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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:

C'est le besoin d'argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d'une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 - il a trente ans tout juste -, sa réputation de conteur change la donne : c'est une rémunération d'écrivain reconnu qu'on lui offre et, l'année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois. D'autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu'à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, murs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son uvre qu'on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d'apparaître au point que l'on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu'une chronique. Assurément, l'unité est ici celle d'un monde et d'une époque : mais c'est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d'un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ».
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Jamais, d’ailleurs, je n’ai aussi peu entendu parler d’aventures galantes, de séductions et de malheurs conjugaux que pendant les quatre mois passés en Corse. J’en avais conclu que la vendetta et le banditisme, toujours florissants dans le maquis, occupaient trop les esprits pour leur laisser le loisir d’exploits moins sanguinaires. Et si on m’avait demandé un certificat de vertu pour les femmes corses, bien que je n’eusse aucune qualité pour délivrer de pareils diplômes, j’aurais pu le signer des deux mains, avec la conviction profonde qu’elles le méritaient mieux que les femmes de Paris, en général.

Si on m’avait demandé encore un travail comparé entre les mœurs de Corse et les mœurs de Jersey que gouverne la chaste et hypocrite Angleterre, j’aurais conclu, avec beaucoup de considérants à l’appui, en faveur de l’île française.

Je me hâte de prévenir les Anglais qui pourraient venir me demander raison de cette opinion que je les mordrai avec toute l’énergie dont je suis capable.

Quant aux Corses, qui ne sont pas riches, ils sont du moins les hommes les plus hospitaliers et les plus généreux du monde.

Et s’il fallait comparer le paysan normand qui travaille sans repos, du lever au coucher du soleil, économe, rusé pour ses intérêts, avare à laisser mourir de faim son frère, sournois et soupçonneux, au paysan corse qui ne fait rien du matin au soir que de fumer à l’ombre des châtaigniers, qui vit de presque rien mais qui ouvre sans hésiter et sans compter sa porte aux passants inconnus, partage avec eux sa soupe, et leur donne même ce qu’il y a de mieux chez lui, je préférerais peut-être le Corse au Normand.

Cette polémique et cette bataille occupent depuis huit jours tous les journaux français.

Dans les journaux belges j’ai trouvé aussi une petite aventure qui ne manque point d’intérêt.

Comme on fait toujours, non pas à Bruxelles, mais à Paris, des procès littéraires, et comme nos magistrats confondent et confondront éternellement l’œuvre d’art, bonne ou mauvaise, osée ou retenue, mais sincère, avec le roman obscène ou le volume de chantage, le parquet français vient de poursuivre Autour d’un Clocher, paru chez Kistemaeckers à Bruxelles.

C’est un tableau de mœurs, brutal il est vrai, mais écrit avec conviction par un auteur très jeune, trop jeune, mais qui promet.

Or, ce livre mis en vente chez nous en même temps qu’en Belgique a été poursuivi en France, et non en Belgique bien entendu.

A cette nouvelle, l’éditeur, surpris, accourt à Paris et vient se mettre spontanément à la disposition de M. le juge d’instruction.

Ce magistrat fit d’abord attendre plusieurs heures M. Kistemaeckers, puis le fit revenir le lendemain, puis, après une nouvelle attente, lui fit dire qu’il ne le recevrait pas.

Il paraît que la justice et le savoir-vivre ne sauraient faire bon ménage.

Donc, l’éditeur retourna chez lui.

Mais quelle fut sa stupéfaction, en recevant, un mois plus tard, du même juge d’instruction, l’ordre d’avoir à comparaître devant lui, tel jour, à telle heure.

M. Kistemaeckers sauta sur sa bonne plume et répondit au magistrat français une lettre fort spirituelle, affirmant que sa santé ne lui permettait guère de quitter la campagne en ce moment, et priant M. le juge d’instruction de ne point s’étonner de son refus d’aller à Paris, car il avait, pour ne pas se déplacer au jour dit, juste les mêmes raisons qui avaient empêché M. le magistrat de le recevoir, quand il s’était présenté chez lui.

