Arthur et la guerre des deux mondes
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
- Ah ! C'est pas trop tôt ! souffle Darkos qui commençait à désespérer.
Mais est-ce vraiment son fils que Maltazard cherche ainsi du regard, ou a-t-il déjà compris que Darkos est probablement à la poursuite d'Arthur et Sélénia qui, eux aussi, doivent rechercher la fiole ? Maltazard s'avance doucement vers l'étagère et scrute le trou béant laissé par le livre manquant. Arthur et Sélénia voient cette menace se rapprocher et reculent à l'intérieur pour se cacher un peu dans l'ombre. Mais le maître des ténèbres a le regard perçant et il est rare qu'une ombre lui résiste. Maltazard plisse les yeux pour mieux voir et finit par repérer nos deux héros.
- Oh non ! s'exclame Bétamèche, qui assiste à cette tragédie.
- Oh yes ! exulte Darkos, qui commence à danser de joie.
Sélénia s'est mise en position de combat, l'épée magique en avant, mais malheureusement, il faudrait être Merlin l'Enchanteur pour se sortir d'une situation aussi mal engagée. M arbore un sourire diabolique et s'apprête à tendre la main quand, brusquement, Archibald vient remettre le livre numéro sept à sa place, entraînant au passage nos deux héros qui se retrouvent écrabouillés contre le mur du fond.
- Tu as eu ce que tu voulais, Maltazard. Maintenant je te demande de quitter cette maison comme tu me l'as promis !
M le maudit aimerait bien lui dire que son petit-fils est dans son dos, coincé entre deux livres, mais Archibald serait alors capable de tenter l'impossible pour le sauver. Il préfère donc ne rien dire et filer avec son trésor. Il sera toujours temps de revenir plus tard, avec sa nouvelle armée, et d'anéantir cette charmante famille. Et puis de toute façon, le combat serait aujourd'hui bien trop inégal, ce qui réduirait considérablement son plaisir. Maltazard fait donc demi-tour et s'éloigne vers la sortie.
- Papa ?! murmure Darkos, un bras tendu vers son père qui l'abandonne une nouvelle fois.
Il aimerait bien hurler, mais aucun son ne sort de sa bouche, comme s'il venait de comprendre que cet effort serait vain.
Archibald quitte à son tour la pièce en prenant soin de fermer la porte à clef.
Chapitre 11
Darkos est abasourdi. Ses yeux s'embuent de larmes. Il ne peut plus bouger, tellement la détresse le paralyse. Bétamèche se penche du haut de la nacelle et aperçoit Darkos, désemparé sur son balcon, comme Juliette après le départ de Roméo.
Arthur et Sélénia ont trouvé un passage, au fond de l'étagère et ils sautent sur la pile de livres qui est posée sur le bureau.
- Attention ! Là, dans le wagon ! hurle Bétamèche en croyant chuchoter.
Darkos a entendu la menace, mais il est bien trop anéanti pour réagir. Arthur passe doucement la tête derrière le wagon et aperçoit le pauvre Darkos.
- Méfie-toi, il est encore plus perfide que son père ! chuchote la princesse.
Mais la détresse du guerrier déchu est trop visible, Arthur le sent dans son cœur, et il prend le risque de s'approcher de lui.
- Ecoute Darkos, je sais ce que tu ressens et... je comprends ta douleur.
Le guerrier lève un peu les yeux. Même l'envie de se battre semble l'avoir quitté.
- Moi non plus, mon père n'est pas souvent là. Il est à la ville pour chercher du travail et il m'a laissé là tout l'été, avec mes grands-parents. Ça me fait de la peine, mais je sais qu'au fond de lui, il m'aime quand même, dit gentiment Arthur, qui tente d'expliquer comme il peut l'inexplicable.
- Mais de temps en temps... il est là ? demande Darkos d'une voix à peine audible.
Arthur hésite, mais il se doit de lui dire la vérité.
- Oui, de temps en temps.
Darkos soupire un grand coup et finit par s'asseoir au bord du balcon.
- C'est ça mon problème. Mon père, lui, n'est jamais là ! Même pas de temps en temps. Jamais de mot gentil, jamais de câlin, jamais ne serait-ce qu'un regard.
- Vous vous parlez bien un peu, tout de même ? s'inquiète Arthur.
- Il ne me parle que pour me gronder ou me donner des ordres, quand c'est pas les deux à la fois ! Je me demande s'il m'a seulement jamais aimé ! finit par confesser Darkos, comme une phrase interdite qu'il aurait cachée au fond de lui depuis des années.
Arthur est surpris par sa franchise. Même son meilleur ami d'école ne s'est jamais confié de la sorte.
- Je ne voudrais pas interrompre vos petits bavardages entre garçons, mais on a une mission à finir ! intervient Sélénia, qui fait son apparition, toujours aussi sûre d'elle.
Darkos semble désemparé. Il aurait probablement aimé prolonger cette discussion afin d'y voir plus clair.
- Darkos, je pense que la meilleure chose à faire, c'est de lui poser la question ! dit Arthur avec sincérité.
- Comment ça ? répond Darkos qui n'arrive plus à s'y retrouver.
- Tu vas voir ton père, tu te mets devant lui et tu lui demandes franchement : « Papa, est-ce que tu m'aimes ? »
- Et après ? demande Darkos qui attend la réponse.
- Après... après je ne sais pas, mais quelle que soit sa réponse, tu seras libéré du poids de cette question !
- Je suis pas bien sûr d'avoir compris la phrase, répond Darkos avec une honnêteté déconcertante.
C'est vrai que ses capacités mentales sont limitées et que pour qu'il comprenne il faudrait sûrement qu'il loue quelques neurones.
- On va te laisser tranquille, comme ça t'auras tout le temps d'y réfléchir ! coupe Sélénia en entraînant Arthur par le bras.
Darkos les regarde s'éloigner sans pouvoir réagir.
- Je... je peux venir avec vous ? demande-t-il, comme si la phrase lui avait échappé.
Arthur est ému par cette demande aussi touchante que surprenante. Qui aurait pu dire, il y a encore quelques heures, que Darkos afficherait aussi ouvertement une sensibilité presque enfantine ? Sûrement pas Sélénia.
- Darkos, tout ça est très gentil, mais on ne change pas de camp comme ça, aussi facilement. Cela fait des lunes que tu persécutes les Minimoys et même si mon peuple a le sens de la charité, il lui faudra un peu de temps pour pardonner au bourreau qui l'a décimé !
Darkos baisse doucement la tête.
- Je comprends et... je suis désolé, répond-il, avec sincérité.
Sélénia est de plus en plus embarrassée et contient de moins en moins son émotion.
- Une période de transition me paraît donc nécessaire. Règle tes problèmes avec ton père et je te promets de faire étudier ton cas par le conseil !
- C'est vrai ?! se réjouit Darkos, comme un enfant à qui on promet la lune.
- Parole de princesse !
Le guerrier se sent tout chose, il est envahi de picotements agréables qui le chatouillent un peu partout et il ne parvient plus à cesser de sourire ni à empêcher ses larmes de couler. Darkos panique un peu devant cette chose qui le submerge et il appellerait bien un docteur s'il en existait un à sa taille.
En réalité, il n'a pas besoin d'un médecin car le diagnostic est facile à établir. Darkos éprouve une émotion violente due à un manque d'amour chronique. L'ordonnance est tout aussi facile à prescrire. Darkos doit s'ouvrir aux autres s'il veut que les autres s'ouvrent à lui. Cette vérité est immuable, ce qui lui a valu le privilège d'être couchée dans le grand livre, à la page cent onze.