La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Envoyons cette lettre à Ursule; à l’hôtel du marquis… Le marquis la verra! il tremblera! Ma main a fait couler son sang… J’ai bien répandu du sang! oh! que j’en ai versé!… J’ai bien tué en ma vie!… Je n’ai qu’une vie, et j’en ai tant ôté… Que de crimes!… Un bras me manque… On va me couper l’autre; on le coupe aux parricides; l’échafaud m’attend… Allons à l’échafaud, recevoir la mort de la main de l’ange qui a écrit ma sentence sur mon front avec le sang de ma sœur… Frappons, frappons, frappons-la. Meurs, incestueuse…
Nota. Cette lettre, qui n’est qu’un délire, fut trouvée dans la poche d’Edmond, le jour de sa mort: Mme Parangon la prit, ensuite Mme Zéphire, qui me l’a enfin remise. Je serais tenté de croire qu’au lieu d’avoir été écrite avant le coup funeste, elle ne le fut qu’après, dans un délire complet.
Lettre 169. Ursule, à Fanchon.
(Sous l’enveloppe de la femme de chambre.).
[Ursule écrit expirante.].
6 heures du soir elle ne fut rendue que le 3 janvier.
C’en est fait… Je meurs… et c’est de sa main… Je viens d’être frappée: je l’entends encore: – Péris, monstre, de la main de ton complice!… Un cri amassait du monde, et Il était arrêté. J’ai retenu ce cri, que la douleur poussait de ma poitrine jusqu’à mes lèvres… mais elles ne se sont pas ouvertes… Mon Dieu! pardonnez-lui!… Il m’a crue dans le vice; je l’ai vu, à ses regards… Mon œil avide de levoir, de le reconnaître, le regardait, même en sentant le fer s’enfoncer dans mon sein!… Je n’ai plus de force et je ne sais si vous pourrez lire… Il est… ah! Ilest… défiguré, brûlé, noir… Je n’ai qu’un instant à vivre… ma poitrine s’emplit… Je vomis le sang à flots… et ce papier en est souill… Ad…
(Ursule mourante, était si occupée de ma pauvre femme, qu’elle voulait lui écrire des choses consolantes, à ce que m’ont dit les personnes présentes à la mort: mais elle n’en eut ni le temps ni la force. Elle avait à côté d’elle Marianne Frémi, sa femme de chambre, à qui elle remit sa lettre pleine de sang, comptant y pouvoir ajouter un mot; mais le sang sortant à gros bouillons, elle perdit toute connaissance, avant l’arrivée des chirurgiens, qu’on avait couru chercher. Sa pénitence a été si belle et si grande, que j’ai la confiance que Dieu lui a pardonné. Nous veuille-t-il pardonner aussi nos offenses, comme nous pardonnons à qui nous a offensés. Amen.).
Lettre 170. Fanchon, à Edmée.
[Comment a été poignardée Ursule, et consolant récit de ses bonnes œuvres, avec ses lettres secrètes.].
13 janvier 1764.
Ô ma chère sœur, ouvre-moi un asile dans tes bras! je suis environnée d’horreurs et d’effroi! Mon mari, si raisonnable, si pieux, si sensible, marche sombre, morne; il ne fait pas attention à moi (c’est la seconde fois que ça lui arrive, et c’est la marque des grands malheurs!…) depuis une fatale lettre qu’il a reçue. Ah! j’en ai reçu ensuite une plus fatale! elle me montre Ursule mourante, expirante, rendant le sang à flots!… Je la vois; je vois son sang; sa lettre en est presque effacée, et à peine la puis-je lire!… Ô Dieu! vous ne voulez pas que nous ayons même la consolation de voir ses vertus! vous nous l’enlevez quand elle édifie, afin d’épouvanter tous ceux qui donneront dans le vice, et pour qu’ils ne se fient pas sur une tardive repentance!… Hélas! la pauvre sœur l’a eue sincère et parfaite; et si Dieu, comme il n’en faut pas douter, lui a remis la coulpe, il ne lui a pas remis la peine: c’est ce que me disait tout à l’heure M. le Curé… Ma chère sœur, on sait ici comme l’infortunée marquise est morte, et je vais te faire ce pitoyable récit.
L’Infortuné induit en erreur par un mot de Laure, qui ne voulait que se débarrasser de ses remontrances, a cru que la pauvre sœur revivait fille avec M. le marquis, sur un pied malhonnête. Il en a été si indigné, qu’il est entré en furie, oubliant qu’il était lui-même sous la main de Dieu qui le châtiait, ou plutôt s’en souvenant trop bien! et se regardant comme un instrument de punition, qui devait exécuter les vengeances du Dieu terrible. Il a été du côté de l’hôtel du marquis, la rage dans l’âme. Il semblait que la céleste justice lui amenât sa victime – personne dans la rue; Ursule descendant seule de la voiture, le domestique qui avait ouvert la portière, s’étant arrêté à ramasser quelque chose qu’il avait laissé tomber. Ursule a trébuché en descendant: le malheureux, voyant, ou croyant voir par tout cela, une fille, qui n’était pas trop respectée, il s’est avancé, et la revoyant jolie, à la faible clarté qui restait (car c’était le soir à la chute du jour), il n’a plus douté qu’elle ne fût coupable. Transporté de rage et désespéré, il a pensé en lui-même: Tombe au fond de l’enfer, et moi avec toi. Il a frappé, en disant… ce que porte la fatale lettre que je tiens!… Le domestique n’est venu qu’à temps, pour recevoir sa maîtresse qui tombait sans pousser un cri. D’abord, il ne voyait pas le sang, et croyait qu’elle venait de faire l’aumône à un gueux qui s’éloignait: l’autre domestique, qui était encore derrière le carrosse, et qui regardait ailleurs, n’est accouru qu’appelé par son camarade, pour lui aider à porter leur maîtresse mourante, et qui ne se plaignait toujours pas, sinon qu’elle a dit: «Ôtez-moi d’ici; je me trouve mal.» Il a donc eu le temps de s’éloigner à pas lents, et se retournant souvent, comme il a fait. On a placé notre infortunée sœur sur son lit; la plaie s’était presque refermée; le sang s’était caillé, et ne coulait plus. Elle a mis la main à la plume, et m’a écrit: mais elle n’a pu achever de tracer le dernier mot; le sang lui sortait par la bouche. Elle est expirée, avant qu’on ait pu lui donner aucun secours; et il n’y avait pas à lui en donner. Son ancienne femme de chambre qu’elle a toujours eue avec elle, a pris sa lettre pour moi, et l’a serrée, pour me l’envoyer sous une enveloppe, à cause du sang qui la tachait, et qui ne permettait pas de la mettre ainsi à la poste; et voici ce que m’écrit cette pauvre fille: