La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
P.-S. – Mon fils se porte bien; il est charmant, et promet beaucoup. Je ne veux vivre que pour lui, et pour ma pénitence voilà mes deux consolations.
3ème.
Un peu de consolation, très chère bonne amie, se mêle aux peines dont je t’ai parlé: mon surveillant, ce laquais que, mon mari a fait mon maître, était l’un de ces jours dans mon, cabinet de toilette à ranger quelque chose. Je souffrais beaucoup et M. le marquis venait de me traiter fort mal. J’entendis Farisar soupirer et pleurer. Un instant après son maître l’appela: «Qu’as-tu donc? (je l’entendis). – Ma foi, monsieur, ma maîtresse, Mme la marquise votre femme, est la plus respectable dame que j’ai vue de ma vie. C’est une sainte et je ne veux plus être, employé à son service, que pour l’honorer et me recommander à ses prières. – Elle t’a séduit, mon pauvre sot! Va, c’est une rusée coq… – J’ose vous assurer, monsieur et cher maître, et vous jurer par tout l’attachement que vous m’avez toujours su pour vous, que vous vous trompez au sujet de madame, et qu’un jour vous aurez regret à tout ce que vous lui dites et faites. – Monsieur Farisar, gardez vos prédictions pour vous-même, ou pour les faquins de votre espèce, et faites ce que je vous ordonne sans examen.» Cependant le discours de ce garçon a fait quelque impression sur mon mari. Je le trouve plus réservé… Ah! s’il savait tout! comment me traiterait-il?
4ème.
Je me trouve enfin, ma chère bonne amie sœur, dans une situation supportable de la part de mon mari. Il ne m’humilie plus au point où il le faisait. Car il faut te dire enfin qu’il avait ici deux impudentes créatures qui étaient mes maîtresses, et qui me faisaient souffrir toutes sortes d’humiliations; jusqu’à m’obliger à les servir à table, debout derrière leur chaise, tandis qu’elles mangeaient avec M. le marquis. Elles m’ont réduite à pis encore: mais cela ne saurait s’écrire à Fanchon Berthier. D’ailleurs ai-je des droits? Non, non, je n’en saurais avoir et tout ce qui m’afflige, ce sont les fautes que fait M. le marquis. Hélas! nous sommes assez coupables pourquoi nous charger de nouvelles iniquités, et augmenter le trésor de colère amassé sur nos têtes!… Enfin, il a cessé d’hier. Les deux créatures sont renvoyées, sans que j’aie dit un mot pour me plaindre. Farisar transporté de joie est venu m’annoncer cette nouvelle. Le pauvre garçon était hors de lui-même. On m’a dit qu’après l’ordre donné, il s’était jeté aux genoux de son maître, et qu’il lui avait souhaité mille bénédictions. De ce matin, la somme dont je puis disposer est augmentée. Farisar m’assure que M. le marquis instruit de l’usage que j’ai fait du peu que j’avais, en a été édifié: «Ainsi que moi, madame, ajoute-t-il, qui vous regarde comme la bénédiction de la maison de mon maître. Et veuille le Ciel, qu’elle en reçoive les effets, en vous possédant longtemps!».
Voilà ce qui se passe. Cependant M. le marquis m’a encore parlé fort durement à dîner, et il lui est même échappé un vilain mot… que je mérite, mais qui n’en est pas moins dur dans sa bouche.
Je me trouve en état, ma très chère sœur, au moyen de mon augmentation, de t’envoyer une petite somme, pour, sans me nommer, soulager nos pauvres compatriotes: c’est particulièrement les veuves chargées d’enfants, surtout cette pauvre Claudine Guerreau, qui en a sept; son sort m’a quelquefois tiré des larmes. Je te recommande encore cette pauvre veuve Madeleine Brévin, qui s’est laissée séduire par le fils de Jacques Bérault, notre parent: nous lui devons plus qu’à une autre; c’est peut-être Edmond et moi qui avons corrompu son séducteur, et qui l’avons perdue; elle avait bien vécu fille et femme: pourquoi ne se serait-elle pas bien comportée veuve? Tu m’enverras sa pauvre enfant; c’est aussi notre parente, par le sang de son père; j’en prendrai soin, et je ferai disparaître ici, dans l’obscurité que Paris favorise, la honte de sa naissance. Quant à toi, ma chère Fanchon, et à toute notre chère famille j’entretiens déjà mon fils de ce qu’il faudra faire pour vous: cela sera d’un autre genre, si je vis, ou que mon fils, comme je l’espère conserve à votre égard les sentiments que je lui inculque. Ô! l’aimable enfant! et qu’il m’est cher! J’en suis tendrement aimée, et respectée, plus qu’une mère ordinaire, qui serait de la condition de M. le marquis. Il semble que ce cher enfant veuille me dédommager des humiliations auxquelles son père m’a condamnée, quoiqu’il les ignore absolument, au moins de ma part. Ma femme de chambre m’assure que, je dois ces dispositions de mon fils, non seulement à la tendresse de mes soins, mais aux discours de Farisar: elle l’a entendu un jour dire au jeune comte: «Mon cher jeune maître, Mme votre mère est une sainte, et il n’y a pas de femme au monde comme celle que vous avez le bonheur d’avoir pour mère.» Et comme le jeune comte (ajoutait cette bonne fille) sait que son père a une entière confiance dans ce garçon, un pareil discours de sa part a fait une grande impression sur lui. Voilà, ma chère bonne amie sœur, une grande consolation pour moi! quoique je la doive à ce bon domestique, qui peut-être, gagnera son maître, non pour m’en faire aimer, mais, pour le ramener à des sentiments qui fassent un jour la paix de son cœur.