Arthur et la guerre des deux mondes
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
Arthur, lui, connaît ça par cœur et l'endroit n'a plus de secret pour lui. Ce qui l'intrigue en revanche, c'est ce crachat hideux qu'a balancé Bétamèche.
- C'est quoi exactement cette bouillie horrible qui est sortie de ton couteau ?
- De la bave de têtard, répond simplement Bétamèche.
- Et à quoi peut bien servir de la bave de têtard dans un couteau pareil ? demande Arthur, la mine franchement dégoûtée.
- Ben... à napper les tartes aux œufs de chenille ! dit-il en haussant les épaules, comme si c'était une chose évidente.
Heureusement qu'Arthur n'a pas mangé trop de petits- beurre nantais, sinon il aurait déjà tout rendu par-dessus bord.
La nacelle arrive en haut du bras, pas très loin du plateau du bureau. Notre héros se met en équilibre sur le bord et atteint la table d'un bond. Sélénia fait de même, avec plus de grâce, évidemment.
- Je vais rester là ! dit Bétamèche. Et surveiller nos arrières !
Sélénia n'est pas dupe. Elle sait très bien que si son frère fait une telle proposition, ce n'est pas qu'il est porté par un héroïsme subit, mais plutôt parce qu'il est mort de trouille à l'idée de sauter au-dessus du vide.
- C'est très gentil de ta part ! répond-elle avec humour. Comme ça, si Darkos revient, tu pourras t'en occuper pendant que nous accomplissons notre mission ?
- Ah... c'est ça ! balbutie le petit prince qui réalise dans quel pétrin il vient de se fourrer.
Arthur et Sélénia escaladent la montagne de livres et d'objets divers qui sont entassés au fond du bureau.
Pendant ce temps, une ombre s'est glissée sous la porte. Une ombre effrayante, même si elle ne mesure que quelques centimètres. Darkos est déjà sur pied. Il a perdu quelques lames à sa crête, mais la bête reste vivace et plus sur ses gardes qu'auparavant.
Bétamèche, qui fait le guet, ne peut pas vraiment le rater, on dirait un cafard qui trottine sur le carrelage blanc. Le petit prince essaye de siffler pour prévenir Arthur, mais la peur lui paralyse la mâchoire et aucun son n'arrive à sortir de sa bouche en trou de serrure. Darkos monte à bord du train, épée triple lame en avant, et fouille méticuleusement le premier wagon. Bétamèche essaye de siffler en utilisant ses doigts, mais le son qu'il émet est si ridicule qu'il rappelle celui d'une fuite de gaz. Pendant ce temps, Arthur aide Sélénia à gravir le dernier livre de cette montagne éphémère.
- Où va-t-on exactement ? demande la princesse, que la fatigue commence à gagner.
- Jusqu'à la première étagère, là ! répond Arthur en désignant le plafond.
De beaux livres y sont soigneusement rangés, ce qui témoigne de l'intérêt tout particulier qu'Archibald leur porte. Entre deux livres, se trouve la petite fiole.
- Si mon grand-père ne l'a pas changée de place, elle nous permettra alors de grandir et d'aller arrêter ce satané Maltazard !
Sélénia sursaute, comme à chaque fois qu'elle entend ce nom, et elle manque de lâcher prise. Arthur la rattrape de justesse.
- Désolé ! s'excuse l'enfant en grimaçant de culpabilité.
Pourtant Arthur sait bien que prononcer ce nom porte malheur : c'est d'ailleurs souvent par la porte qu'il rentre, et sans jamais frapper. Et comme pour vérifier cette triste superstition, Maltazard fait son apparition. Son ombre à lui aussi est monstrueuse, mais bien plus que celle de son fils, puisqu'elle mesure plus de trois mètres.
Arthur et Sélénia se sont figés sur place, Bétamèche a les oreilles qui tremblent et Darkos tend le nez vers cette odeur de pourriture qui lui est si familière. Archibald entre à son tour dans son grenier, suivi par le chien, la balle dans la gueule. Mais Alfred reste sur le pas de la porte. Venir tout près de Maltazard serait une tentation trop grande et il risquerait de lui mordre le mollet. Archibald aperçoit le wagon éventré qui gît en gare de triage.
- Oh ! Regardez-moi ça ! Encore les œuvres d'Alfred ! C'est Arthur qui va te féliciter quand il va voir ça ! grommelle le grand-père en attrapant le wagon.
Alfred remue la queue puisqu'il a entendu son nom.
