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San-Antonio polka

Электронная книга - «San-Antonio polka». Краткое содержание книги:

Sans vouloir me vanter, vous savez bien que je suis suffisamment sublime pour ne pas avoir besoin de me faire mousser, je suis un skieur de first quality. Selon Béru, je possède à fond la technique du « sale-homme géant », du « Juliénas léger » et du « rapage contrôlé ».
Et c'est peut-être grâce à ces qualités que j'ai pu éviter une catastrophe nationale !
Comment ?
Entrez dans la danse et vous le saurez. Et en avant la polka de San-Antonio.
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— J'ai l'impression que ç'a été sa fête, murmure Belloise. Ce qu'ils ont eu à lui dire ils- le lui ont pas dit avec des fleurs !

Je regarde fixement l'arrivant. Il me semble que je l'ai vu quelque part. Et puis, soudain, comme il remue et me dévoile sa pauvre figure, je pige : c'est Lormont !

Vous avez bien lu ! Lormont en chair (à pâté) et en os (fêlés). Du coup, je ne pige plus. Ce qui m'échappe, c'est moins les raisons de sa présence ici que les raisons de la mienne. Puisque ces bandits ont Lormont, qu'attendent-ils de moi, de nous ?

Vous avez une idée, vous qui en manquez tellement ? Non, bien sûr ! Le jour où vous aurez pour trois balles d'esprit de déduction, il faudra pavoiser. Seulement c'est pas demain la veille, hein, les zenfants ? Vous autres, dès qu'une pensée vous traverse le cerveau, vous affichez complet. Et encore faut voir quelle pensée ! De l'article en solde, of course ! De la bimbeloterie avariée, sans phosphore et sans forme précise. Vos idées — vous ne vous faites pas d'illusions, j'espère ? — sont aussi infourgables qu'une bagnole américaine. Vous les donneriez que personne n'en voudrait. Pas même un chiffonnier, pas même la ramasseuse de lots d'une kermesse paroissiale. Même à la poubelle elles ne font pas sérieux et les boueux sont obligés de se cogner un coup de vulnéraire pour les coltiner jusqu'aux immondices. Vous avez du papier tue-mouches à la place du cervelet, voilà la vérité. Ça poisse à l'intérieur et les saloperies de la vie courante s'y agglutinent. Tous les slogans, les lieux communs, les déclarations, les bobards, se collent à votre matière grise comme du chewing-gum à des fausses dents.

Votre tronche ressemble à la poche d'un aspirateur après usage. C'est bourré de « Je vous ai compris », de « Je t'aime chéri », de « Jeanmineureries », de « journalparleries », de T.V., d'U.M.D.P., d'U.N.R., de P.M.U., de P.G., de C.C.P., de S.R., de O.K., de K.O., de S.O.S. et surtout, oui, surtout : de C.O.N. (avec un S au pluriel).

Je ne pige pas ce qu'on me veut. Jusqu'alors on m'a demandé Lormont. Or, ils ont Lormont.

Un silence long comme une lance de jouteur s'établit. François Lormont se dresse sur un coude, tant bien que mal car il a les poignets et les chevilles attachés.

— Alors, monsieur Lormont, fais-je ; vous êtes donc des nôtres à cette garden-party ?

— Comment ! C'est lui Lormont ! bée Béru. Depuis le temps qu'on nous cause de lui ! On va peut-être nous ficher la paix maintenant.

— Que vous est-il arrivé ? je questionne.

L'industriel émet une faible plainte, ce qui est navrant de la part d'un homme qui a émis tant de chèques provisionnés.

— Ils m'ont assommé dans votre chambre de Courchevel. Ils s'étaient fait passer pour des inspecteurs.

— Et ensuite ?

— Le voyage a été long. On m'a amené ici et torturé. Les misérables ! Vous ne pouvez pas savoir les sévices qu'ils m'ont infligés ! Mon corps n'est plus qu'une plaie !

— Pourquoi ces mauvais traitements ? demandé-je.

Il ne répond pas.

— Pour vous faire cracher du fric ?

— Non, pas exactement.

— Alors ?

Re-silence. Lormont est au bord de l'évanouissement.

— Vous n'avez pas confiance en moi ? insisté-je.

Il paraît hésiter. Il est vrai qu'après un tel coup foireux il est en droit de mettre mon génie policier en doute. Mais quoi ! je peux me tromper, je ne suis pas Jean XXIII. Dans toutes les carrières on trouve des échecs.

— Au point où j'en suis, murmure-t-il, ça n'a plus guère d'importance.

