San-Antonio polka
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #52
- Год: 1969
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio polka». Краткое содержание книги:
Et c'est peut-être grâce à ces qualités que j'ai pu éviter une catastrophe nationale !
Comment ?
Entrez dans la danse et vous le saurez. Et en avant la polka de San-Antonio.
Il a la fièvre : sa blessure au prose, sûrement.
— D'accord, tu peux le prendre, consens-je, mais mets ta serviette autour de ton cou, sinon tu tacherais ta cravate neuve.
Béru se précipite sur le sable, il le saisit à poignées et s'en cloque une demi-livre dans la bouche. Il mastique un moment et murmure :
— C'est dommage, il est trop salé !
L'homme blanc éclate de rire.
— J'ai l'impression que nous tombons bien, n'est-ce pas ? Je vous croyais morts, commissaire !
Je ne réponds rien. Les gars n'ont aucun mal à nous charger dans leur camion. Notre délabrement est si visible qu'ils ne prennent Même pas la peine de nous attacher.
Pendant sa manœuvre, l'homme blanc donne des ordres à ses sbires. Ceux-ci arrosent la jeep avec l’essence d'un jerrican et y mettent le feu. puis tout le monde reprend place à bord et gnous rejoignons notre base. Je suis désabusé. Tout esprit combatif m'a quitté. La tête me fait mal et il me semble qu'un rémouleur a installé sa meule dans l'arrière-salle de mon usine à fabriquer les idées géniales.
CHAPITRE XII
Il vous est certainement arrivé, à la campagne, de franchir des clôtures barbelées, pas vrai ? Vous savez par conséquent ce que c'est de se piquer les paumes des mains, les cuisses, le dargeotin et les modulateurs de fréquence ; d'abandonner aux griffes perfides un lambeau de son costar ou une pincée de sas crins. Figurez-vous que mes foies blancs, lorsqu'ils nous ont ramenés à la casbah, ne trouvent rien de mieux pour nous faire tenir tranquilles que de nous entortiller dans des barbelés. Sans serrer, je vous le concède, mais tout de même c'est une sensation drôlement désagréable, croyez-moi (et si vous ne me croyez allez vous faire considérer par les Grecs). Seul détail réconfortant, la môme Eva nous apporte à becqueter. C'est pas le menu gastronomique du Coq Hardier, puisqu'il s'agit d'une assiettée de riz cuit à l'eau, mais dans l'état où nous sommes, cette céréale est la bienvenue. L'inconvénient majeur des barbelés est de nous forcer à rester debout car, à moins d'être le fakir Bâ-Louch-Chî, on ne peut guère se coucher sur des fils barbelés. Béru se chante la Marseillaise pour justifier sa position verticale. Mais il ne connaît qu'un couplet et, l'ayant chanté quatorze fois d'affilée, il finit par la boucler. Maintenant, le gardien qui nous surveille ne se tient plus dans le couloir, mais dans notre geôle. Il est à califourchon sur une chaise avec une mitraillette accrochée au dossier du siège et il fume en nous considérant d'un œil blanc. Cette fois je me dis qu'il faudrait un peu plus qu'un miracle pour nous sortir de ce pétrin. Ce qui me trouble, c'est qu'on ne nous ait pas encore interrogés. Pourquoi diantre ces gens-là nous ont-ils amenés si loin de France ? Espèrent-ils encore que nous leur dirons ce qu'est devenu Lormont ? Et, au fait, qu'est devenu Lormont ? Si je comprends bien, il y a deux bandes sur le coup. Celle de Quincy, et celle de l'homme blanc. Eva m'avait l'air de briffer à deux râteliers. Toujours est-il qu'elle a pigeonné Quincy en nous délivrant et en s'assurant de nos personnes. A moins que, ce faisant, elle n'ait obéi à un plan d'action savamment préétabli. Mystère et boule Bégume. Comme Riri se lamente, je lui dis de garder confiance.
— Vois-tu, gars, ces braves gens l'avaient belle pour nous scrafer. S'ils nous détiennent prisonniers, c'est que nous représentons pour eux un certain intérêt, à défaut d'un intérêt certain. Or on ne détruit pas les choses de valeur.
Il hausse les épaules, ce qui lui cause des démêlés avec ses barbelés personnels.
— Tout ce que vous pouvez me bonnir, M'sieur le commissaire, c'est poudre aux chasses et compagnie.
