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Naufragés de la Lune

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Naufragés de la Lune
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Quand le second tuyau aurait traversé le toit, ils auraient une double sauvegarde. Ceux qui étaient sur le radeau pourraient leur envoyer de l’air indéfiniment. Ils auraient en outre encore une réserve à eux qui pourrait, si besoin était, durer quelques heures, peut-être même une journée. Ils auraient sans doute à attendre encore assez longtemps sous la couche de poussière – mais sans nouvelles angoisses.

A moins que la Lune ne leur réservât quelque autre surprise…

* * *

— Eh bien, Mr Spenser, dit le capitaine Anson il me semble bien que vous le tenez, votre reportage.

Spenser se sentait aussi exténué, après les heures de tension nerveuse qu’il venait de vivre, que les hommes qui étaient au-dessous de lui sur le radeau. Il pouvait les voir – en plan moyen – sur l’écran de contrôle. Ils semblaient maintenant se détendre – pour autant que des gens revêtus de scaphandres puissent le faire.

Cinq d’entre eux, pourtant, semblaient essayer de vouloir dormir et avaient résolu le problème d’une façon qui pouvait sembler effrayante mais qui était sans doute la plus raisonnable. Ils s’étaient couchés à côté du radeau, à demi-submergés par la poussière, flottant comme des poupées de caoutchouc. Il n’était pas venu à l’idée de Spenser qu’un scaphandre était trop gonflé pour pouvoir s’enfoncer dans cette substance. En quittant le radeau, les cinq techniciens non seulement s’étaient offert un lit des plus mœlleux, mais ils laissaient davantage de place à ceux de leurs compagnons qui continuaient à travailler.

Ces trois membres de l’équipe se déplaçaient lentement sur la petite plate-forme, vérifiant et ajustant des pièces mécaniques – en particulier la masse rectangulaire du purificateur d’air et les deux grosses sphères qui y étaient accouplées.

La caméra, au maximum de sa puissance optique et électronique, pouvait capter cette scène de telle sorte qu’elle avait l’air de se dérouler à une dizaine de mètres. On aurait presque pu lire les indications qui donnaient les jauges et les cadrans. Même avec un grossissement moindre, on pouvait parfaitement voir l’endroit d’où partaient les deux tuyaux qui descendaient de chaque côté du radeau, jusqu’à l’invisible Séléné.

Cette scène détendue et paisible formait un saisissant contraste avec celle qui s’était déroulée une heure plus tôt. Mais il n’y aurait plus grand-chose à faire ici jusqu’au moment où le prochain chargement de matériel serait arrivé. Les deux « glisseurs » étaient en effet retournés à Port Roris. C’était là que maintenant devait régner la plus grande activité. Tous les techniciens y vérifiaient et y assemblaient l’appareillage grâce auquel, ils l’espéraient, on pourrait sortir du bateau les naufragés. Mais il faudrait encore une journée avant que tout cela fût prêt et installé sur place. Pendant ce temps-là, sauf incident, la Mer de la Soif continuerait à s’étaler, immobile, sous le soleil, et la caméra n’aurait pas de scènes nouvelles à diffuser dans l’espace.

Dans la cabine de l’Auriga, la voix du directeur des programmes sur la Terre se fit entendre – avec le petit décalage habituel d’une seconde et demie.

— Très beau travail, Maurice et Jules. Nous allons continuer à enregistrer pour le cas où il surviendrait quelque chose de nouveau. Mais nous ne diffuserons pas jusqu’à nouvel ordre ce que vous prendrez. En attendant, nous aurons autre chose à nous mettre sous la dent. Tous les inventeurs plus ou moins cinglés qui essaient d’obtenir des brevets pour un nouveau modèle de pince à linge ont des vues sur la façon de sauver les passagers du Séléné. Nous allons en rassembler un groupe à 6 heures 15. Ça devrait être amusant…

— Et qui sait ? Peut-être l’un d’eux apportera-t-il une idée utilisable ?