Il respire doucement et j'en déduis qu'il doit avoir pas mal de côtes cassées.

— Vous savez que mes usines ont un laboratoire de recherches nucléaires ?

Tiens, pourquoi le Vieux ne m'en a-t-il pas parlé ?

— Un groupe d'ingénieurs de l'Etat travaillaient chez moi sous la direction du professeur Von Klafouti à la création d'une arme thermostatique-mixte à virevolteur cadastral électronique dont la force destructrice est terrible !

— Et c'est à cette arme qu'en ont tous ces foies blancs ?

— Naturellement.

— C'est à cause des plans qu'ils vous ont torturé ?

— Oui. Ils ont été tirés en deux exemplaires. L'un est au ministère de la Guerre, l'autre en possession de mon groupe.

Il est prostré soudain. Pour qui connaît l'âme humaine (et je suis de ceux-là), son attitude donne à réfléchir.

— Monsieur Lormont, appelé-je, vous avez parlé, n'est-ce pas ?

— Hélas !

— Si bien qu'ils vont pouvoir se procurer les plans ?

— Ils les ont !

La colère béruréenne vient faire diversion.

— Espèce de vieille guenille ! Visez-moi un peu c't' tronche d'avachi ! Dire qu'on fout des secrets d'Etat dans les mains de cervelles comme ça !

— J'aurais voulu vous y voir ! proteste misérablement François Lormont.

— Moi z'aussi, mon pote, j'eusse voulu que vous m'y vissiez ! riposte la Globule. Question courage, vous pourriez prendre des cours du soir z'avec moi ! Ah ! ces grossiums, ronchonne le démocratique Béru, une fourmi qu'éternue et ils grimpent sur la. table en appelant leur vioque ! Pas besoin de leur z'y faire prendre de la Quintonine pour qu'ils se mettent à table !

— Ecrase, Gros ! intimé-je. Ainsi ; monsieur Lormont, l'invention est entre leurs mains sales ?

— Je suis déshonoré à tout jamais ! S'ils me relâchent un jour je me logerai une balle dans la tête !

— Avec une cuillère à café, je vois ça d'ici ! ricane le Formidable. Môssieur a bien le genre à se faire le rat-qui-rit avec un couteau à lame de caoutchouc mousse !

Je vais pour questionner Lormont, mais des pas dans le couloir, m'incitent au silence. Le pauvre bonhomme pleure de souffrance et de honte sous les yeux injectés de réprobation de Bérurier le Valeureux.

Belloise, lui, s'en tamponne le coquillard avec une patte d'astrakan.

La porte s'ouvre sur une escouade. Il y a là Eva, l'homme en blanc et trois autres mercenaires armés de revolvers et de tenailles.

— Délivrez-le ! ordonne Eva en me montrant.

Les mercenaires se mettent à trancher le barbelé qui m'encoconne. C'est vite réglé.

— Emmenez-le au salon ! fait l'homme en blanc.

Le Gros se fout à beugler.

— Et nous alors ? On commence à attraper de la pénicilline sous les radis à force de se tenir debout dans votre combinaison de protection pour pucelle.

— Soyez sage ! lui gazouille Eva.

— Faites-nous au moins apporter à becqueter ; votre bol de riz, c'était comme qui dirait pour ainsi dire un grain de millet dans la gueule d'un âne !

— Je ne vous le fais pas dire ! plaisante Eva.

Et elle referme la porte sur les protestations de ce pauvre Gravos, lequel doit rêver tout éveillé à des homards Thermidor et à des poulardes demi-deuil.

La cohorte m'emmène dans une vaste pièce agréable, au plafond de laquelle un immense ventilateur zonzonne en remuant l'air de ses pales. Les zigs qui me coltinent me jettent sur le tapis, sans égard pour ma personnalité.

— Dites donc, les gars, je proteste, vous n'avez donc pas lu l'étiquette ? Je suis marqué « Fragile ». Ma chère Eva, poursuis-je, si un jour je monte une entreprise de déménagements, je n'embaucherai certes pas vos zigotos, ils couleraient ma boîte !

— Fermez votre damné bec, dit rudement le type en blanc, et ouvrez plutôt vos oreilles !

— Avant d'ouvrir quoi que ce soit, commencez par me détacher. Je suis tellement ankylosé qu'à côté de moi, la statue d'Abraham Lincoln a l'air de remporter le décathlon des Jeux olympiques !

— Détachez-le, Stevens, conseille la jolie amazone.

— Merci, chérie, je susurre, je savais bien que votre petit cœur était plus tendre que de la laitue d'avril.

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