Il y a üne belle heure que nous voilà déguisés en porcs-épies (et colégramme) lorsque notre chère Eva réapparaît. Elle s'est déguisée en Diane chasseresse pour safari et porte des culottes de cheval blanches et une chemisette à grille largement ouverte sur le devant. Les mains aux poches elle se campe sur ses deux jambes de pouliche musclée et me regarde en souriant. Ses cheveux blonds sont noués derrière sa petite tête de linotte par un ruban de velours noir. Vous verriez ce sujet, mes chers camarades, vous contracteriez illico un engagement dans la Légion ou une crise d'urticaire.
— Ce que vous êtes bath, mon cœur, je lui distille. Etre martyrisé par vous devient un plaisir.
— Vraiment ? fait la môme, en s'approchant du ravissant San-Antonio, l'homme qui ferait vibrer une plaque de blindage.
Elle me regarde à bout portant et murmure :
— En martyr, vous n'êtes pas mal non plus.
— Merci. Mais je préférerais être déguisé en séraphin.
La gosse approche sa bouche de la mienne. et, aussi vrai que je vous le bonnis, par-dessus mes barbeloches se met à me galocher férocement.
— Après vous s'il en reste ! clame Bérurier.
Le baiser se prolonge, et je sens que je me prolonge aussi dans mon hémisphère sud.
— Dites, darling, je balbutie lorsqu'elle refait surface because l'oxygène fait partie des nécessités humaines, vous devriez penser que je suis entortillé dans du barbelé de bas en haut ; avec une séance pareille je risque de ne pas laisser que des lambeaux de mon cœur à ces ronces d'acier.
Ça l'amuse et elle remet la table séance tenante. Cette fois c'est le grand service, avec couverts à poisson, verre à eau et cuillère à dessert.
— Si t'es pas son genre, grogne l'Enflure, c'est vachement bien imité.
M'est avis que c'est pas du Hurma, les gars. Cette petite squaw appartient à la tribu des Langues agiles. Elle a les labiales aspirantes et les quenottes fourbies au Super Colgate !
Moi, je ne regrette que deux choses : de ne pas avoir connu plus tôt l'Ecole Universelle, et d'être entortillé dans des ronces artificielles. Si j'avais la liberté de mouvement, vous voudriez voir ce travail d'équipe ! Ce serait dare-dare l'embrocation Moldave, façon pivert survolté ; le Magic-City avec entrée libre ; Pearl à rebours ! Mais soudain je déchante. Cette fille de Garches vient de me mordre la lèvre inférieure, jusqu'au sang. La douleur me ramène sur terre sans escale. J'ai la fusée Mercury qui décélère ; mes fils ! Si mon parachute à condensation émollente fiscale ne s'ouvre pas, je vais me fracasser la capsule !
— Espèce de petite panthère ! fais-je en promenant ma menteuse Caressante sur la lèvre endommagée.
Eva part d'un rire hystéro. Je serais sa maman, je prendrais un rancart pour elle chez un neurologue patenté, et je ferais fissa car, sans vouloir formuler un diagnostic définitif à son sujet, il se pourrait que sa courroie de transmission patine un peu.
— Et maintenant, on va vous donner un peu de compagnie ! fait-elle.
Elle retourne à la lourde. Je ne puis m'empêcher d'admirer sa démarche ondulante, sa silhouette souple et provocante, la chute de reins de cette souris vaut celle du Zambèze, je vous le dis. Des frangines commak tarnbè… zerais, des treize à la douzaine, ze vous le zure !
Elle fait claquer ses doigts et deux gars bruns s'annoncent en coltinant un troisième gars qu'ils jettent sans ménagement sur le plancher. L'arrivant porte des pansements rouges de sang autour de la tête, aux mains et aux pinceaux.
Le mot pansement est excessif. Il s'agit en fait de vieilles serviettes grossièrement nouées afin de stopper des hémorragies. La figure de l'arrivant est marbrée de bleus. Il gît sur le plancher, immobile. Son souffle est saccadé ; de brèves convulsions parcourent son corps.
J'ai idée qu'il s'est payé une séance à grand spectacle, avec nerf de boeuf, moulin à viande, fouet à neuf queues et gros sel.
— Faites bon ménage ! plaisante cette garce d'Eva en s'en allant.
— Qu'est-ce que c'est que ce julot ? demande Bérurier.
— I don't know, boy.