— Peut-être. Mais j’en doute. Les plus sensés ne participeront pas à notre émission, car ils savent à quoi ils s’exposeraient…

— A quoi donc ? Qu’est-ce que vous voulez leur faire ?

— Leurs idées seront analysées et critiquées par votre savant ami le docteur Lawson. Et il est prêt à les écorcher tout vifs au cours de ce débat.

— Ce n’est pas mon ami, protesta Spenser. Je ne l’ai vu que deux fois. La première, je n’ai pas pu lui arracher plus de dix paroles. Et la seconde, il s’est endormi littéralement entre mes bras.

— Eh bien, il a fait des progrès depuis, croyez-le ou non. Vous le verrez. Ça doit passer dans… dans quarante cinq minutes.

— J’attendrai. Mais pour le moment, ce qui m’intéresse le plus, c’est ce que projette Lawrence. A-t-il fait une déclaration ? Vous devriez pouvoir le joindre, maintenant qu’il n’est plus sous pression.

— Oh ! Il est toujours terriblement occupé et ne veut pas parler. Nous ne pensons pas que le Service Technique de la Lune ait déjà pris une décision. A Port Roris, on fait des essais avec du matériel de toute sorte venu de tous les points du satellite. Nous prendrons immédiatement contact avec vous si nous apprenons du nouveau.

C’était une chose paradoxale, mais que Spenser connaissait bien : lorsque vous vous occupez d’une affaire comme celle-là, même si vous êtes au centre des événements comme c’était le cas pour le reporter, vous n’avez aucune idée précise de l’ensemble du tableau. Il avait mis l’affaire en branle, mais maintenant il ne la contrôlait plus. Certes Jules Braques et lui captaient les images et fournissaient les commentaires les plus importants – mais le thème général était façonné dans les centres d’information de la Terre et de Clavius City. Il aurait presque souhaité pouvoir quitter Jules Braques et gagner le quartier général.

C’était évidemment impossible. Et même s’il l’avait pu, il l’aurait vite regretté. Car non seulement il s’agissait de la plus belle affaire de toute sa carrière, mais ce serait, il le suspectait, la dernière dont il eût à s’occuper d’une façon aussi directe, sur le terrain. Car, en raison même de cette grande réussite, il serait ensuite affecté – dans un rang plus élevé – à un poste sédentaire…

Chapitre VIII

Tout était encore très calme à bord du Séléné, mais c’était maintenant le calme du sommeil, et non plus celui de la mort imminente. Avant longtemps, tous les gens se réveilleraient, pour saluer un jour nouveau qu’ils avaient eu très peur de ne jamais voir.

Pat Harris était perché en équilibre très instable sur le dossier d’un fauteuil, pour réparer au plafond le câble électrique qui donnait la lumière. Il était heureux que la foreuse n’ait pas passé à cinq millimètres plus à gauche, car le câble de la radio aurait été coupé lui aussi et la réparation aurait été beaucoup plus compliquée.

— Docteur, fit Pat, tout en enroulant son ruban isolant, voulez-vous actionner l’interrupteur du circuit 3.

Les ampoules du réseau principal s’allumèrent aussitôt, dispensant dans la cabine une clarté qui sembla aveuglante par comparaison avec la petite lueur rouge qu’ils avaient avant. Au même instant, un bruit volumineux, explosif, inattendu et alarmant faillit faire perdre l’équilibre à Pat Harris. Mais avant d’avoir atteint le plancher, il avait compris de quoi il s’agissait. C’était un éternuement !

Les passagers commençaient à remuer. Peut-être avait-on poussé un peu trop la réfrigération de la cabine, car il y faisait maintenant très froid.

Il se demanda quel serait le premier de ses compagnons à se réveiller. Il espérait que ce serait Suzan. Ils pourraient ainsi parler en toute tranquillité, pendant un moment tout au moins. Après les épreuves qu’ils avaient vécues ensemble, Pat ne considérait pas en effet que le docteur McKenzie fût un témoin gênant – mais Sue, peut-être, ne verrait pas les choses sous le même angle.

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