Naufragés de la Lune
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Серия: S.O.S. Lune #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- Переводчик: B. R. Bruss
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Naufragés de la Lune». Краткое содержание книги:
La radio parlait. Quelqu’un devait dire, Pat le savait, quelque chose de très important. Il essaya de donner un sens à ce qu’il entendait. Mais déjà, machinalement, il avait mis sa clef anglaise sur la tête foreuse et il l’ajustait pour pouvoir dévisser.
— Ne dévissez pas la pointe tant que nous ne vous l’aurons pas demandé, disait une voix lointaine. Nous n’avons pas encore eu le temps de fixer un joint au tuyau, à l’autre bout. Il est ouvert sur le vide. Nous vous dirons quand nous serons prêts. Je vous répète : ne touchez pas à la tête foreuse…
Pat aurait bien voulu que cet homme cessât de l’embêter. Il savait parfaitement ce qu’il avait à faire. S’il tournait de toutes ses forces avec sa clef… eh bien… la tête foreuse tomberait… et de nouveau… il pourrait respirer.
Il essaya de faire tourner la clef. Pourquoi n’y parvenait-il pas ? Il essaya encore.
— Oh ! Mon Dieu ! cria la radio. Arrêtez ! Nous ne sommes pas prêts… Vous allez perdre tout l’air qui est dans la cabine !
Une minute ! pensa Pat, sans avoir pris garde à ce qu’on lui disait. Il y a quelque chose qui ne va pas… Un écrou peut tourner dans un sens… Ou dans l’autre… Supposons que je l’aie serré au lieu de l’ouvrir ?
Tout cela était horriblement compliqué. Il regarda sa main droite, puis sa main gauche, ce qui ne l’aida pas à comprendre. Pas plus que ne l’aidait cet homme stupide qui hurlait à la radio. Eh bien, il pourrait essayer dans l’autre sens et voir si cela allait mieux.
Avec une sorte de dignité bizarre, il fit complètement le tour du tube, un bras passé autour de celui-ci. Il prit la clef à deux mains, s’appuyant sur elle pour ne pas tomber. Pendant un moment il resta ainsi, la tête penchée.
— C’est un périscope… grommela-t-il. Mais par le diable, qu’est-ce que cela peut bien signifier ?
Il n’en avait aucune idée. Mais il avait entendu un jour parler de périscopes, et sa remarque lui semblait justifiée.
Il était encore en train de réfléchir à ces choses difficiles quand la tête foreuse, aisément et doucement, se mit à se dévisser sous le seul effet de la traction que Pat, sans s’en rendre compte, exerçait sur elle.
A quinze mètres au-dessus du bateau, l’Ingénieur en Chef Lawrence et ses assistants restèrent un instant paralysés par l’horreur. Ce qui se passait, ils ne l’avaient jamais imaginé. Ils avaient pensé à une foule d’autres incidents possibles, mais pas à celui-là.
— Coleman, Matsui ! hurla Lawrence. Vite, vite, pour l’amour de Dieu, ajustez le tube d’oxygène…
Mais tandis qu’il criait il savait que ce serait trop tard. Il y avait encore deux joints à poser avant que le circuit d’oxygène ne fût clos. Et, naturellement, il s’agissait de joints vissés et non de joints rapidement ajustables. Encore une de ces petites choses qui pendant mille ans n’auraient aucune importance mais qui, dans l’instant présent, pouvaient faire toute la différence entre la vie et la mort.
Comme Samson dans son moulin, Pat tournait autour du tuyau. Il tenait à deux mains le manche de la clef anglaise et le poussait devant lui. Il le faisait sans effort, malgré son état d’extrême faiblesse. La tête foreuse s’était déjà dévissée de plus de deux centimètres. Dans quelques secondes, sans nul doute elle allait se détacher…
Ah ! Ça y était presque… Il put entendre un léger sifflement, qui se fit plus net tandis qu’il continuait à dévisser. Naturellement, c’était l’oxygène qui arrivait dans la cabine. Dans quelques secondes, il pourrait respirer de nouveau, et tous ses tourments disparaîtraient.
