L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Bérudan partit d'un franc éclat de rire.
— Sans contestation, Sire, c'est bien dame Guillemette, la lingère. Et j'espère que cette fois vous me ferez l'honneur de partager mon avis. Elle a septante ans passés, plus une seule dent, un menton qui rejoint son nez, des yeux chassieux et qui louchent à vous en faire prendre le torticolis. Je ne parle pas, par charité, des verrues à aigrettes qui constellent son visage, non plus que de son déhanchement, de sa boiterie et de la platitude de son corsage…
Le roi riait, pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Clémence.
— Par les cornes de Satan, pouffait-il, que voilà une description véridique de la personne !
Puis, sonnant ses serviteurs, il leur enjoignit d'aller quérir dame Guillemette, ce qu'ils firent avec étonnement mais célérité.
Un instant plus tard, la lingère était là, en chemise de nuit, toute chaude du lit qu'elle venait de quitter, avec ses cheveux gris en pluie devant son visage de sorcière et ses pieds semblables à des sarments de vieille vigne nus dans des chausses trop grandes.
Louis X regarda la vieille avec délectation.
— Mon bon Bérudan, dit-il enfin, un bon barbier doit toujours se mettre autant qu'il le peut à l'unisson de son maître. Tandis que je vais connaître la Reine, toi, tu vas besogner à ma santé dame Guillemette que voilà.
Bérudan devint d'un beau vert et, effaré, se mit à balbutier.
— Mais, Sire, comment le pourrais-je !
— Je veux que tu prennes plaisir avec elle, trancha le roi. Mes serviteurs demeureront avec vous et m'en rendront témoignage. Si tu faisais preuve de carence, eh bien, je te ferais à l'aube accrocher au gibet de Montfaucon puisqu'aussi bien la pendaison rend une virilité posthume à ceux qui l'avaient perdue !
Et, sur un geste péremptoire, il abandonna son malheureux barbier aux mains de la vieille Guillemette qui gloussait d'aise, ravie de cette aubaine nocturne.
Quand les coqs champenois se mirent à chanter pour annoncer le jour nouveau, le roi abandonna sa nouvelle reine après avoir vécu en sa compagnie des instants d'une grande qualité qui le remirent de ses désillusions.
Il se rendit tout droit dans la chambre où Bérudan et Guillemette venaient de passer la nuit.
— Et alors ? lança le Hutin. Quelles nouvelles de cette lune de miel me donnez-vous, ami Bérudan !
Le barbier cligna de l'œil et hocha la tête avec modestie tandis que le plus vieux des serviteurs-témoins annonçait :
— Sire, non seulement votre barbier a pu honorer dame Guillemette, mais de plus il l'a fait par trois fois et c'est sur les supplications de la Dame qu'il ne l'honora point une quatrième !
Le Hutin regarda la mine épanouie de Bérudan, puis celle plus que défaite — mais ô combien apaisée — de la vieille, et il partit d'un franc rire.
— Sire, murmura Béru, j'ai une requête à vous présenter.
— Dis toujours, nous aviserons…
— Je voudrais que vous m'accordiez la main de dame Guillemette, car vous avez grandement raison, Sire : je n'ai pas les goûts de tout le monde !