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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— Ah, sergent Simonie, n’est-ce pas ? »

Vorbis avait une mémoire redoutable des noms. Il connaissait tout le monde. Le sergent blêmit un peu puis salua nerveusement.

« Oui ! Monseigneur !

— Nous allons nous mettre en route sans le général Fri’it », dit le diacre.

Le M du mot « mais » se forma sur les lèvres du sergent et y mourut.

« Le général Fri’it a d’autres affaires en train, reprit Vorbis. Des affaires plus pressantes et urgentes. Dont lui seul peut se charger. »

Fri’it ouvrit les yeux dans la pénombre.

Il distinguait la chambre autour de lui, mais vaguement, comme les arêtes d’un cube flottant dans le vide.

L’épée…

Il avait lâché son épée, mais peut-être pourrait-il la retrouver. Il avança, sentit une légère résistance autour de ses chevilles et baissa les yeux.

L’épée était là. Mais ses doigts passèrent au travers. Il se sentait comme en état d’ivresse, mais il savait qu’il n’était pas ivre. Même pas à jeun non plus. Il… avait soudain l’esprit clair.

Il se retourna et regarda ce qui avait un bref instant gêné son déplacement.

« Oh, dit-il.

— BONJOUR.

— Oh.

— C’EST UN PEU DÉROUTANT AU DÉBUT. NORMAL. »

À sa grande horreur, Fri’it vit la haute silhouette noire traverser d’un grand pas le mur gris.

« Attendez ! »

Un crâne enveloppé d’un capuchon noir émergea de la paroi.

« OUI ?

— Vous êtes la Mort, c’est ça ?

— VOILÀ. »

Fri’it rassembla ce qui lui restait de dignité.

« Je vous connais, dit-il. Je vous ai vu[5] en face des tas de fois. »

La Mort le fixa longuement.

« NON, VOUS FAITES ERREUR.

— Je vous garantis…

— VOUS AVEZ VU DES HOMMES EN FACE. SI VOUS M’AVIEZ VU, JE VOUS ASSURE… QUE VOUS L’AURIEZ SU.

— Mais qu’est-ce qui m’arrive, là ? »

La Mort haussa les épaules.

« VOUS NE SAVEZ PAS ? fit-il avant de disparaître.

— Attendez ! »

Fri’it se précipita vers le mur et découvrit à sa grande surprise qu’il n’offrait aucune résistance. Il se retrouva dans le couloir vide. La Mort avait disparu.

Il s’aperçut alors qu’il ne s’agissait pas du couloir dont il gardait le souvenir, avec ses ombres et le crissement du sable sous les pieds.

Le couloir habituel n’avait pas de lueur à l’autre bout, une lueur qui attirait le général comme l’aimant la limaille de fer.

On ne repousse pas l’inévitable. Parce que tôt ou tard on arrive au moment où l’inévitable s’est posté pour attendre sa victime.

Il était arrivé au moment en question.

Fri’it traversa la lueur pour déboucher dans un désert. Le ciel était sombre et vérolé de grosses étoiles, mais le sable noir qui s’étendait à perte de vue n’en était pas moins brillamment éclairé.

Un désert. Après la mort, un désert. Le désert. Pas d’enfers pour l’instant. Peut-être y avait-il un espoir.

Il se souvint d’une chanson de son enfance. Exceptionnellement, elle ne parlait pas de châtiment. On n’y piétinait personne. Elle ne parlait pas d’Om en proie à sa terrible colère. C’était une petite chanson de chez lui, terrifiante dans sa répétition mélancolique et simple…

Il te faut traverser un désert solitaire…

« C’est quoi, ce pays ? demanda-t-il d’une voix rauque.

— CE N’EST PAS UN PAYS », répondit la Mort.

Il te faut le traverser seul…

« Qu’y a-t-il au bout du désert ?

— LE JUGEMENT. »

Personne ne le traversera à ta place…

Fri’it contempla longuement l’étendue interminable, monotone.

« Je dois le traverser tout seul ? murmura-t-il. Mais la chanson dit que c’est le terrible désert…

— OUI ? À PRÉSENT, SI VOUS VOULEZ BIEN M’EXCUSER… »

La Mort disparut.