Le léger sifflement était devenu un bruit terrible et menaçant. Pour la première fois, Pat, commença à se demander si ce qu’il faisait était bien ce qu’il fallait faire. Il regarda pensivement la clef anglaise et se gratta la tête. Le raisonnement très lent qu’il fit alors l’amena à conclure qu’il n’avait pas commis d’erreur. Si toutefois la radio lui avait à ce moment-là donné des ordres, il aurait probablement obéi. Mais la radio se taisait.
Eh bien, il fallait se remettre au travail… Jamais au cours de sa vie, il n’avait eu une migraine aussi violente. Il recommença à pousser la clef anglaise. Et il tomba de tout son long, le visage en avant, quand la tête foreuse se détacha.
Au même instant la cabine s’emplit d’un grondement de tempête. Un tourbillon d’air souleva tous les papiers qui étaient là, comme le vent d’automne emporte les feuilles mortes. Un brouillard de condensation se forma dans l’air soudain refroidi un brouillard humide et qui s’épaississait. Quand Pat se redressa, prenant enfin conscience de ce qui était arrivé, cette vapeur était si épaisse qu’il ne voyait presque plus rien.
Cet écran vaporeux ne pouvait signifier qu’une chose pour un homme entraîné à la vie dans l’espace, et déjà se formaient de nouveau en lui des réactions automatiques et saines. Il fallait qu’il trouve quelque objet plat pour boucher ce trou. N’importe quoi, pourvu que ce soit assez solide.
Il regarda désespérément autour de lui, à travers le brouillard rougeâtre qui commençait d’ailleurs à se dissiper comme s’il était aspiré par le vide. Le bruit était assourdissant. Il semblait incroyable qu’un aussi petit orifice pût faire autant de vacarme.
Titubant entre ses compagnons inconscients, s’accrochant de fauteuil en fauteuil, il avait déjà presque abandonné tout espoir lorsqu’il vit ce qu’il cherchait. C’était un livre épais, qui gisait tout ouvert sur le plancher où il était tombé. Il pensa que ce n’était pas une bonne façon de traiter les livres, mais il était heureux que quelqu’un se fût montré aussi peu soigneux. Sinon il n’aurait peut-être pas vu aussi vite ce dont il avait besoin.
Quand il fut de nouveau auprès de l’orifice hurleur par où s’échappait la vie du bateau, et qu’il en approcha le livre, celui-ci lui fut littéralement arraché des mains par le souffle et plaqué contre l’extrémité du tuyau. Le vacarme s’arrêta instantanément ; l’air cessa d’être agité.
Pendant un moment, Pat tituba comme un homme ivre. Puis ses genoux fléchirent et il tomba sur le plancher.
Chapitre VII
Les moments réellement inoubliables à la télévision sont ceux auxquels personne ne s’attend et pour lesquels ni les caméras ni les commentateurs n’ont été préparés. Au cours des trente minutes précédentes, le radeau avait été un lieu d’activité fébrile mais contrôlée. Puis, sans aucun avertissement, ç’avait été une éruption.
Si impossible que fût la chose, une sorte de geyser avait pourtant jailli de la Mer de la Soif.
Automatiquement, Jules Braques suivit avec sa caméra cette colonne ascendante de brouillard qui montait vers les étoiles (elles étaient visibles maintenant pour les téléspectateurs, car le directeur avait demandé qu’il en fût ainsi). Tandis qu’elle s’élevait, cette colonne s’étalait, prenant l’aspect de quelque plante étrange – ou aussi, dans une certaine mesure, de ce nuage en forme de champignon qui avait terrorisé l’espèce humaine pendant deux générations.
Cela ne dura que quelques secondes, mais pendant ces secondes-là, des millions de personnes furent comme pétrifiées devant leurs écrans, se demandant comment un jet d’eau pouvait jaillir d’une mer aride. Mais ce jet d’eau bientôt s’affaissa dans le même silence bizarre que lorsqu’il avait surgi.
Pour les hommes qui se trouvaient sur le radeau, ce geyser d’air chargé d’humidité avait été également silencieux, mais ils avaient senti ses vibrations tandis qu’ils bataillaient pour ajuster le dernier joint. Ils y seraient arrivés, tôt ou tard, même si Pat n’avait pas coupé ce flot, car les forces en jeu n’étaient pas considérables. Mais « plus tard » aurait peut-être signifié « trop tard » ! Peut-être même était-il déjà trop tard…