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Arthur et la guerre des deux mondes

Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:

Le pire est à craindre car M le maudit a profité de l'ouverture du rayon de lune pour grandir et passer dans l'autre monde, celui des humains. L'ignoble créature mesure maintenant deux mètres quarante et elle est bien décidée à conquérir ce nouveau monde.
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
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Maltazard a trop secoué la bouteille.

Armand lui met gentiment une compresse froide sur la tête, comme s'il mettait une couronne sur une tombe.

- Repose-toi, ma chérie ! dit son mari en l'obligeant à s'allonger à nouveau.

Rose sourit et se laisse dorloter.

- Où est Arthur ? demande-t-elle alors en toute innocence.

L'avoir à ses côtés, dans un moment aussi délicieux, la rapprocherait davantage du paradis.

- Il... il est dans sa chambre ! balbutie le père, aussi convaincant qu'un arracheur de dents.

- Dis-lui qu'il fasse bien ses devoirs et qu'il vienne me les montrer ! répond la mère, totalement déconnectée de la réalité.

Armand en est abasourdi.

- Euh... bien sûr ! J'y vais de ce pas ! dit-il en quittant la maison pour le jardin, comme si c'était entre deux pommiers qu'il allait trouver la chambre de son fils.

Comme d'habitude, le hasard fait bien les choses. Armand a eu raison d'aller dans le jardin pour y chercher son fils, car il passe à quelques centimètres de lui.

Malheureusement pour Arthur, les centimètres se comptent en kilomètres au pays des Minimoys et il ne perd même pas son temps à appeler son père, tant il sait que ses cris ne seront pas entendus. Arthur est au milieu d'un coquelicot et agite les pistils de toutes ses forces.

- T'es sûre que ça marche ? demande l'enfant à Sélénia, assise sur le pétale supérieur.

- Ça marche à tous les coups ! assure la jeune fille qui guette l'horizon, comme un aigle en haut d'une cime.

Arthur continue de secouer ces pistils comme de vulgaires pruniers. Bétamèche apparaît, les bras chargés d'œufs de libellule. Il s'assied à côté de sa sœur et commence à dévorer.

- T'as déjà vu un lapin résister à une carotte ? demande- t-il à Arthur.

-... Non.

- Un poussin résister à un asticot ?

- Non.

- Une chenille résister à une feuille de chou ?

- Non.

- Un gamoul résister à des criquets-croquants ?

- Euh... vraiment non !

- Eh bien tu ne verras jamais une abeille résister à une belle fleur comme celle-ci ! conclut Bétamèche avant de se couper lui-même la parole en se remplissant la bouche de friandises.

La princesse sourit légèrement, non pas à la blague de son frère, mais parce qu'elle vient de repérer ce qu'elle attendait depuis cinq minutes.

L'abeille vient droit sur la fleur et ralentit comme un gros hélicoptère en phase d'approche. Les battements de ses ailes sont surpuissants et Arthur a bien du mal à résister à ce souffle violent. Il se tient aux étamines comme il peut.

L'abeille fait du surplace dans les airs et commence son opération de pompage. Sélénia lui saute alors sur le dos et s'agrippe aussitôt d'une main aux poils que l'animal a sur le cou. Bétamèche finit sa dernière bouchée et imite sa sœur.

- Qu'est-ce que je fais maintenant ?! hurle l'enfant pour couvrir le bruit infernal de cette usine volante.

- Quand elle sera pleine, elle va descendre un peu avant de prendre son virage ! C'est à ce moment qu'il faudra sauter ! explique Sélénia en haussant la voix.

Arthur dit bêtement « oui » de la tête alors que tout son corps a envie de crier « non ». Mais l'abeille a déjà fini sa mission. L'énorme pompe se retire et l'animal s'affaisse légèrement, comme l'a prévu Sélénia.

- Maintenant !! lui hurle la princesse.

Il y a des fois où il ne vaut mieux pas réfléchir si l'on veut faire quelque chose, surtout quand c'est une bêtise. Arthur remplit ses poumons d'air, pousse un grand cri pour se donner du courage et part en courant en direction du vide. Imaginez- vous en train de courir et de sauter d'une falaise pour rattraper un hélicoptère, et vous serez proche de la vérité.

Arthur atterrit sur le duvet moelleux de l'abeille. Moelleux mais glissant, et le voilà qui s'apprête déjà à rejoindre le plancher des vaches. Heureusement, Sélénia le rattrape de justesse par le col et l'aide à se mettre derrière elle. Arthur se serre contre elle de toutes ses forces, comme un naufragé agripperait un morceau de bois.