La réponse était amusante et méritée. M. Kistemaeckers, qui a de la chance de ne point relever de nos tribunaux, doit s’amuser en ce moment.

Quant aux procès littéraires, il paraît que certains hommes regrettent les temps où ils étaient aussi nombreux que les jours de l’année.

Un ancien prêtre, qui s’appelait Hyacinthe, et qui s’appelle aujourd’hui, plus modestement, Loyson, a écrit au poète Jean Richepin une inqualifiable lettre, rendue publique, en laquelle il dénonce formellement Les Blasphèmes à l’indignation du monde et à l’attention des tribunaux.

Je sais que le signataire s’est défendu depuis lors de cette dernière intention, évidente cependant pour qui comprend le français.

Si M. Loyson ne l’a pas eue, c’est qu’il ignore quelque peu le maniement et la valeur de notre langue.

Ce ci-devant moine, qui éprouve le besoin, semble-t-il, de faire sa paix avec l’opinion publique, part en guerre, avec la dernière violence, pour défendre la morale, et crie au scandale en regardant la paille dans l’œil de M. Richepin.

Donc M. Loyson défend la morale, comme homme marié, assurément, car il n’a plus de mandat spécial.

Il défend avec véhémence les liens du sang, comme père de famille sans doute ; et on ne peut lui contester ce droit.

Enfin, il défend la patrie, à propos de bottes, peut-être dans l’intention de devenir le chapelain de la Ligue des patriotes. Et tout cela pourquoi ? Tout cela au sujet de l’opinion poétique d’un écrivain ou plutôt au sujet de la fantaisie paradoxale ou sincère d’un rimeur excité par le rythme.

En tout cas il s’agit d’idées mises en vers, c’est-à-dire d’une œuvre d’art et non d’une œuvre scientifique, d’une, œuvre d’art qui doit échapper aux discussions de doctrine, aux discussions purement philosophiques pour appartenir aux discussions esthétiques.

Cette distinction est élémentaire pour tout homme éclairé et de bonne foi. MM. Darwin, Littré, Herbert Spencer et autres, n’ont pas écrit en vers leurs théories, leurs systèmes, leurs hypothèses.

Je ne me ferai pas une opinion sur les croyances de Musset, en lisant le dialogue de Dupont et Durand. Si M. Loyson, qui a perdu beaucoup de sujets de s’indigner, lisait un peu ce qu’écrivent aujourd’hui les philosophes positifs et scientifiques, à l’étranger et même en France, et je parle des philosophes les plus illustres et des savants les plus reconnus, il y verrait, précisée en des phrases d’une concision sèche, l’idée qui l’a choqué si fort avec k développement poétique que lui donne M. Richepin.

Mais cet ancien moine semble plus préoccupé de réclame que de sincérité scientifique ; et sa lettre, d’une grossièreté déclamatoire et voulue, montre bien le fond de cet esprit emphatique, brutal et vague.

Cependant, s’il tenait à dire son opinion sur Les Blasphèmes, ce discoureur confus a bien fait de ne donner que son avis de moraliste, car au point de vue littéraire son incompétence est suffisamment prouvée par ses stériles conférences.

Ce genre de lettres, d’ailleurs, et ce genre d’indignation ressemblent beaucoup à du cabotinage, à du cabotinage religieux.

Et nous venons d’assister, mes frères, à une autre séance de cabotinage politique qui a profondément remué l’opinion publique en Europe, mais dont nous n’avons pas suffisamment savouré le prodigieux comique.

Trois grands empereurs, de qui dépend le sort du monde, ont jugé bon de causer une heure ou deux des affaires de notre continent.

Quand trois gros commerçants ont à parler d’une entreprise importante, ils lui consacrent, en général, plus de temps.

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