Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
Elles décidèrent ensuite que cette petite maison bien abritée, avec ses quatre foyers, où les bourrées eurent tôt fait de pétiller joyeusement, leur plaisait. Elles avaient hâte d'y imprimer leur marque, d'y faire leur trou, avec leurs propres habitudes de rangement et de propreté, afin de s'y sentir bien chez elles, et non plus comme des errantes, des vagabondes qu'elles avaient été depuis trois longues semaines.
La porte refermée, le loquet bien mis, on se sentait décidément de mieux en mieux. Maître Jonas mit à sécher devant son âtre ses bas et ses souliers trempés depuis la traversée du dernier marécage. Elvire déshabilla les trois enfants et les plongea dans le baquet. Angélique, après avoir fini de balayer, chercha si l'on ne trouverait pas de draps pour les paillasses. En rabattant le couvercle d'un coffre contre la paroi de sa chambre elle découvrit un grand miroir, fixé au couvercle. Cela encore, c'était la marque de Joffrey de Peyrac. Comme une surprise souriante, un signe complice.
« Oh ! je l'adore », pensa-t-elle.
Elle restait agenouillée devant le coffre à se contempler. Elle se reposait. Il n'y avait pas de linge dans ce coffre, mais seulement des vêtements d'homme. Après les avoir examinés, elle se releva et referma le couvercle. Le moment passé devant le miroir lui avait donné l'envie de changer de robe et de s'habiller plus élégamment. Elle ouvrit ses propres bagages. Elle s'occupa tout d'abord de trouver une chemise fraîche pour Honorine. Par bonheur, les enfants avaient sommeil, et on put les étendre dans la petite chambre derrière où le brouhaha de la cour leur parvenait affaibli.
Dans la remise, Mme Jonas avait déniché un grand chaudron pour pendre à la crémaillère. Il fallait aller chercher de l'eau. Mais aucune des trois femmes ne se sentait le courage d'affronter la cohue de la cour pour se rendre jusqu'au puits. Maître Jonas se dévoua. Il revint accompagné d'une nuée d'Indiens qui lui posaient mille questions et se bousculaient sur le seuil pour voir les femmes blanches. Ils ne lui auraient pas porté pour autant sa charge. Car ils trouvaient d'ailleurs scandaleux que le « tcnéno » 4 l'homme âgé, se fût chargé de cette corvée, alors que ses femmes ne faisaient rien. La maisonnette risqua d'être envahie d'une populace malodorante, animée et revendicatrice.
– Je n'ai jamais vu race plus effrontée que celle de ces barbares, fit l'horloger en s'époussetant et s'épongeant, lorsque la porte fut enfin refermée et barricadée. Du moment où ils vous ont choisi pour cible de leur amusement, vous leur appartenez.
Afin de ne pas l'obliger à une seconde expédition, les dames décidèrent de se partager équitablement le précieux liquide pour leurs ablutions.
On mit le chaudron sur le feu qui crépitait joyeusement. En attendant que l'eau fût chaude, on s'assit en cercle devant l'âtre et on versa de la bière dans les verres. Cette fois, on frappa quelques coups légers. Nicola Perrot se présenta à son tour, un gros pain de fleur de froment, de la charcuterie et des petits fruits de ronces, framboises et mûres dans un petit panier. Son Indien était chargé d'une provision de bûches. Les victuailles réjouirent les cœurs ; on en porta aux petits qui s'endormirent sur la dernière bouchée.
– Mais qu'est-ce que cette histoire que vous êtes marié et que vous avez un enfant, Nicolas ? interrogea Angélique. Vous ne nous en aviez jamais parlé ?
– Je ne le savais pas, dit précipitamment le Canadien en rougissant beaucoup.
– Comment, vous ne saviez pas que vous étiez marié ?...
– Non, je veux dire, je ne savais pas que j'avais un enfant. Je suis parti tout de suite après.
– Après quoi ?
– Après le mariage, pardi ! vous comprenez, j'étais obligé. Si je ne m'étais pas marié, j'aurais dû payer une amende énorme et, à l'époque, je n'étais pas riche. D'autant plus qu'il était vraiment question de me condamner pour être parti faire la traite sans permis du gouverneur du Canada et de m'excommunier de surcroît pour avoir porté de l'eau-de-vie aux sauvages. Alors, vrai, j'ai préféré me marier... C'était plus simple.
– Qu'aviez-vous fait à cette pauvre jeune fille pour être contraint ainsi ? demanda Mme Jonas.
– Rien. Je ne la connaissais même pas.
– Réellement ?
– C'était une Fille du roi, qui venait d'arriver par le dernier bateau. Je crois d'ailleurs qu'elle est honnête et gentille.
– Vous n'en êtes pas sûr ?
– Je n'ai pas eu le temps de m'en aviser...
– Expliquez-vous mieux, Nicolas, dit Angélique. Nous ne comprenons rien à vos histoires.
– C'est pourtant simple. Le roi de France veut qu'on travaille au peuplement de sa colonie. Il nous envoie de temps en temps un bateau de demoiselles et les célibataires du lieu sont contraints de se marier dans les quinze jours sous peine de payer l'amende, ou même d'aller en prison. Bon, il fallait donc y passer, j'y suis passé. Mais après, adieu la compagnie, je retourne chez les sauvages...
– Votre épouse vous a donc tant déplu ? demanda El vire.
– Je n'en sais rien, nous n'avons pas eu le temps de faire connaissance, vous dis-je.
– Assez cependant, remarqua Angélique, pour que vous soyez père de famille.
– Dame, il fallait bien ! Si elle s'était plainte que le mariage n'avait pas été consommé, j'étais passible d'une autre amende.
– Ainsi donc, dès le lendemain de votre nuit de noces, vous êtes parti sans détourner la tête ? Et vous n'avez jamais eu de remords pendant ces trois dernières années, Nicolas ? demanda Angélique, en feignant la sévérité.
– Ma foi, non ! reconnu le Canadien en soupirant. Mais j'avoue que depuis que M. de Loménie m'a regardé d'une certaine façon tout à l'heure je me sens mal à l'aise. Cet homme-là, c'est l'être le plus saint que je connaisse. Dommage que lui et moi nous ne soyons pas de la même espèce, conclut l'homme du Saint-Laurent avec une grimace.
*****
Malgré la parcimonie de la distribution de l'eau, Angélique se lava avec plaisir devant le feu de sa chambre. Elle avait emporté deux robes dont l'élégance pouvait paraître bien inutile en ces lieux sauvages, mais elle avait réfléchi que même s'il n'y avait aucune société pour l'admirer il fallait savoir se faire plaisir à soi-même. Il y avait, de plus, son mari, ses jeunes fils et même Honorine. Bref, le prestige ! Pourquoi ne pas, de temps à autre, leur offrir l'image d'une femme élégante, comme celles qui existent dans les cités lointaines, là où les carrosses passent dans les rues, et où derrière chaque fenêtre il y a un regard pour guetter et une bouche pour s'exclamer : « Avez-vous vu la nouvelle toilette de Mme X... ? »
Elle revêtit donc sa robe gris argent, avec des galons d'argent soulignant les coutures des manches et des épaules, accompagnée d'un col et de revers de linon blanc, soulignés d'une fine dentelle argentée. Elle secoua ses cheveux hors de sa coiffe et les brossa longuement en se servant des brosses d'écaille et d'or contenues dans le ravissant nécessaire de voyage que son mari lui avait offert avant de quitter Gouldsboro. Ces objets de luxe à portée de la main réconfortaient.