Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Alors, que s’est-il passé après que vous m’ayez trouvé ? reprit Tancrède. Comment nous avez-vous tirés de là ?
— En fait, expliqua Liétaud, nous n’avons pas eu grand-chose à faire. Lorsque nous sommes arrivés, tu étais déjà presque sorti de la zone de combat. Encore quelques pas et tu retrouvais ta monture. Nous n’avons eu qu’à piétiner des Atas et tirer quelques rafales pour nous retrouver à nouveau en terrain contrôlé.
— Et il était temps ! tempéra Dudon. Les Aurochs ont nettoyé la zone peu après.
— Au fait, où est donc Engilbert ? » demanda Tancrède en réalisant soudain l’absence du frère de Liétaud. Au moment où il posait la question, l’inquiétude le saisit à l’idée de ce qui avait pu se passer pendant ces deux jours d’absence.
« Il a été affecté à la 49e, répondit Liétaud sur un ton rassurant. Ils manquent de répartiteurs de terrain, alors ils ont sauté sur l’occasion le temps que tu te rétablisses.
— Le reste de l’unité a-t-il été immobilisé pendant mon hospitalisation ? »
Tancrède se doutait bien que tel n’était pas le cas, mais jamais il n’aurait imaginé que la réponse allait être aussi dramatique. Les mines s’assombrirent et Dudon dit, presque à voix basse : « Quatre d’entre nous y sont passés ces deux derniers jours. »
Quatre de plus ! Seize morts en tout. Si l’unité perdait plus de cinquante pour cent de ses effectifs, elle serait même dissoute puis repartie dans d’autres sections pour remplacer les pertes.
« Olinde est du nombre », ajouta Dudon.
Tancrède était effondré. Il regarda le jeune soldat avec toute la compassion dont il était capable. Alors qu’il avait perdu son meilleur ami, le malheureux donnait le change depuis tout à l’heure.
« Dudon, je… Vous étiez si proches. Je ne sais pas quoi dire…
— Il n’y a rien à dire, fit-il dans un accès momentané d’amertume. J’étais d’astreinte ce jour-là, je n’étais même pas avec lui ! » Il passa le revers de sa manche sur ses yeux brillants. « Mais parlons des vivants, plutôt ! s’exclama-t-il avec une ardeur forcée. Je suis sûr que tu te retiens depuis tout à l’heure, mais tu dois mourir d’envie de la rejoindre, non ? »
Sans même chercher à dissimuler son impatience, Tancrède s’écria : « Pourquoi ? Vous savez où elle se trouve ? On m’a juste dit qu’elle était tirée d’affaire, mais pas moyen d’en savoir davantage !
— Ne t’inquiète pas, dit Liétaud d’une voix apaisante, elle est en effet hors de danger. Elle avait été admise au service des traumatismes majeurs, mais elle en est sortie ce matin.
— Où est-elle maintenant ? Allons, ne me fais pas languir ainsi ! Où puis-je la trouver, bon sang ? »
Brusquement, Tancrède se rendit compte de l’indécence de son comportement. Plusieurs de ses hommes étaient morts ces derniers jours et Dudon avait perdu son meilleur ami.
« Je suis désolé, dit-il, gêné. Je dois vous choquer. »
Mais les visages avenants de ses amis le rassurèrent aussitôt.
« As-tu perdu la raison, mon frère ? s’écria Liétaud, tandis que Dudon hochait vigoureusement la tête en signe d’assentiment. Nous sommes heureux que vous soyez en vie ! Quoi de plus normal que tu désires la revoir au plus vite !
— Tu la trouveras au bâtiment C, aile 2, ajouta Dudon. Cours vite la rejoindre ! »
Tancrède dut se retenir de courir dans les longues allées du centre hospitalier de la Nouvelle-Jérusalem. L’endroit n’avait rien à voir avec la modernité impeccable du Central-Charité ; ici, on était dans un hôpital militaire de campagne, dont la majeure partie était construite en préfabriqué provisoire. Mais, provisoire ou pas, il fallait tout de même respecter le calme des lieux.
