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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Donc, aux yeux de tous et aux miens : une seule édition du Dictionnaire de la langue française de Littré et point besoin d’en avoir différents exemplaires. C’est cependant oublier que le dictionnaire, comme presque tous les dictionnaires en plusieurs volumes dont la publication s’effectue sur une dizaine d’années, du premier au dernier volume, permet en fin de parcours de corriger une erreur qui se serait glissée dans un volume déjà paru, au moment où l’on édite d’un bloc l’ensemble.

C’est ce qui s’était en fait passé pour Littré, entre le fascicule envoyé aux abonnés et insérant pour la première fois le mot cyclone, puis le premier volume y correspondant, et le moment enfin où les quatre volumes sont publiés et vendus ensemble dans une édition finale. Littré avait ainsi eu le temps, pour très peu de mots certes, d’insérer un rectificatif. Or, ces modifications étant rarissimes et nulle part répertoriées, seul le chasseur fou de mots et de dictionnaires, car il faut être bien déraisonnable pour disposer de deux ou trois Littré, peut au détour d’un bosquet de mots photographier l’anomalie, le crabe-yéti qui s’était caché dans un article. Révélateur de la mutation. Et le nimbus d’être ému d’avoir ainsi vécu en direct les états d’âme lexicologiques de Littré. Raconter cela ensuite à Jean-Marc, qui tient Le Beaujolais, un café tout à côté de l’endroit où l’on va enregistrer une chronique de langue, remet évidemment les choses à leur place : on lit dans son regard à la fois de la sympathie et une certaine compassion amusée pour celui qui se passionne pour si peu de choses !

Pour en revenir au cyclone, une fois épinglé comme un papillon chez Littré, on consulte d’autres dictionnaires, entre autres le Trésor de la langue française riche de ses 450 000 citations, et on ne peut s’empêcher d’en cueillir une, comme une belle fleur au coin d’une forêt dense. Ce qui permettra de conclure la chronique demandée en rappelant que, dans la réalité, le seul cyclone sympathique reste celui décrit par Colette dans Claudine à l’école (1900), lorsque Monmond « passe, avec une brutalité de cyclone, emportant sa danseuse comme un paquet », car il a parié un «  siau de vin blanc » qu’il ferait « la longueur de la salle en six pas de galop ». Il y réussit, le voilà admiré, mais hélas la danseuse est furieuse ! Pas la moindre tendresse en effet dans un cyclone, quel qu’il soit.

D

DICTIONNAIRE s. m. Livre qui contient les mots d’une langue, d’un art, ou d’une science par ordre alphabétique. Un bon dictionnaire est tres-dificile à faire.

Pierre Richelet, Dictionnaire françois, 1680.

DAYE DANDAYE : C’est un mot qu’on peut dire de l’invention de M. Scarron, puisqu’il ne se trouve en aucun autre auteur. Il s’en sert pour se moquer et a la même signification que la relanlère, à d’autres, zest ou tarare. Je ne dis que daye dandaye.

Le Roux, Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, 1718.

Le troupier français est débrouillard.

Exemple du Petit Larousse 1905, Article débrouillard.

Dabuh

Sans religion, une date !

Cela a déjà été dit : au moment même de la naissance de ma première fille, je venais de dénicher le Dictionnaire universel de Furetière, la toute première édition de ce dictionnaire datant de 1690. La mienne datait de 1702. J’ai donc longtemps pensé que je bénéficiais du Furetière, ce qui était forcément exact, mais d’une certaine façon seulement : je ne disposais que du Furetière de 1702.

J’acquis ensuite l’édition de 1690, mais dans la mesure où 95 % des articles de l’édition de 1702 sont rigoureusement identiques, on ne perçoit pas tout de suite les différences. Pourtant les variables ne font pas défaut, traîtreusement glissées pour faire déraper le lexicologue insuffisamment précis…

Par exemple avec le dabuh…

Pour ainsi dire tout le monde, y compris les universitaires pourtant obsessionnellement et judicieusement soucieux du petit détail, déclare disposer du Robert, du Larousse, petit ou grand, ou du Bescherelle, du Quillet, ou bien encore du « Littré de l’époque ». Une précision primordiale manque pourtant : de quelle année date l’ouvrage invoqué ?

N’oublions pas le dabuh.

Le dabuh est absent du Littré 1873… Les lecteurs férus du bon Littré et de son Dictionnaire de la langue française auront sans doute tiqué, à propos du « Littré de l’époque », évoqué il y a quelques lignes, puisqu’on peut lire partout qu’il n’y eut de son temps qu’une seule édition, et que la fille de Littré, Sophie, veilla jalousement à ce qu’il n’y ait pas la moindre mise à jour du grand dictionnaire paternel. Mais à la lecture de l’article Cyclone qui précède, vous avez découvert cependant quelques failles au mythe du texte sans variante, ne varietur comme disent les éditeurs aux imprimeurs. Si dabuh il n’y a pas dans le Littré 1873, il aurait pu être dans le volume de 1863.

Le dabuh ?

On y vient. Soulignons auparavant qu’il y a des différences parfois essentielles d’une édition à l’autre. Par exemple entre le Petit Robert de 1992 et sa refonte de 1993. Et, on le devine aisément, entre le premier article consacré à l’écologie dans le Petit Larousse au cours du XXe siècle et le millésime du XXIe siècle qui vient de paraître. Pourtant, c’est à une année près que les changements s’opèrent toujours, d’un millésime à l’autre. C’est un fait indiscutable : sans datation de l’ouvrage consulté, en matière de recueil de mots on ne dépasse pas le stade dangereux de la « religion » des dictionnaires.

Et le dabuh dans tout cela ?

Le dabuh, là, juste avant la dace

Il court, il court, le dabuh. Impitoyable. Avec le Furetière dans son édition de 1702. C’est-à-dire dans le cadre de ma première rencontre amoureuse authentique avec un très vieux dictionnaire portant un nom reconnu dans le domaine et que des mains inconnues ont feuilleté plus de deux siècles avant moi, dans quelque échoppe du XVIIIe siècle. C’est avec lui que se rédigèrent mes premières chroniques, en vivant force exaltations au détour d’articles délicieusement déconcertants. Et je parlais alors avec passion de « mon » Furetière… sans date précise. Puis je rencontrais l’édition de 1690, la toute première. Plus jeune de douze ans que celle que je consultais donc régulièrement.

Patatras ! Monsieur de Nevers ! Il y avait des différences, rares, mais criantes ! Et quelques chroniques, heureusement assez peu, en avaient fait les frais. Voilà comment on tombe lexicologiquement de haut.

Patatras ! Monsieur de Nevers ! « Exclamation ironique qu’on fait quand on voit tomber quelqu’un », qui viendrait, dixit Furetière, de la remarque anodine d’une paysanne, témoin de la chute de cheval de Monsieur de Nevers à l’entrée du village, remarque malencontreuse puisqu’elle fut l’occasion de sa colère impitoyable : il saccagea tout le village. Mais je n’eus pas ces excès. Je prenais ma première leçon de dictionnaires anciens. Patatras !

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