Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:

C'est le besoin d'argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d'une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 - il a trente ans tout juste -, sa réputation de conteur change la donne : c'est une rémunération d'écrivain reconnu qu'on lui offre et, l'année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois. D'autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu'à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, murs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son uvre qu'on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d'apparaître au point que l'on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu'une chronique. Assurément, l'unité est ici celle d'un monde et d'une époque : mais c'est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d'un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ».
1 ... 202 203 204 205 206 207 208 209 210 ... 313
Перейти на страницу:

Combien de fois n’a-t-on pas cité l’exemple du monsieur en habit noir qui saute d’un pont dans un fleuve, la nuit, pour sauver un misérable et qui s’en va sans laisser son nom.

Cela arrive... Mais alors... Alors il faudrait un microscope plus puissant pour voir au fond de ce cœur-là ! Il faudrait, surtout, connaître l’histoire de sa vie.

Contemporains

(Gil Blas, 4 novembre 1884)

On ferme, messieurs, on ferme vos tripots ! Il paraît que vous y cartonniez avec une ardeur rare et une louable habileté. Donc, on ferme des tripots d’un bout à l’autre du boulevard, des tripots fréquentés, soutenus, fondés, présidés par des gens connus et respectés, qui demeurent malgré tout respectés et plus connus que jamais.

— Que faisait-on dans ces tripots que la police a fini par murer ?

— On y trichait, madame.

— Rien que cela ?

— Oui, rien que cela, car ce n’est rien. Aujourd’hui, on entend bien murmurer des soupçons sur la délicatesse des hommes les plus considérables de ce temps. Quand ce n’est pas au jeu qu’on triche et qu’on vole, et qu’on pille, et qu’on dévalise, et qu’on filoute, c’est ailleurs, partout, en haut aussi bien qu’en bas.

On chuchote même que tous ces tripots fermés, si tard, ne l’ont été que pour venir en aide à certains autres établissements de même nature, patronnés par des puissants, et dont l’état financier laissait beaucoup à désirer.

Rien de mieux ! Le public aussi s’étonnait de ces exécutions sans raison sérieuse, car enfin ce n’est pas de fermer un cercle parce qu’on y vole des gens de bonne volonté, alors qu’on ne ferme pas les rues où on dévalise, chose plus grave, des gens qui ne s’y prêtent en rien.

Constatons cependant que la police s’est indignée.

Mais le monde, lui, ne s’indigne pas, il sourit ; il murmure : « Ah ! On trichait. – Eh bien, pourquoi ne tricherait-on pas dans un cercle ? »

Chaque siècle a son caractère, chaque quart de siècle sa physionomie. L’histoire de France faite au seul point de vue des mœurs serait plus intéressante pour bien des hommes que faite, selon l’usage, au seul point de vue des événements. Mais il est assez difficile de déterminer les causes qui modifient, en vingt ans, toute la manière d’être d’une race.

Le dernier siècle avait un caractère tout spécial. Il était élégant et dépravé. Rejetant l’hypocrisie à la mode sous le précédent roi, il étala des mœurs hardiment impures que rendit séduisantes une crise d’esprit, de fantaisie artiste, de goût charmant, de libre philosophie comme aucun pays n’en avait eu.

On peut dire que le peuple français a donné, sous le Régent et sous Louis XV, sa note éclatante dans l’histoire intellectuelle du monde, qu’il a atteint là le vrai sommet de son originalité.

Ainsi chaque pays arrive à un moment précis à dégager une sorte d’arôme d’humanité triomphante et mûre dont l’histoire garde le goût. Cette maturité particulière ne dure jamais, d’ailleurs. Produite par le temps et les événements, elle passe en quelques années comme la saveur des vins.

Il est à remarquer aussi que l’époque où un pays dégage le vrai bouquet de sa race ne correspond presque jamais avec les grandes périodes de splendeur et de prospérité, car le tempérament des nations comme celui des hommes étant fait autant de défauts que de qualités, il faut, pour qu’elles parviennent à tout leur développement caractéristique, que leurs défauts comme leurs qualités atteignent ce degré de maturité qui précède la décomposition.

