Naufragés de la Lune
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Серия: S.O.S. Lune #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- Переводчик: B. R. Bruss
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Naufragés de la Lune». Краткое содержание книги:
Mais il fut coupé court au thème réfrigérateur du Canadien qui fut remplacé par un gentleman africain. Celui-ci proposait une méthode opposée : la chaleur. Il désirait voir utiliser un énorme miroir concave concentrant les rayons du soleil sur la poussière afin de la porter à l’état de fusion et de la transformer ainsi en une masse immobile.
Il était visible que Tom avait les plus grandes difficultés à garder son sang-froid. L’avocat du fourneau solaire était un de ces autodidactes entêtés qui refusent d’admettre qu’ils ont pu faire une erreur de calcul. La discussion commençait à devenir violente quand l’Ingénieur en Chef entendit une voix beaucoup plus proche.
— Les « glisseurs » arrivent, Mr. Lawrence.
Lawrence roula sur lui-même afin de s’asseoir dans la poussière et grimpa sur le radeau. Il vit aussitôt les esquifs qui se profilaient à l’horizon. C’étaient Glisseur I, et aussi Glisseur III. Ce dernier avait fait un voyage long et coûteux. Il venait du Lac de la Sécheresse, l’équivalent, en plus petit, sur l’autre face de la Lune, de la Mer de la Soif. Son voyage avait été une sorte d’épopée dont personne d’ailleurs ne saurait jamais rien, sauf la poignée d’hommes qui l’avaient accompli.
Chaque « glisseur » remorquait deux traîneaux, sur lesquels était entassé du matériel. Lorsqu’ils se furent rangés le long du radeau, la première chose que l’on déchargea fut une grande caisse d’emballage contenant l’igloo. Le gonflement de celui-ci était un spectacle impressionnant. Lawrence n’avait jamais autant désiré que cela se fit vite. (Le doute n’était plus possible : il souffrait de la « démangeaison des astronautes ».) L’installation de l’igloo était complètement automatique. On brisait un sceau et on abaissait deux leviers séparés – c’était une sauvegarde contre la désastreuse possibilité d’un déclenchement accidentel. Ensuite, il n’y avait plus qu’à attendre.
Lawrence n’eut pas à attendre bien longtemps. Les parois de la caisse tombèrent, révélant une masse compliquée mais pliée très serré et de couleur argentée. Cette masse se mit en mouvement et sembla se débattre comme une créature vivante. Lawrence avait vu une fois un insecte sortir de sa chrysalide, avec ses ailes encore toutes froissées. Il y avait entre les deux choses une étrange analogie. L’insecte toutefois avait mis une heure pour atteindre sa grosseur et sa splendeur définitive. L’igloo, lui, ne mettait que trois minutes.
Tandis que le générateur d’air envoyait une atmosphère dans cette masse flexible, celle-ci grossissait et se raidissait par à-coups. Elle avait maintenant un mètre de haut et s’élargissait plus encore qu’elle ne s’élevait. Quand elle eut atteint les limites de son expansion au sol, elle se remit à prendre de la hauteur, et l’on vit surgir la valve d’entrée du dôme principal. Toute cette opération donnait l’impression qu’elle était accompagnée de sifflements et de sortes de gémissements laborieux. Il semblait étonnant qu’elle se déroulât dans un silence total.
En très peu de temps ce mouvant édifice eut presque atteint ses dimensions définitives. On comprenait alors pourquoi on lui avait donné le nom d’igloo. Bien qu’elle ait été conçue pour offrir un abri contre un milieu naturel tout différent – mais hostile d’une façon analogue – la maison de neige des Esquimaux avait eu autrefois exactement la même forme. Le problème technique avait été le même. La solution aussi.
Il fallait plus de temps pour installer les accessoires que pour gonfler l’igloo. Les couchettes, les chaises, les tables, les placards, l’appareillage électronique, devaient être introduits par la valve d’entrée. Les objets les plus gros passaient tout juste, mais passaient, car leurs dimensions avaient été calculées en conséquence – à quelques centimètres près. Finalement il y eut un appel par radio venu de l’intérieur du dôme :
— Tout est prêt. Vous pouvez entrer.
