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Champagne pour tout le monde !

Электронная книга - «Champagne pour tout le monde !». Краткое содержание книги:

Je vais te dire…
Moi, quand je prête mon aimable concours à une gourgandine pour l'aider à perpétrer un vol et que ma carrière de flic d'élite ne sombre pas dans l'aventure.
Quand les bombes m'éclatent sous les claouis sans me causer la moindre égratignure.
Quand je suis expédié à perpète au fond d'un puits, d'où personne n'est jamais sorti, pas même la vérité, et que j'en remonte frais comme un gardon.
Oui, moi, quand tout ça, plus le reste m'arrive, à la fin de ces délicatesses je respire un grand coup et je m'écrie :
— Champagne pour tout le monde !
A la bonne mienne, les gars !
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Nous suivons le bord de mer, dans le cœur de la vie. Des rues en pente sur la droite. C’est de plus en plus chinoisant et multicoloré. Et alors les immeubles deviennent bioutifoules, pimpants, imposants. Bank de ceci, Machin corporation de cela. Dollars, dollars ! T’entres au royaume des chiffres, du business, des denrées en accumulance. Point suraigu, névralgique, de la société de cons, de sommations, de consommation. Une cité tentaculaire de banquiers et de réfugiés. Chine, Chine, Chine, viens voir comme en Chine, on sait aimer au pays bleu… Il chantait ça, papa, dans les lointains qui tombent en couille. Chine rouge, mais surtout jaune. Et les gens d’ici paraissent ivres de vie, d’ardeur, avides de se goinfrer d’existence. S’en mettent jusque-là ! Les jeunes se fendent la tirelire (pleine de fentes) ; des couples, ça je remarque, beaucoup beaucoup, qui se tiennent par la taille et marchent un peu en crabe le long des boutiques.

L’auto passe devant un immeuble monumental, puis devant un autre. Cette fois, c’est London ! Pierre de taille ! Colonnes ! Elle vire sur un terre-plein au centre duquel gazouille une vaste pièce d’eau. Peninsula Hotel. Nous y v’là. D’autres Rolls, kif la nôtre, sont effectivement rangées au pied du perron, chauffeurs au garde-à-toi, comme pour une revue ou une photo.

Le grand blessé mercurochromé descend en ahanant, clopine dans l’escadrin. Une nuée de grooms nous pivote la lourde. Hall gigantesque, plein d’un brouhaha feutré, si je puis dire (et tu parles que je peux !). Des fauteuils, des tables basses, des guéridons (qui est-ce qui vient de dire si t’es gai ris donc ? Faudra me trouver autre chose, l’aminche, j’ai pas envie qu’on me dénature l’humour. Bientôt on va tomber dans le poil au nez que ça ne fera pas un pli, et le duc de Castries me refusera sa voix au prochain comice agricole d’Arpajon).

Une foule hétérochose se presse ici. Des représentants du monde entier : tous au pèze. Cela va du vieux Lord aux joues de bacon, tignasse de neige, veste pied-de-poule, jusqu’au maharadjah de Kelbitktâ, enturbanné, barbe ronde, qui a laissé son éléphant blanc au parking. Des hommes d’affaires (et quelles affaires, je me doute !), des pétasses grand cri, affublées comme sur les magazines de mode où on leur fait prendre ces poses archiconnes et ces mines à leur claquer la gueule, bordel de merde ! Jambe devant l’autre, ventre bombé, main à la hanche, l’autre jouant avec un tulle vaporeux, buste cambré, bouche façon « j’avale-t’y-tout-ou-j’crache-t’y-tout ? », œil exorbité comme si elles venaient de grimper avec un mataf chibré Jumbo. Putain d’elles ! Un peu de simplicité, messieurs-dames de la mode ! On voit que vous êtes de la rondelle, cette manière de ridiculiser la femme ! Défilé de mannequins ! Oh ! comme le terme est bien choisi ! Irremplaçable ! Mannequin, ça, comptes-y ! Poupée de cire, poupée de con ! Malléable. Objet ! Docile ! Des loques sur le fion, et les v’là soumises, pis que ces dames danoises posant pour les séries obscènes, archipafées : bâbord tribord, proue et poupe, et croupe, gloutonneuses d’enzymes-la-boum-lala. Je préfère les suceuses de chibre des clichés artistiques à ces maniérées intolérables, défigurées par les photographes de vache-mode-en-daube. Et puis voilà, mais ça ne concerne que moi et le reste de l’humanité, les autres, on s’en fout !

On reste à l’écart, derrière une importante colonne de marbre, biscotte nos deux Ritals sont à la réception. Des pingouins saboulés de noir, mi-angliches, mi-asiates, s’occupent d’eux. Formalité classique : fiche, fafs, clé, convoyeur. Ils disparaissent en direction des ascenseurs. A nous deux.