- Eh ?! Ne profite pas de la situation pour mettre tes pattes partout ! s'exclame la princesse en lui tapant sur la main.

- Excuse-moi, je... je ne voulais pas ! assure le petit garçon, trop jeune et trop respectueux pour avoir ce genre de mauvaises pensées.

Bétamèche éclate de rire.

- Enroule ta main autour d'un poil et tu seras plus solidement fixé qu'un arbre dans la terre ! confie Bétamèche.

Arthur s'exécute, mais laisse son autre bras autour de la taille de Sélénia.

- Voilà qui est plus convenable ! concède la princesse, toujours aussi soucieuse du protocole. Maintenant il n'y a plus qu'à espérer que madame l'abeille soit en fin de tournée, sinon elle va s'arrêter sur toutes les fleurs qui sont sur le chemin de la ruche.

Elle est toujours là cette belle ruche, accrochée à une branche du gros chêne qui la protège, mais le visiteur qui s'en approche n'est pas Arthur. C'est Maltazard. Heureusement, notre vilain n'a que faire de ce pot de miel ambulant et il passe dessous, sans même daigner lever les yeux sur elle. Ce qui l'intéresse est un peu plus loin. C'est une petite mare, glauque, nauséabonde et peu accueillante. Maltazard sourit, comme s'il était chez lui. Il soulève sa cape et récupère un petit tube, qu'il débouche avec précaution. C'est un morceau de bambou finement ciselé et tressé de lanières de cuir. Il jette un coup d'œil à l'intérieur. Au fond du tube, on aperçoit, entassés les uns sur les autres, une cinquantaine de séides, probablement les seuls rescapés du naufrage. Souvenez-vous, lors de l'inondation qu'Arthur a provoquée et qui avait coûté son royaume à Maltazard, le vilain était parvenu à s'enfuir avec quelques séides, les plus valeureux, les fidèles parmi les fidèles qui formaient, à l'époque, sa garde rapprochée.[7]

Cette poignée de séides ne l'avait jamais quitté et lui vouait une dévotion sans limites.

- Allez, mes doux agneaux ! Vous allez enfin prendre un peu l'air ! leur dit-il, comme s'il s'adressait vraiment à des moutons.

Maltazard s'approche de cette affreuse mare et vide le contenu du tube, c'est-à-dire son troupeau de séides, dans ce bout de marécage. Puis il débouche la petite fiole que lui a donnée Archibald et la brandit au-dessus de sa tête.

- L'heure de la vengeance a sonné ! annonce-t-il solennellement.

A la surface de la mare, les guerriers séides n'ont pas perdu de temps. Chacun a attrapé un jeune moustik et lui a sauté sur le dos. Ces hommes sont tellement aguerris qu'il leur faut à peine quelques secondes pour les maîtriser totalement. De plus, le jeune moustik qui, comme chacun sait, naît à la surface de l'eau, traverse toujours une période délicate au moment de sa croissance. Il est suffisamment formé pour tenir sur l'eau, mais pas assez musclé pour décoller de la surface. C'est ce petit moment de fragilité que les séides exploitent, suivant ainsi à la lettre la doctrine de leur maître qui conseille toujours d'attaquer son ennemi tant qu'il est encore faible.

- Que la déesse de la forêt soit avec nous ! lance-t-il, majestueusement.

C'est plus par habitude qu'autre chose puisqu'il ne croit en rien ni en personne, pas même en cette fameuse déesse. Il verse lentement le produit dans la mare, jusqu'à la dernière goutte, et jette négligemment la fiole par-dessus son épaule.

Pendant quelques secondes, rien ne se passe et Maltazard commence à s'inquiéter. Archibald lui aurait-il encore joué l'un de ses mauvais tours et remplacé le bon produit par un jus quelconque ? C'est mal connaître le vieil homme, qui n'a qu'une parole et la tient toujours.

L'eau commence à bouillonner et des formes apparaissent à la surface. Les séides et leurs montures grandissent à une vitesse hallucinante, cent fois plus vite qu'un soufflé au fromage. Les pattes des moustiks se déplient, comme des échasses géantes. Les muscles des séides grossissent comme des ballons qu'on gonfle. En quelques secondes, ces attelages, qui mesuraient à peine quelques millimètres, ont maintenant la taille d'un hélicoptère et c'est une véritable escadrille de combat qui stationne maintenant au-dessus de la mare. Le battement énergique des ailes des moustiks ride toute la surface de l'eau. Le bruit est assourdissant et la forêt se vide de tous ses habitants, terrorisés par cette invasion.

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