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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:

C'est le besoin d'argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d'une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 - il a trente ans tout juste -, sa réputation de conteur change la donne : c'est une rémunération d'écrivain reconnu qu'on lui offre et, l'année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois. D'autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu'à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, murs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son uvre qu'on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d'apparaître au point que l'on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu'une chronique. Assurément, l'unité est ici celle d'un monde et d'une époque : mais c'est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d'un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ».
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Donc, nos trois empereurs ont résolu de se faire une visite de cousinage, mais comme les déplacements sont plus difficiles pour eux que pour un simple bourgeois, en raison des assassins spéciaux qu’on nomme des régicides, ils se sont rencontrés, avec mille précautions, dans un grand château bien gardé par deux excellents régiments d’élite.

Et là qu’ont-ils fait ? Ce qu’ils ont fait ? Ils ont invité les trois hommes d’État qui les accompagnaient à s’entretenir entre eux des motifs de ce voyage, pendant qu’ils tireraient un lapin, à l’imitation de M. Grévy.

Ils ont donc tué un lapin ou même plusieurs lapins pendant que les trois chanceliers, bien enfermés, discutaient tranquillement.

Puis, comme le temps devenait long, l’empereur d’Allemagne dit aux deux autres : « Si nous passions une revue », comme les enfants des Tuileries disent à leurs camarades : « Si nous jouions au cheval. »

Et les deux autres, enchantés, ont répondu : « C’est ça. »

Il faut dire que par politesse l’empereur d’Autriche était habillé en général prussien, l’empereur d’Allemagne en général russe et l’empereur de Russie en général autrichien. Je fais peut-être une confusion dans la mascarade.

Qu’on se figure un colonel s’habillant en curé pour aller faire visite à son évêque, et l’évêque rendant la visite en capitaine de gendarmerie.

Donc ils ont crié : « C’est ça, passons une revue. »

Mais on n’avait que deux régiments, deux régiments superbes, il est vrai ; mais enfin, pour trois empereurs, c’était peu. Il fallait pourtant s’en contenter. Ce qui rendait la chose amusante, par exemple, c’est que l’empereur de Russie était colonel d’un de ces régiments-là et l’empereur d’Allemagne colonel de l’autre.

Quant à l’empereur d’Autriche, il a dû pleurer de chagrin, n’étant colonel de rien du tout, comme l’officier qui ne portait rien à l’enterrement de Marlborough.

On a donc fait passer les deux régiments devant les trois généraux-empereurs. Puis ils ont repassé, puis ils sont revenus. Alors l’empereur d’Allemagne s’est mis à la tête du sien et il l’a ramené encore une fois devant ses deux compères, en leur faisant un grand salut avec son épée.

Après ça il a dit, en retournant s’asseoir :

— « Chacun son tour. »

Et l’empereur de Russie s’est levé pour faire aussi défiler son régiment, à lui, en saluant de la même manière.

Ce petit jeu de revue en chambre terminé, on est allé voir si les trois hommes d’État avaient enfin achevé leur besogne.

Est-ce que ces grotesques enfantillages ne donnent pas quelquefois raison, hélas, à ceux qui font des révolutions sanglantes ?

Car, au lieu de jouer à la revue, ces vieux gamins couronnés ont souvent la fantaisie de jouer à la guerre.

Et voilà comment les trois grands empereurs ont employé leur grande intelligence, par le moyen des trois chanceliers, pour le plus grand bien de l’Europe.

Le fond du cœur

(Gil Blas, 14 octobre 1884)

Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur, a dit un poète.

Quant à moi, mesdames et messieurs, je n’ai pas vu le fond d’un cœur, pas plus d’ailleurs que le fond de l’air dont on nous parle à tout instant, mais je m’imagine que si on en pouvait examiner un au microscope, on y trouverait autant de saletés que dans l’eau distribuée aux habitants de Paris par MM. les ingénieurs de la Ville, ces malfaiteurs publics.

Et je ne parle pas d’un cœur de qualité médiocre, d’un cœur de filou, de souteneur de fille publique, de financier ou de député, mais d’un cœur honnête, loyal, digne sous tous les rapports de l’estime publique.

