis : Chinoise, est-ce que ça aime qu’on lui pratique le banc de belons ? Cela accepterait-elle qu’on lui joue « Au bonheur des dames » avec le pouce et l’index ? Est-on enclin à agréer la tyrolienne à dynamo ? Raffole-t-on du praliné cosaque ? Et de la pendule à vilebrequin ? Et du chausse-pied de Belleville ? Et de l’inculqué de frais ? De tout ce qui assure, enfin, la pérennité de l’amant français depuis Vercingétorix jusqu’à Michel Debré ?
Go, entreprendre Miss Fleur-de-Mes-Deux dans le style uniquement reproducteur : « — C’est à quel sujet ? — Un placement de paire de famille. — Entrez, mais faites vite, faut que j’aille chercher le petit à l’école ! » Conviens que c’est inintéressant. L’infini mis à la portée des caniches, comme dit Céline. J’ai d’autres chattes à battre en neige, dès lors. Je me dis que, dans la mesure (agraire) où cette personne se laisse manutentionner par le gars « Mes soins », c’est qu’elle est consciente de tenter une expérience sensorio-émotionno-bandante.
Ses traditions ancestrales, qu’est-ce que j’en sais ? Les Chinois ont inventé la poudre à canon et la lanterne japonaise, mais j’ignore un peu plus que tout de leur comportement amoureux. Qu’ils bouffent leurs polkas avec des baguettes ou qu’ils la calcent avec l’auriculaire, c’est pas ma tasse de thé à moi…
Fort de mon raisonnement, je commence par allonger la chérie on the table[12] après avoir placé son manteau convenablement pour lui servir d’oreiller : galanterie pas clamsée. Côté doublure, s’il vous plaît, car je suis un méticuleux congénital et si je soigne mes effets, je soigne également ceux des autres.
12
En anglais dans le texte.