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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Lettres particulières d’Ursule R**, Marquise de***, à sa sœur Fanchon, Fme Pier. R**.

1ère.

Je vais reprendre avec toi, ma très chère sœur, mon ancienne manière de tout écrire et de te confier mes moindres pensées. Me voilà enfin dans ce mariage si désiré autrefois, et que des malintentionnés firent manquer! Ils me persuadèrent d’agir comme une folle, et je le fis; parce que j’étais réellement folle. Tu sais ce qu’il m’en a coûté! mais tu n’imagines pas, ma chère Fanchon, ce qu’il m’en coûte encore! M. le marquis a découvert une partie des horreurs auxquelles j’ai été exposée; mais il ignore celles auxquelles je me suis dévouée volontairement: je les lui aurais avouées, si je ne nuisais, en cela, plus à mon fils, et à lui-même, qu’à ma propre tranquillité. Cependant, depuis qu’il a su que j’étais veuve du porteur d’eau, il n’est sorte de dédain qu’il ne me marque. Hélas! s’il savait seulement la moitié de ce qui s’est passé dans ce lieu d’horreur!… Il ne me touche qu’avec le plus grand mépris; il emploie avec moi des expressions révoltantes. Mais je suis obligée à tout souffrir, et je m’humilie sous la main de mon mari et sous celle du Dieu juste qui me châtie. L’un de ces jours, qu’il me dégradait de la plus outrageuse manière, mes larmes coulèrent pour la première fois, et je lui dis: «Monsieur, songez que cette vile créature est la mère de votre fils…» Il parut interdit. Ensuite, il se mit à rire, en disant du ton le plus insultant: «Si tu me l’avais fait après ta belle vie débauchée, je le renoncerais…» Il a ensuite ajouté bien des choses au sujet du porteur d’eau; me faisant les demandes les plus indécentes et les plus humiliantes. Je n’ai répondu que par mes larmes, versées bien sincèrement. Quand il m’a eu quittée, j’ai été offrir ces peines à Dieu, et je suis sortie pour aller servir les pauvres; ayant toujours soin de me faire suivre du plus affidé des domestiques de mon mari, afin qu’il lui rende compte de mes moindres démarches, comme je sais qu’il l’en a chargé. Car huit ou dix jours après notre arrivée ici, il fit entrer ce garçon dans ma chambre à. coucher, comme j’allais me mettre au lit, et il lui dit ces propres paroles: «Farisar, je te fais le surveillant de cette femme que j’ai épousée par raison, quoique je la méprise, et je la rends dépendante de toi comme de moi-même: suis tous ses pas, qu’elle le veuille ou non; si quelqu’un, homme ou femme, montait en carrosse avec elle en chemin, comme ce ne pourrait être que pour un motif de libertinage, je t’ordonne d’y entrer, et d’y demeurer, tant que ces personnes y seront. Si cette femme voulait monter dans quelques maisons suspectes, tu t’y opposerais; je te donne à cet égard toute autorité, même d’employer la force. – Et je vous en prie aussi, Farisar, ajoutai-je: ce que monsieur vous prescrit est ce qui sera ma sauvegarde; et ne croyez pas que je murmure de cet ordre, ou que je le trouve rigoureux; non, non, je mérite de plus grandes rigueurs aux yeux de Dieu, que tout ce que peuvent me faire les hommes. – Ne te fie pas à ces discours, Farisar! c’est une ruse diabolique.» Depuis ce moment, ce laquais est devenu mon maître: c’est lui qui règle mes sorties, et je suis obligée de le consulter en tout, afin d’avoir sa permission; jusque-là qu’il voit mes lettres: ce qui m’est le plus pénible. J’espère cependant qu’il ne verra pas celles qui sont pour toi, ma chère sœur. Ces humiliations tempèrent bien la petite vanité d’être marquise de nom; car je suis servante d’effet, et au-dessous des servantes qui ne reçoivent des ordres que de leur Maître et maîtresse. Cependant, je bénis Dieu de cette humiliation.

J’ai peu dont je puisse disposer, mais je retranche sur la dépense de mes habits pour faire quelques bonnes œuvres, et Farisar paraît lui-même fermer un peu les yeux. Adieu, chère bonne amie sœur; prie Dieu pour moi: car je souffre beaucoup de mille autres choses, dont je ne parle pas. Mais qu’est-ce que tout cela en comparaison de ce que je mérite?

P.-S. – Tu ne répondras jamais à ces lettres de confidence; il ne le faut pas.

2ème.

Depuis ma dernière, il m’est arrivé un mal plus grand que tous les autres, puisqu’il m’attaque dans mon corps, et qu’il me prive de caresser mon fils. J’en ai averti humblement M. le marquis, le suppliant de songer à lui. Je m’attendais à ce qui est arrivé: mais j’ai fait mon devoir, car je dois veiller à sa conversation. Il m’a traitée outrageusement, m’accusant de ce qui ne peut être, quoiqu’il sût très bien le contraire. Il a voulu, ou feint de vouloir, chasser Farisar; enfin, il s’est conduit… Mais je mérite tout. Prie Dieu pour moi, ma très chère sœur. Voilà une terrible épreuve!

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