Un autre penseur a dit : « Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre. »

Je dis, moi : « Il n’y aurait pas d’honnête homme pour un œil sondant le fond des consciences. »

Voilà. Criez, maintenant, prêcheurs de vertu, sépulcres blanchis, comme vous a appelés jadis, je crois, un homme qui passe pour respectable auprès d’un grand nombre d’humains. Pas d’honnête homme ? Pas un au monde ? – Pas un.

Ah ! Certes, on est honnête de temps en temps, par élans, par entraînement, par éducation, par raisonnement, par morale, – mais par vocation ?, jamais.

On est honnête devant les autres par pose, par politesse, par religion, par peur, par respect humain. Je vais plus loin, on est honnête devant soi-même par aveuglement, par orgueil, par pudeur, par estime de soi ou par sottise.

Mais personne, personne au monde ne paraîtrait toujours et rigoureusement honnête à l’œil, à l’œil mystérieux qui lirait au fond des cœurs.

Oh ! Quelle chance d’être fermés comme nous le sommes à toute investigation du voisin, d’être toujours mentalement sur la terre, toujours séparés de tous dans le mystère de notre pensée ! Quelle chance d’être par nature toujours discrets sur nous-mêmes et de ne jamais accomplir le Gnôthi seauton, le « Connais-toi toi-même » d’un philosophe d’autrefois.

Je me crois honnête, parbleu ! Vous aussi, monsieur, vous vous croyez honnête, qui n’avez pas volé ! Vous aussi, madame, qui n’avez pas failli !

Et nous ne sommes cependant, les uns et les autres, que d’hypocrites coquins.

D’hypocrites coquins, car nous nous jouons toute la journée, à nous-mêmes, la comédie de l’intégrité.

S’il fallait, non pas avouer mais seulement reconnaître en silence toutes les hontes secrètes de notre pensée, tous les désirs coupables qui nous effleurent, tous les éveils infâmes de nos passions, de nos instincts, de notre sensualité, de notre envie, de notre cupidité, nous demeurerions effarés devant notre gredinerie.

Confessons-le, notre cœur est plein d’appétits rampants, vils et coupables, que nous surprenons à tout instant, que nous réprimons souvent, où nous nous complaisons parfois.

Cherchons en nous. Qui n’a désiré la mort d’un rival ; d’un confrère heureux ; même d’un voisin dont on convoite le champ ? Oui, qui n’a désiré la mort d’un homme, ne fût-ce qu’une seconde, pour un motif futile, inavouable ou honteux. Combien même ont attendu la mort d’un parent dont ils devaient hériter, et, sans la désirer, se sont répété souvent tout bas un chiffre, rien qu’un chiffre : « Cinquante mille livres de rentes. J’aurai ça, un jour. »

Que d’autres choses encore on trouverait au fond d’un cœur honnête – petites lâchetés, petites transactions, petites perfidies, petits mensonges, petites roueries, -toutes les échappatoires, enfin qui nous font mettre le pied, pendant un moment, hors la limite étroite de ce pays de convention qu’on nomme la stricte honnêteté.

Et d’abord, au front de tout homme qui naît, on devrait graver ce mot : « égoïsme », sur la chair, au fer rouge.

Des gens indignés s’écrieront qu’ils suivent scrupuleusement, sans s’en écarter jamais, le chemin de la morale.

La morale, qu’est-ce que cela, monsieur ?

C’est, ne vous déplaise, l’idéalisation des mobiles de nos actions, c’est le besoin qu’éprouvent les braves gens de prendre des vessies pour des lanternes, ou, si vous l’aimez mieux, l’art délicat de nous faire passer vis-à-vis de nous-mêmes pour meilleurs que nous ne sommes, en colorant nos intentions avec des nuances de dévouement, de grandeur d’âme, de générosité, etc. ; c’est la poétisation de la vie au profit de l’humanité. La morale et la religion sont les deux poésies de la Loi, l’une laïque et l’autre ecclésiastique.

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