Je viens demander « nos » chambres. A quels noms ? Santantonio et Bérurier ? Aucune trace de réservation. J’égosille : « Quoi ! Comment ! On a balancé des télex ! Alors, c’est ainsi qu’il fonctionne, l’illustre Peninsula ? »

On me prie de me calmer, que ça va s’arranger. Deux piaules, on les a pour nous.

Le poilant c’est qu’ils ne sont pas surpris de me voir vêtu en rabbin et de lire fonctionnaire sur mon passeport. Mes bagages ? Je ressors (à boudin) l’histoire de l’enregistrement foireux. On me promet de me les monter dès qu’ils arriveront. Nous voici drivés jusqu’au cinquième. Une fois dans les chambres, un vieux larbin chinois, dont l’épouse n’a pas besoin de faire des économies pour disposer d’un magot, nous prend en charge. La classe ! La manne des Indes ! Corbeille de fruits, boîte de chocolats, boutanche de whisky, savonnettes de chez Hermès, brochures artistiques reliées sur Hong Kong. Bérurier, sonné par le changement de fuselage horaire (dit-il), boit vingt centilitres de scotch et s’éclaffe comme une bouse de vache sur son plumard. Pour ce qui concerne ma part, je me grouille de redescendre dans le hall afin d’y attendre le couple.

* * *

Il est duraille de ne pas sombrer dans la barbe à papa quand tu viens de franchir (à contre-soleil) une pareille distance.

Je dodeline derrière la revue que je tiens pour me donner une contenance (de quatre-vingts livres environ) et parfois, ma pauvre tête de penseur (de cheval et non de Rodin) fait une brusque plongée qui m’éveille. N’est-il pas prématuré de guetter le couple qui doit être aussi harassé que je le suis ?

Eh ben non, mon trésor. Non, non, non, et non.

Puisque les voici.

Ils se sont changés. Portent du léger, du pimpant. N’ont pas l’air fatigués. Le mec balance sa clé à bout de doigt et la dépose sur la tablette de la conciergerie.

Et c’est à cet instant que le haut-facteur déclame :

— Le commissaire San-Antonio est demandé à la réception !

CHAPITRE XV

Tu as beau avoir une âme trempée à Tolède, des nerfs d’acier, des réflexes prompts, un self-control à toute épreuve (attends, que pourrais-je te déballer encore comme lieux communs ? non, je ne vois plus rien, fais avec ça), tu débouches (à oreille) dans des moments insolents, qui te prennent de bref. Je pense avec la rapidité que changent les chiffres sur une pendule électronique. Avant tout, cette fortuité dingue : moi, appelé juste au moment où le couple tant attendu se présente dans le hall ! Et la big question (en anglais : the big question) : qui peut bien me demander ? Béru ?

Oui, lui seul. Pourquoi prend-il un tel risque ? Parce qu’il y a urgerie ?

Je visionne la môme Museo et son mec. Ils n’ont pas bronché. Sans doute cet appel est-il passé au-dessus de leurs trompes d’Eustache ? Je les vois qui changent du flouze à la caisse, sans se donner la peine d’une œillée derrière eux.

Continuant de gamberger à la vitesse de la lumière (dont je suis moi-même l’un des représentants les plus incontestables, merci, sucez-moi vite, j’ai un train à prendre), je me dis, à torrent, les choses suivantes que je te livre en vrac pour t’épargner les frais d’emballage : Si je réponds à l’appel, le couple va filer sans l’être par moi[11] et, pour lors, ce long voyage risquera de ne pas porter ses tu sais quoi ? Fruits ! Mais parapluie, pardon : mais par ailleurs, si je ne réponds pas, l’appel sera répété et, pour lors, risquera d’attirer l’attention de mes clients. II ferait quoi, Zorro, devant un pareil dilemme ? Et James Bond ? Et le prince Rainier ? Et le général Bigeard ? Et ta sœur ? Hein ? Selon toi, comment réagiraient ces illustres personnages ? Quelle alternative emporterait leur décision ? Imagine-toi M. Canuet dans mon cas : homme sagace, fugace, qu’agace ? Ou bien, j’sais pas : le roi Boudin de belle gigue ! Hein, il déciderait quoi, le roi des Beiges ? Ce serait intéressant de leur demander ; ça t’ennuie de leur passer un coup de turlu de ma part ?

Ne pas perdre les pédales. Je vois ma Félicie, quand elle foire une mayonnaise. Tu crois qu’elle essaie de la rattraper au virage, en rajoutant ceci cela, plus un poil de truc ?

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Astuce du premier degré, lequel, chez moi, est également le dernier.

San.-A.
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