Je ne veux point dire non plus que nous soyons en décadence en tout. – Qui pourrait affirmer cela ? – Nous sommes différents, pires sous certains rapports, meilleurs sous certains autres. Nous paraissons surtout être devenus beaucoup moins français. Mais le trait spécial à noter depuis une vingtaine d’années, c’est la disparition presque complète de ce qu’on pourrait appeler l’honneur intime. Nous n’avons plus guère que l’honneur d’apparat. Et cela se montre principalement par l’éclipse totale de la probité scrupuleuse, ou même de la probité, sans adjectif.

Quels que fussent les vices des hommes de l’ancienne société, ils gardaient cependant en eux le sentiment secret de la propreté morale, ils avaient le sens très profond d’une certaine délicatesse de cœur et d’une subtile élévation d’âme, qui, malgré leurs débauches, leurs écarts les faisaient demeurer des gentilshommes.

Tous les gentilshommes n’étaient pas des nobles, et tous les nobles n’étaient point gentilshommes.

Dans le peuple aussi la probité était commune.

Elle a disparu aujourd’hui du monde comme du peuple.

On pouvait tout faire, sauf voler. Cela seul déshonorait.

Aujourd’hui on peut tout faire, même voler, surtout voler, pourvu qu’on garde certaines formes exigées.

Il y a seulement cinquante ans, ceux dont on disait « c’est un honnête homme » étaient assez communs. Aujourd’hui ils sont devenus presque introuvables. Ce n’est point là un paradoxe, mais une vérité déplorable.

Cherchons, de bas en haut.

Encore connaît-on ces bons serviteurs dévoués et probes qu’on ne rencontrait pas seulement dans le théâtre de M. Scribe, mais aussi dans les familles ? Plus du tout ! Nos domestiques sont des ennemis intimes installés chez nous pour nous dévaliser. Est-il une cuisinière qui laisse en paix l’anse du panier ?

Connaissez-vous des fournisseurs scrupuleux ? Le principe du commerce moderne ne semble-t-il pas être le vol organisé, l’art de duper le client, de le tromper sur la qualité et sur la quantité, de lui placer les rebuts. La falsification des denrées les plus communes est devenue si générale qu’il a fallu organiser des escouades de chimistes aussi impuissants à empêcher cette fraude universelle qu’on le serait à empêcher la pluie de tomber.

Quel est celui des premiers restaurants de Paris où nous ne soyons chaque jour trompés sur la provenance et l’âge des vins que nous buvons à quarante francs la bouteille ?

Qui ne tonnait le truc du champagne Baratte, le truc de l’addition, le truc de la pièce de dix francs glissée sous la carte, tous les trucs enfin qu’il nous faut flairer, découvrir, pour n’être pas dévalisés du matin au soir, par ces honnêtes gens patentés qu’on nomme les commerçants.

Mais dans le monde, direz-vous ? Ah ! Oui, parlons-en !

L’improbité s’y étale avec une incroyable impudence. Que sont nos grands financiers ? De grands voleurs qui dévalisent les petits rentiers au moyen de fluctuations préparées des valeurs et de coups de bourse habiles. Toute la manipulation des hautes affaires n’est que de la ruse, de la duplicité, de l’adresse déloyale, employées avec une rare audace pour escamoter des millions. Le succès légitime la fraude.

Regardez l’histoire des grandes Banques, des grandes Entreprises dites Nationales, dites Patriotiques, dites Humanitaires, et vous ne trouverez, au fond, que de la friponnerie impudente.

On vient de condamner deux députés pour des tripotages indélicats. Mais si on condamnait tous ceux, députés, sénateurs, fonctionnaires ou autres, qui font partie de conseils d’administration véreux, qui patronnent des affaires louches, qui secourent des chemins de fer d’intérêt local et personnel passant par leurs propriétés, qui ont prêté la main, pour la tendre ensuite, à des spéculations inavouables, les services publics désorganises cesseraient de fonctionner, et il faudrait employer le budget tout entier à la construction de prisons.

1 ... 202 203 204 205 206 207 208 209 210 ... 313
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)