Lawrence ne perdit pas de temps pour répondre à cette invitation. Il commença à enlever les accessoires de son scaphandre avant même de pénétrer dans la valve. Dès qu’il eut franchi les deux portes et fut à l’intérieur du dôme, il quitta son casque et entendit aussitôt les voix de ses assistants qui lui parvenaient directement.
C’était une chose merveilleuse que de se sentir à nouveau libre de ses mouvements, de pouvoir se gratter, remuer sans gêne, parler à ses compagnons sans le recours de la radio. Dans la cabine de douche grande comme un cercueil il fit disparaître de son corps la puanteur du scaphandre. Il se sentit ensuite apte à reprendre sa place dans la société humaine. Il se vêtit d’un short – on ne portait jamais rien d’autre à l’intérieur d’un igloo – et il s’assit pour conférer avec ses assistants.
La plus grande partie du matériel dont il avait ordonné l’envoi était arrivé. Le reste serait apporté par Glisseur II au cours des prochaines heures. Tandis qu’il examinait les inventaires, le sentiment lui vint qu’il était de plus en plus maître de la situation. L’oxygène, sauf catastrophe imprévue, était désormais assuré aux naufragés. Ceux-ci commençaient à être à court d’eau. Eh bien, il pourrait y être remédié aisément. Pour la nourriture, ce serait un peu plus difficile, mais ce serait une question d’emballage approprié. Les services du ravitaillement avaient déjà mis au point des spécimens de chocolat, de viande comprimée, de fromage et même de galettes emballés dans des cylindres de trois centimètres de diamètre. Bientôt il serait possible d’en expédier, par les tubes à air, dans la cabine du Séléné. Cela remonterait le moral des passagers.
Mais tout cela était moins important que les recommandations faites par le « brain trust » de Lawrence. Celles-ci se présentaient sous la forme d’une douzaine d’épures et de six pages dactylographiées. Lawrence lut celles-ci avec le plus grand soin, donnant de loin en loin des signes d’approbation. Il était déjà arrivé aux mêmes conclusions générales, et ne voyait pas la possibilité d’autres solutions.
Quel que doive être le sort des passagers, le Séléné avait en tout cas fait son dernier voyage.
Chapitre IX
Le vent qui avait soufflé à travers la cabine du Séléné avait chassé non seulement l’air stagnant et vicié, mais il avait chassé autre chose encore.
Lorsqu’il se rappelait maintenant les premiers jours de leur claustration, le Commodore Hansteen comprenait combien, après le premier choc, l’atmosphère morale avait été tendue, nerveuse. Tous avaient essayé de faire contre mauvaise fortune bon cœur et ils étaient allés parfois trop loin dans le sens de l’humour enjoué, de la fausse gaîté.
Maintenant tout cela s’était dissipé, tout cela était le passé, et il était facile de comprendre pourquoi ! Le fait qu’une équipe de secours travaillait maintenant à quelques mètres d’eux expliquait ce changement, mais ne l’expliquait qu’en partie. Le sentiment de calme qu’ils éprouvaient tous venait aussi de leur rencontre avec la mort. Après une telle expérience, rien ne pouvait plus avoir tout à fait le même aspect. Les petites poussées d’égoïsme ou de couardise avaient été détruites en eux.
Personne ne savait cela mieux que Hansteen. Il avait déjà vu ce même phénomène se produire maintes fois, quand l’équipage d’un astronef avait à affronter un péril aux confins du système solaire. Bien qu’il ne fût pas enclin à philosopher, il avait eu beaucoup de temps pour réfléchir quand il était dans l’espace. Il s’était demandé parfois si les raisons réelles pour lesquelles les hommes recherchent le danger n’étaient pas la possibilité pour eux de découvrir ainsi la solidarité, l’amitié profonde auxquelles ils aspirent inconsciemment.