Sur le trajet, il traversa plusieurs grandes salles d’attente dans lesquelles des attroupements s’étaient formés devant les plaques publiques de l’Intra. Le marquis de Villeneuve-Cassaignes, commandant en chef des armées croisées sur Akya, s’adressait aux troupes dans une allocution solennelle. Tancrède n’aimait guère cet homme, aussi ne jugea-t-il pas utile de s’arrêter pour écouter. De toute façon, les bribes qu’il entendit lui suffirent pour comprendre la teneur générale du discours : une harangue enflammée pour motiver les troupes avant la grande bataille prévue dans deux jours, l’assaut final autour du Sanctuaire.
Parfois, Tancrède était confondu par les raisonnements déployés pour légitimer la guerre alors que les saintes Écritures prescrivaient exactement le contraire. Les armes de notre combat ne sont point charnelles, disait le Livre. Le réalisme froid de la politique s’accommodait mal de ce genre de précepte, aussi il avait fallu inventer le concept de Guerre Sainte pour contourner le message pacifique de la Bible. Dès lors, on considérait en général que tout bon chrétien devait proscrire la violence, sauf lorsqu’il s’agissait de défendre l’Église.
En montant dans les étages de l’aile 2, Tancrède ralentit afin de ne pas risquer de bousculer les blessés qu’on avait provisoirement installés dans les couloirs. Les brancards étaient modernes, les soins dispensés par de vrais médics et non par des soldats avec une vague formation de secourisme, mais malgré tous ces efforts, un hôpital militaire en temps de guerre ressemblait toujours à une ruche dans laquelle on aurait donné un coup de bâton. Le personnel courait en tout sens, abeilles affolées dépassées par l’ampleur de la tâche.
En dépit de cette confusion, Tancrède finit par trouver la chambre qu’il cherchait. Lorsqu’il en franchit le seuil, il eut l’impression de changer d’univers. Bien qu’elle fût petite, la pièce était calme et lumineuse, tranchant nettement avec les couloirs où il venait de se frayer un chemin.
Clorinde se trouvait sur un tapis de reconstruction cellulaire, un drap blanc pudiquement déployé sur son corps nu, laissant entrevoir par endroits quelques-uns des centaines de brins nanochirs œuvrant à sa guérison. Là aussi, plusieurs patientes partageaient la même chambre. Si elle avait les traits tirés et encore quelques ecchymoses sur le visage, Clorinde semblait toutefois en bonne forme puisqu’elle discutait avec l’une de ses voisines de lit.
En voyant son prétendant, elle cria de joie : « Tancrède ! Mon sauveur ! Mon héros ! Mon amour ! » Ses trois compagnes de chambre eurent un petit rire discret. Tancrède sentit une brusque chaleur sur ses joues. Il s’approcha, un sourire gêné aux lèvres.
« Clorinde… enfin, je te retrouve », dit-il avec émotion, en se penchant vers elle pour déposer un baiser sur son front. Mais à la dernière seconde, la jeune femme redressa le menton pour l’embrasser passionnément sur la bouche.
Devinant le regard curieux des autres patientes, il s’assit à ses côtés, plus embarrassé que jamais.
« Euh… hem. Je vois que tu vas mieux à présent.
— Oui, la blessure était impressionnante, mais rien d’insurmontable pour les nanochirs. Le chef du service m’a assuré que quarante-huit heures supplémentaires de tapis suffiront.
— J’espère qu’ils ne cherchent pas à raccourcir les traitements pour faire de la place aux blessés suivants, fit Tancrède en fronçant les sourcils.
— Je ne sais pas. De toute façon, plus vite je sortirai d’ici, mieux ce sera. J’ai horreur du tapis. C’est indolore, je l’admets, mais cela génère une légère démangeaison qui finit par me taper sur les nerfs ! Et puis, même si je sais que c’est idiot, cela me met mal à l’aise d’imaginer ces millions de bestioles synthétiques dans mes chairs. C’est presque indécent. »
Elle lui enveloppa le visage de ses deux mains, dans un geste presque maternel.