Arthur aimerait bien hurler que le chien n'y est pour rien et que c'est Darkos qui a saccagé ainsi le train, mais il sait que hurler ne sert à rien. Sa voix est trop faible et n'arrivera jamais jusqu'à Archibald.
Le grand-père examine le wagon où se trouve Darkos. Celui-ci est ballotté comme un caillou à l'intérieur d'une chaussure et s'accroche comme il peut afin de ne pas se faire éjecter.
- Je vais essayer de réparer tout ça, avant le retour d'Arthur ! Ça t'évitera une bonne punition ! dit-il gentiment au chien, comme un vieux complice.
Archibald pose le wagon sur le bureau et Darkos se terre sous la seule table qu'il n'a pas explosée. Puis, le vieux professeur regarde l'étagère, compte les livres qui sont dessus et attrape le septième. Arthur et Sélénia sont précisément de chaque côté du fameux livre et gesticulent de toutes leurs forces. « S'il ne nous entend pas, peut-être nous verra-t-il ! » se dit Arthur qui bat des bras, comme s'il guidait un porte-avion.
Archibald attrape le livre et le sort délicatement de son emplacement. Arthur regarde passer le paquebot qui n'a pas vraiment besoin de lui pour quitter le port.
- Grand-père, on est là ! C'est moi Arthur !
Le jeune garçon a beau s'égosiller et frétiller comme un plumeau, rien n'y fait. Archibald plonge la main entre les deux livres et récupère la petite fiole. Arthur et Sélénia regardent impuissants cette gigantesque bouteille leur passer sous le nez.
Bétamèche est tellement collé à la paroi de la nacelle que ses dents claquent contre la tôle, produisant un petit cliquetis que l'on pourrait assimiler au bruit d'un insecte. Maltazard a aussitôt tendu l'oreille. Ce genre de petit bruit excite toujours son appétit et il adore ces friandises, surtout bien fraîches et à peine trempées dans l'huile bouillante. Guidé par le son, il se rapproche doucement de Bétamèche, qui s'affole encore un peu plus et claque davantage des dents, risquant ainsi de se faire repérer. Mais Archibald se met en travers de la route de M et lui montre la fiole.
- Tiens, voilà ce que tu es venu chercher. J'ai tenu ma parole, à toi de tenir la tienne.
Maltazard attrape délicatement la fiole et la fait tourner entre ses doigts crochus. Le produit est d'une belle couleur ambrée, un peu comme du miel.
- Qu'est-ce qui me prouve que c'est la bonne bouteille ? demande Maltazard en dévisageant Archibald, pour y détecter un éventuel mensonge.
- Tu ne sais probablement pas lire, mais tu peux regarder les images, non ? dit le grand-père en pointant du doigt l'étiquette.
Le seigneur n'aime pas qu'on le taquine de la sorte et Archibald est à deux doigts (crochus) de se faire épingler. L'abominable M regarde l'étiquette et parcourt les trois dessins des yeux. On y voit un petit bonhomme tout simple, un autre qui boit et un troisième qui devient tellement grand qu'il ne tient pas dans le dessin. Il faudrait vraiment avoir un quotient intellectuel négatif pour ne pas comprendre.
Pendant ce temps, quelques mètres plus bas, Darkos est sur le balcon arrière du wagon. Lui aussi gesticule et hurle à perdre haleine.
- Père ! Père ! Je suis là ! C'est moi, Darkos !
Maltazard entend bien un petit quelque chose, comme un chuchotement lointain qui lui rappelle vaguement quelqu'un.
- C'est moi, ton fils ! Je ne suis pas mort !! s'égosille Darkos à s'en déchirer les cordes vocales.
Cette fois-ci, son père a entendu et cherche du regard d'où peut bien provenir cette voix nasillarde. Darkos sait qu'il est près du but, mais ne sait plus quoi faire pour attirer l'attention de son père, alors il prend son épée et la lance de toutes ses forces dans sa direction. L'épée se plante dans la joue de Maltazard qui tressaille, surpris par l'audace de ce moustique. Il se passe la main sur le visage, pour chercher l'endroit où il a été piqué et tombe sur le dard. Il l'arrache avec ses doigts et l'observe avec curiosité car ce n'est pas un simple dard. C'est une épée qu'il reconnaîtrait entre mille, c'est celle qu'il a fait graver pour son fils, le jour de son premier anniversaire. Aussitôt, Maltazard est aux aguets et cherche discrètement son rejeton.