Fri’it prit une inspiration profonde, par pure habitude. Peut-être trouverait-il deux cailloux là-bas. Un petit qu’il prendrait à la main et un gros derrière lequel il se cacherait pour attendre Vorbis…

Cette idée-là aussi relevait de l’habitude. Une revanche ? Ici ?

Il sourit.

Ne sois pas bête, mon vieux. Tu étais un soldat. Tu te trouves devant un désert. Tu en as traversé d’autres dans ta vie.

Et tu as survécu en apprenant à les connaître. Il existe des tribus entières qui arrivent à subsister dans les déserts les plus arides. En léchant l’eau des versants à l’ombre des dunes, des choses comme ça… Pour elles, c’est leur pays. Installez-les dans un potager, et elles vous prennent pour un fou.

La mémoire lui revint sans qu’il s’en aperçoive : le désert reflète l’idée qu’on s’en fait. Et désormais tu as les idées claires…

Le mensonge n’a pas cours ici. Les chimères disparaissent. C’est le cas dans tout désert. Il ne reste que soi-même et ses convictions.

Lesquelles ?

Que normalement, quand on a vécu plutôt correctement, non pas selon les directives des prêtres mais selon son sentiment intime de la décence et de l’honnêteté, la fin ne devrait pas trop mal se passer.

Difficile d’arborer pareil slogan sur un étendard. Mais le désert avait déjà meilleure allure.

Fri’it se mit en route.

C’était une petite mule et Frangin avait de longues jambes ; s’il avait voulu, il aurait pu se tenir debout par terre et laisser sa monture lui échapper d’entre les cuisses.

L’ordre de marche n’était pas celui auquel on aurait pu s’attendre. Le sergent Simonie et ses soldats chevauchaient en tête, de chaque côté de la piste.

Suivaient les serviteurs, les clercs et les prêtres de rang inférieur. Vorbis chevauchait à l’arrière, à la place qui revenait de droit à un exquisiteur, celle du berger qui surveille son troupeau.

Frangin caracolait près de lui. Un honneur dont il se serait bien passé. Il était de ces gens capables d’attraper une suée en période de gel, et la poussière se déposait sur lui comme une deuxième peau grumeleuse. Mais Vorbis avait l’air de trouver un certain amusement à sa compagnie. De temps à autre, il lui posait des questions :

« Combien de kilomètres avons-nous parcourus, Frangin ?

— Six et sept estados, monseigneur.

— Mais comment le sais-tu ? »

Une question à laquelle il ne pouvait répondre. Comment savait-il que le ciel était bleu ? Il avait la réponse dans la tête, voilà tout. On ne pense pas au mécanisme de la pensée. C’est comme ouvrir une boîte avec le pied-de-biche qui se trouve à l’intérieur.

« Et notre voyage dure depuis combien de temps ?

— Un peu plus de soixante-dix-neuf minutes. »

Vorbis éclatait de rire. Frangin n’en comprenait pas la raison. L’étonnant pour lui, ce n’était pourquoi il s’en souvenait mais pourquoi tout le monde avait l’air de l’oublier.

« Tes ancêtres jouissaient-ils aussi de cette remarquable faculté ? »

La question fut suivie d’un silence.

« Faisaient-ils aussi bien ? insista Vorbis d’un ton patient.

— Je ne sais pas. Il n’y avait que ma grand-mère. Elle avait… une bonne mémoire. Pour certaines choses. » Pour les infractions, pas de doute. « Et aussi une très bonne vue et une très bonne ouïe. » Ce qu’elle réussissait à voir et entendre à travers l’épaisseur de deux murs, il s’en souvenait, lui avait paru phénoménal.

Frangin se retourna prudemment sur sa selle. Un nuage de poussière s’élevait à moins de deux kilomètres derrière eux sur la route.

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Au cas où ce masculin heurterait encore des sensibilités, le traducteur et l’éditeur recommandent vivement la lecture des douze premiers livres des Annales du Disque-monde.

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